vendredi 3 novembre 2017

J 38-39-40 ¦ Bellinzona (235m) - Lugano (326m) - Milan ¦ 33km ; ~1400m+

Pour une fois je dors très bien dans une auberge de jeunesse.

La suisse italienne est très belle, et encore je suis pas encore arrivé à Lugano.
L'empreinte italienne se voit partout: l'architecture, la cuisine bien sur, les traits sur les visages et la chaleur humaine des gens. Finalement, seuls les prix rappellent qu'on est toujours en Suisse.

Je vais me peser à la pharmacie. 74 kilos. J'ai en effet remarqué que je me suis vachement asséché, spécialement depuis que je suis en montagne.
Mon sac a toujours le même poids, il ne s'est pas fort asséché, sauf quand je n'ai plus d'eau: 16 kilos à vide, et 21 kilos avec eau à fond et nourriture pour 3 jours. Néanmoins je le trouve de moins en moins lourd mon sac! Le corps s'habitue à tout...



Depuis hier je sens que mon voyage arrive à sa fin. Je viens de réserver un vol de Milan à Bruxelles lundi 6 novembre.
D'ici là je marche encore jusque Lugano (même si je n'en ai plus réellement l'envie, je le fais pour aller jusqu'au bout et puis de toutes façons les vols avant lundi sont trop chers :p), où je devrai arriver demain soir. De Bellinzona à Lugano il me reste 33 kilomètres, que j'ai l'intention de faire à pied. Une partie aujourd'hui (vendredi), l'autre demain (samedi).
Une journée de battement dimanche, et puis basta le lendemain.

De retour en Belgique j'imagine qu'il sera temps pour moi de mettre de l'ordre dans mes projets, dans les idées qui me sont venues pendant ces 6 semaines. Après tout, un des objectifs de ma marche était bien de me recentrer, donner davantage d'espace à mon coeur pour qu'il puisse s'exprimer, et puis de l'écouter.

J'espère que vous avez pris du plaisir à lire les articles et à regarder les photos :)



Ciao

J37 ¦ Biasca - Bellinzona ¦ 0km

L'étape du jour longe le cours d'eau jusque Bellinzona, et je ne trouve pas ça très intéressant. En plus j'ai des douleurs au genoux gauche depuis hier. Je décide donc de ponter l'étape par le train jusque Bellinzona.

Le train attend 20 minutes en gare avant de démarrer.
La raison pour laquelle les transports en commun sont chers en Suisse c'est qu'ils sont très fiables et partout et arrivent à l'heure pile. Finalement, comment pourrait-il en être autrement dans le pays de l'horlogerie.
Les marges de sécurité sont donc plus grandes, et les trains passent un temps certain à ne rien faire. Tout cela a un coût j'imagine.


La nourriture est chère aussi. Et ce n'est pas moi, biaisé par mes références du coût de la vie en Belgique qui le dit, mais les Suisses eux-mêmes. Je pense maintenant avoir compris pourquoi.
Je crois que c'est simplement parce que la qualité est privilégiée.
Sur la majorité des étiquettes, on peut lire "Swiss Made". Comme la population n'est pas énorme, et que ces produits sont destinés aux Suisse uniquement (hypothèse), la taille de la chaîne de production doit forcément aussi être petite, d'où des frais plus élevés et un coût plus élevé pour le consommateur (en faisant la comparaison avec de très grosses installations de production qui, par leur taille et la quantité de leur production, parviennent à proposer des prix plus avantageux). Par contre, une production de petite taille est généralement gage de qualité.
Je dois aussi avouer que absolument tout ce que j'ai acheté en nourriture était excellent. Les fruits et les légumes par exemple. Je ne suis jamais tombé sur une mandarine pas bonne, une poire sans goût, un avocat dur comme du bois, ou bien une tomate fadasse par exemple. Et Dieu sait que j'en ai mangé des fruits et des légumes. D'ailleurs tous les avocats en étalage sont extra-mûrs. Ce n'est pas moi qui l'invente c'est écrit sur l'étiquette. Prenons encore le cas des oeufs. Dans un supermarché, j'ai parcouru les étiquettes de toutes les marques d'oeufs en vente dans ce supermarché (je n'ai pas fait tous les supermarchés du pays bien sur) et aucune marque ne fait de l'élevage au sol. Même la marque la moins chère affiche fièrement sur son étiquette "Elevage en plein air en respect de la nature et des animaux". Pas mal hein :)
Donc encore une fois, la qualité se démarque.
Terminons par la viande, dont le prix est encore plus impressionnant que tout le reste (en comparant ce qui est comparable évidemment). Et bien je suppose que les raisons sont similaires : un élevage raisonné, et des installations de petite taille, une production locale (notamment swiss made) et donc forcément un coût proportionnel.
Finalement je trouve que tout cela a beaucoup de sens. Je suis d'ailleurs très heureux de participer à ce genre d'économie. Une économie tout simplement de bon sens.


Donc jour de repos aujourd'hui. Je suis à la bibli de Bellinzona et je publie mes notes. Je suis passé juste avant à l'auberge de jeunesse, presque vide. Nous ne sommes que 4 dans un dortoir de 10 personnes.

En rentrant de la bibli vers l'auberge, j'ai l'impression de marcher sur la lune ou toute autre planète dont la gravité est moins forte que sur terre. Sans mon sac, que j'ai laissé sur mon lit à l'auberge, je me sens ultra léger, je vole for crying out loud! Haha c'est amusant en tout cas.

J36 ¦ Calpiogna (1143m) - Biasca (293m) ¦ 27km ; ? ; ?

Il fait encore magnifique tout au long de la journée.

Cette journée est la copie conforme de la veille niveau tracé, excepté l'interminable descente sur Biasca (très bas en altitude, dans la vallée de Bellinzona) en fin de journée.

Je traverse plein de petits villages d'altitude paisibles, à flanc de montagne.
Quel calme et quelle sérénité peuvent régner ici.
Le rythme de la vie a l'air tellement particulier, ça m'inspire beaucoup.
Les habitations en gros bois brun sont magnifiques, comme en témoignent les photos. Ca me plairait beaucoup d'en avoir un quelque part à la montagne dans les Alpes. Cette atmosphère m'attire définitivement.

Je trouve que le balisage du Trans Swiss Trail est beaucoup plus sérieusement réalisé que celui de la via alpina.

La caractère des montagnes que j'ai eu la chance de contempler jusqu'à présent est fort différent de ce que je connaissais des Alpes.
C'est en tout cas, à ce jour, ici en Suisse que j'ai vu ce que je trouve de plus joli en terme de montagnes.

L'herbe est brunâtre ici, dans le sud du pays, alors que dans la partie est des des Alpes suisses les pâturages sont verdoyants. En cause, une différence marquée du climat, comme me l'avait expliqué ma pote de l'office du tourisme à Elm. A l'est, les précipitations sont plus fréquentes que dans le sud (et que dans le Valais).

Biasca, c'est la ville, et donc l'hôtel m'appelle. Cent francs pour la chambre que je reçois, je trouve que c'est beaucoup (même ici en Suisse). Enfin bon, comme d'hab je me rattraperai sur le petit-déjeuner.


J35 ¦ Ailrolo - Calpiogna ¦ 21km ; ~900m+ ; ~900m-

J'ai passé la nuit à 1250m d'altitude environ.
Il a bien gelé pendant la nuit, aux alentours de -5°, ET il a fait sec! Et grâce à cette dernière donnée très importante, je n'ai pas eu froid pendant la nuit, et j'ai même très bien dormi.

Le soleil rouge se lève sur les sommets. C'est très joli.

Je passe par l'office du tourisme acheter une carte topographique et récolter quelques renseignements très utiles. Notamment je demande à mon interlocutrice qu'elle m'imprime le profil en long de ce qu'il reste du Trans Swiss Trail (càd un peu plus loin que Lugano). Le graphique de l'altitude en fonction de la distance est en effet crucial pour que je puisse anticiper les difficultés, et estimer aussi à quelle altitude je vais bien pouvoir installer la toile en fin de journée.
La jeune femme me demande si le passage Gottardo vaut la peine car elle a l'intention de le faire prochainement.
Elle m'a beaucoup aidé et je la remercie sincèrement.

Pas besoin de long discours pour décrire cette journée de marche. Les températures sont idéales, le ciel est bleu azur, et le décor merveilleux.
Il me manque juste quelqu'un avec qui partager ces moments d'émerveillement.
La conclusion, et elle revient souvent finalement, ça reste celle-ci: Happiness only real when shared.

Le soleil chauffe les immenses forêts de pins que je traverse, réveillant des odeurs qui me font penser à la Provence. Intéressant.

Le chemin est un chemin à flanc de montagne aujourd'hui.
Au terme de ma marche, je me trouve plus ou moins à la même altitude qu'au départ.
Cependant, le profil est en dent de scie: Les descentes succèdent presque immédiatement aux montées et vice versa. Sur base du papier, j'estime à environ 900 mètres le D+ sur la journée.

A la tombée de la nuit, le sentier débouche au milieu d'une petite praire, plate, à l'entrée du village de Calpiogna, village près duquel je comptais justement passer la nuit.
Je n'aurais pas pu rêver mieux comme emplacement.

Au cours de la soirée, j'entends que ça bouge beaucoup des les feuilles mortes qui recouvrent les bois en amont et en aval de la prairie.
Soudain, j'entends un animal qui s'approche étonnamment près de ma position. Je suis étonné que ma présence (odeur, bruit, vibrations) ne l'ait pas encore amené à prendre la fuite. Je relève doucement la tirette, je sors la tête, et au moment où j'allume ma frontale, je crois reconnaître une biche à 10 mètres qui détale illico vers le bois.
Il y a beaucoup de gibier dans cette région, comme j'aurai l'occasion de le remarquer le lendemain également :)

J34 ¦ Wassen (916m) - Ailrolo (1145m) ¦ ~30km ; >1300m+ ; ~900m-

Le réveil sonne à 6h.

Je me suis renseigné auprès de mon frère hier par téléphone, et si je veux passer le passage de Gottardo  à 2100m aujourd'hui il faut que je démarre tôt. Après le passage, il faut en effet encore compter 2 bonnes heures de descente avant d'arriver à une altitude raisonnable pour poser la tente.

La vallée que je remonte depuis hier se ressert de plus en plus et se transforme finalement en gorges, avant d'aboutir sur un immense plateau à 1400m qui abrite notamment la station Andermatt.
Encore une fois, le paysage est féerique.

A l'office d'Andermatt, j'apprends que la météo restera bonne aujourd'hui, malgré les bancs de brouillard fréquents. Ce sera encore meilleur demain et après!
Par contre au niveau de la praticabilité du passage, elles ne savent pas me renseigner correctement.
Sur ce, je demande les coordonnées d'un guide de montagne et reçoit une liste.

Je m'arrête un peu plus loin au magasin "Alpina Sport", répertorié sur la liste. La dame du magasin, visiblement montagnarde aguerrie, qu'il n'a aucun problèmes, que le chemin est praticable et même facile et que si il y a de la neige ce ne seront que quelques centimètres de poudreuse.

J'ai appris à me méfier des renseignements qu'on me donne volontiers à la montagne, mais ici je vois un signe dans son feu vert franc. Elle a même l'air étonnée que je pose la question, comme si ça allait de soi qu'il fallait y aller.

Toutefois je me dis que je m'arrêterai à l'auberge de jeunesse au prochain village si elle dispose d'un ordinateur et qu'elle est ouverte bien entendu. Elle est fermée. Et oui, c'est la basse saison, entre l'été et l'hiver beaucoup d'hébergements sont fermés.
Je m'adosse contre le portail d'entrée de l'auberge pour casser la croûte. Il est midi passé de peu.
Soudain, un homme ouvre la porte depuis l'intérieur. Il me confirme que l'auberge est fermée, et me rassure aussi sur le passage Gottardo  et me souhaite bonne route. C'est le deuxième feu vert que je reçois, et maintenant je suis bien décidé à foncer.
Il faut comprendre que je suis devenu un peu méfiant à l'égard de ces fameux passages, au vu des difficultés précédentes que j'ai rencontrées...

La difficulté du parcours se révèle être effectivement très abordable.
Encore une fois, le décor est à couper le souffle, même si dieu sait que j'ai grand besoin de ce dernier quand même. La route goudronnée qui passe par le passage est fermée (conditions hivernales).

Le vent souffle très fort sur le sommet et je ne m'y attarde donc pas.

La descente sur Ailrolo est raide, technique. Mes genoux prennent très cher.
J'entre en Suisse Italienne! Dans le canton de Ticino.

A mi-descente, je n'en crois pas mes yeux: un monsieur d'une soixantaine d'années visiblement court dans ma direction. Il fait son jogging, en profitant manifestement que la route est fermée. Quel homme!

A 1km de marche en amont d'Ailrolo, une pâture semble parfaite pour nous accueillir ma tente et moi. Le proprio se trouve justement un peu plus loin dans sa camionnette. Dans un premier temps, je décide d'aller m'installer sans demander la permission (je crains souvent qu'on me dise non, c'est bête). Puis pendant que je monte la tente, le chien de la ferme vient aboyer en amont de la prairie, et je suis persuadé qu'il ne me lâchera pas. Je décide alors d'aller me présenter à la ferme. Le propriétaire dans sa camionnette est super sympa et m'invite avec enthousiasme à choisir n'importe quel emplacement. Great!
Le terrain (toute la prairie) est en fait très pentu. Cependant, en amont d'un gros rocher se trouve une sorte de palier, grand comme trois fois la surface au sol de la tente. C'est en quelques sortes une marche d'escalier de la montagne qui me sert de refuge pour la nuit!

J'ai passé une super journée.
Je suis bien bien fatigué après cette longue distance et ce dénivelé important.
Depuis mon emplacement, j'ai une vue imprenable sur les sommets qui m'entourent et sur Ailrolo qui se trouve un peu plus bas. C'est presque magique.

jeudi 2 novembre 2017

J33 ¦ Altdorf - Wassen ¦ +- 20km

J'ai très bien dormi et profite royalement du petit-déjeuner. D'ailleurs je crois que je reste dans la salle une heure.

Hier, en franchissant le passage Klausenpass, c'est aussi une frontière entre deux cantons que je franchissais. Je suis à présent dans le canton de Uri.

Aujourd'hui je quitte la via alpina pour prendre le Trans Swiss Trail direction Lugano dans le sud.
Comme je n'ai pas de guide papier, je suis simplement le balisage indiqué sur le chemin et espère que ce sera suffisant.

L'étape d'aujourd'hui est relax et je prends bien mon temps. La veille, dans les moments les plus difficiles, ou plutôt après en arrivant à Altdorf, j'ai pensé à l'éventualité de rentrer en Belgique tout simplement.
Mais je ne vais pas abandonner si facilement, et aujourd'hui le moral est bon et je continue.
L'hôtelier m'avait prévenu qu'il pleuvrait une bonne partie de la journée et que demain le temps serait meilleur. Il a plus en effet, mais sans vent et avec quelques interruptions, mon pantalon n'a pas souffert et mes pieds sont restés au sec toute la journée.

Je termine l'étape à la frontale et trouve vers 18h30 une prairie ouverte à l'entrée d'un tout petit village. Il pleut toujours lorsque je monte ma tente, donc je me dépêche.

Bonne nuit!

J32 ¦ Urberboden (1345m) - Altdorf(495m) ¦ 25,5km ; 1090m+ ; 1930m-

Je suis réveillé à 4h30 par le froid.
Plus moyen de me rendormir.
Il gèle dehors. Tout ce qui a été trempé la veille par la pluie est maintenant gelé, ce qui comprend ma tente. A cause de l'humidité de la veille, l'humidité qui est censée pouvoir s'évacuer de ma tente est bloquée. Je découvre donc que les parois intérieures perlent. L'extérieur de mon sac de couchage est humide. Ce n'est pas bon. La toile extérieure de la tente n'est au'un glaçon.

Le réveil sonne à 6h. En effet vu l'étape d'aujourd'hui j'ai intérêt à commencer tôt.
Mais je ne le sens pas.
Mes chaussures que j'ai réussi à éponger plus ou moins correctement la veille sont congelées, pareil pour mon pantalon qui naturellement n'a pas séché.
Le soleil n'est même pas encore levé et je trouve que c'est trop risqué de démarrer maintenant.
Je repousse le départ et me rendors une heure.

A 7h30 je décide de m'activer.
Je fais une grosse séance de gainage, des pompages intenses, pour activer ma circulation et me chauffer car je ne sais pas combien de calories je vais perdre en mettant mes chaussures, mon pantalon, et en repliant ma tente.
Je m'excite en frappant avec mes bâtons sur la tente afin de casser la glace autant que possible.
Je sens que le froid commence à me gagner ==> séance de squats. C'est très efficace.

Une fois le sac bouclé je cours sur 200m plus ne sais tout simplement plu car mes pieds me font trop mal. Ne vous y méprenez pas, c'est une excellente nouvelle. En effet ça veut dire qu'ils sont en train de se réchauffer. Rassuré, je prends un rythme de marche normal et un quart d'heure plus tard je suis tout à fait chaud.

Mentalement c'est l'épreuve de ce matin qui est la plus difficile. Bien sur c'était difficile physiquement, et mon mental en a pris un gros coup. J'ai épuisé pas loin de mes dernières cartouches au niveau mental, avec les péripéties de la veille également. Du coup je deviens facilement irritable, et tous les petits problèmes de la journée ne manqueront pas de m'exaspérer au plus haut point.

Je trouve un peu de répis en grignotant du pain et de l'huile d'olive (sous forme de pâte, vu le gel) adossé contre un rocher exposé plein sud, vers la fin de l'ascension. La vue sur la vallée en U de Urnerboden est très jolie.
En tout cas le soleil donne et c'est déjà ça.

J'arrive au passage de la journée, le Klausenpass, vers 1900m.
L'ascension était facile d'un point de vue marche. Je pénètre dans le canton de Uri lorsque j'entame la descente.
Je suis le balisage indiqué au sommet mais me rends compte au fur et à mesure que ça ne peut être le chemin du guide. Je me dis que la via alpina est dans son ensemble très mal balisée, ou bien c'est moi qui ne vois pas les marques. Je ne vois vraiment pas comment il serait possible de s'en sortir sans guide papier.
Ayant épuisé mes cartouches psychologiques, je commence vraiment à péter les plombs.
Je rencontre de plus en plus de neige. Il faut que je coupe tout droit vers le creux de la vallée pour retrouver la route qui se trouve juste en face, exposée au soleil en plus. Ce faisant je rencontre deux randonneurs qui montent vers le sommet. Cette rencontre est improbable, on est au milieu de nulle part, il n'y a pas de chemin. Ils me confortent dans l'idée de rejoindre la route, qui est de plus fermée aux voitures.

Une fois sur le tarmac je peux un peu souffler en me laissant descendre en pilote automatique. La vallée sur ma gauche est vertigineuse et somptueuse.

Je sens vraiment que je suis au bout, que j'ai épuisé toutes mes forces, et je continue simplement par orgueil de terminer l'étape à pied. Je ne suis pas de bonne humeur. D'ailleurs je refuse le lift de deux allemandes qui me proposent de me descendre jusqu'en bas, dans leur van, prétextant que j'aime bien marcher alors qu'en ce moment je ne prends aucun plaisir.

Une petite lumière: j'achète une tome de fromage des alpes de 800 grammes dans une ferme à flanc de montagne. Le fromage est excellent. 15 francs pour 800 grammes, pas cher.

Je me perds une seconde fois et arrive dans le bas de la vallée à un arrêt de bus, mais beaucoup trop tôt. Altdorf se trouve encore diz kilomètres plus loin et je ne me vois pas du tout les faire. En plus il commence à se faire tard. Je jette un oeil aux horaires de bus, il n'y en a qu'un toutes les heures. Deux minutes plus tard voilà qu'il arrive, Alleluia!!
Ce bus est le symbole de la délivrance.

A Altdorf je n'hésite pas une seconde, enfin si puisque je ne sais même plus ce que je veux, et je prends un hôtel.
Comme si la journée voulait me faire chier jusqu'au bout, l'office du tourisme, la bibliothèque, et le superéarché sont dèjà  fermés alors qu'il n'est même pas 17h. Ils le seront aussi demain car demain c'est dimanche.
Ouf, il reste un pronto ouvert à la gare!

Je fais mes course et me régale le soir en cuisinant dans ma chambre d'hôtel devant la télé, notamment devant deux épisodes d'un bon vieux Columbo. QU'est-ce que j'adore columbo.
Inchallah!

J31 ¦ Linthal (630m) - Urnerboden (1345m) ¦ 15,2km ; 1180m+ ; 465-

Un aspect de mon voyage que je découvre et que je trouve intéressant c'est la débrouillardise. Avec relativement peu, je vais relativement loin et je fais relativement beaucoup. Une tente, un sac, un bon matériel, un peu d'argent, et un rythme de vie intense. Je prends réellement conscience du confort d'avoir un toit, une maison. Une pièce d'abord sèche, ensuite chauffée. Un matelas épais et moelleux. De l'eau courante à volonté. Quel luxe en réalité d'avoir de l'eau traitée et sur demande! Que dire de l'électricité? Je prendrai encore plus conscience du confort au court de cette journée et de la suivante.

Alors que je suis en train de replier ma tente, Christian sort sur son balcon et me propose de venir prendre le café. Je suis stupide, au début je lui dis que j'ai déjà déjeuné, puis je me rends compte que je suis stupide de faire semblant de refuser, et je lui dis que je le rejoins volontiers.

Finalement je déjeune une seconde fois en même temps que lui. Du pain, un fromage suisse bien salé et un sirop, c'est tellement bon.

Je reste deux heures à discuter avec Christian. La première moitié en allemand, le reste en anglais.
Christian est très croyant, chrétien. Il considère la bible comme étant la vérité, et lorsqu'il doit prendre une décision important et s'y réfère. Il me dit d'un ton amusé que son prénom prononcé en anglais veut dire "chrétien" en anglais.

On parle beaucoup de religions, de la bible, du coran, de Jésus et ses accomplissements et j'enchaîne là dessus en parlant de potentiel illimité, du pouvoir de l'hêtre humain. Je lui parle de la hollandaise que j'ai rencontrée à Luxemburg, et il me dit qu'il a déjà vu des miracles accomplis. Je cite une phrase de Jésus, pour rester dans le sujet, et qui dit texto "Ce que j'ai fait, vous pouvez aussi le faire". Je trouve cela vraiment interpellant car cela veut dire que nous pouvons aussi accomplir des miracles, probablement si nous sommes prêts à le faire et éveillés. L'assimilation de Jésus au commun des mortels n'a pas l'air de l'emballer. Jésus cependant ne souhaite pas qu'on le considère comme étant supérieur aux humains.

Christian installe un poêle à bois dans le chalet, voilà pourquoi il est ici en cette saison. Normalement il y vient en été et en hiver. Chaque saison offre ses plaisirs.
Le chalet est très simple et en même temps très accueillant. Le toit et les murs sont recouverts de lattes de sapin, et le sol revêt une moquette chaleureuse.

Ce petit-dej me met de bonne humeur. Je prends congé de Christian avec une pomme en cadeau.

Vers 13h il commence à pleuvoir fort et sans interruption jusque 19h.
Les rafales de vent viennent accompagner la pluie, sans doute pour ne pas qu'elle se sente trop seule.
La météo a très vite raison de ma bonne humeur.
L'après-midi est très pénible. L'intensité de la pluie conjuguée au vent fait en sorte que mon pantalon perce et devient une passoire. L'eau s'infiltre facilement par le haut de mes chaussures et à 15h j'ai des flaques dans chacune d'elles.
Ma consolation finalement, c'est qu'il ne fait pas trop froid, donc c'est supportable.

J'arrive enfin à Urnerboden vers 17h et vais me réchauffer autour d'un chocolat chaud dans le seul établissement ouvert dans ce village fantôme. En effet, la majorité de la population est paysanne et redescend plus bas dans la vallée avec les bêtes à l'approche de l'hiver. 
Le barman me dit que je peux probablement installer ma tente au milieu des ces bâtiments déserts en m'indiquant l'endroit par la fenêtre.
Par ailleurs il me renseigne aussi sur la météo qui sera clémente demain. Quel soulagement, car cela signifie que je suis en bonne position pour passer le passage de demain. Ca me remonte le moral.

Je pose ma tente et la pluie s'arrête comme prévu vers 20h.

J30 ¦ Elm - Linthal ¦ 16km ; 0m+ ; 450m-

A partir du versant sud de la veille, je suis dans le canton de Glarus.

J'ai magnifiquement bien dormi. Le petit dej est royal et les gens très sympas.
Aujourd'hui c'est le dernier jour pour lequel la météo est excellente.

J'ai initialement l'intention de couper l'étape du jour en deux parties. L'étape du jour est très difficile, encore plus que la veille, et j'ai besoin de me reposer. Ce soir, dans la station dans laquelle j'ai le projet de planter ma tente, je demanderai la météo pour demain et des recommandations sur la praticabilité du passage.

A peine sorti de l'hôtel, je passe devant une remontée mécanique et discute avec un monsieur. Je fais mine de chercher mon chemin en regardant les panneaux d'indication des randonnées, et voyant cela, ce monsieur me suggère de passer par l'office du tourisme qui se trouve apparemment juste en face.
Je sais très bien quel chemin je dois prendre, mais je prends son conseil comme un Signe, et je vais quand même à l'office.

J'informe la dame de mon projet. Elle passe un coup de fil puis me dit qu'il n'est pas idéal de vouloir dormir en tente à 1500m ce soir, car il y a 40cm de neige. Au vu de la quantité de neige hier à 1500m je suis très étonné, et j'apprends par la dame très patiente et très utile plein de chose sur la montagne, la météo, etc etc. Ensuite elle me dit que le Richtlipass (la suite supposée pour demain) est relativement dangereux car il y a beaucoup de neige et beaucoup de pierres ardoises qui sont très glissantes, et cachées par la neige.

Bon finalement je reste 1h30 dans le bureau et elle m'apprend plein de trucs sur la rando, la montagne etc. C'est super intéressant. Elle-même fait beaucoup de rando et est une grande voyageuse.

Bref, sur ses conseils je contourne la montagne par la vallée. Je fais les 16 premiers kilométres à pied jusque Schwanden,  d'où  je prends le train jusque Linthal. On a aussi regardé ensemble mon itinéraire jusque Altdorf et ça s'annonce plutôt bien.

J'arrive à 17h30 à Linthal. Le soleil est déjà caché par les montagnes. Ma pote de l'office du tourisme m'avait suggéré de passer par celui de Linthal pour demander pour un endroit pour dormir en tente, mais je ne le sens pas. Je sens plutôt le chemin numéro 1 qui m'appelle. En fait le chemin monte directement de Linthal vers une station de ski comme je peux le voir sur le guide. Je me dis qu'en prenant une centaine de mètres d'altitude, je devrais trouver des pâturages tranquillous où  je pourrai trouver un endroit pour dormir en tente.
En effet, une vingtaine de minutes plus tard je toque à la fenêtre d'un chalet au milieu d'un petit pâturage. Un type super sympa ouvre et me dit que je peux m'installer où  je veux dans la prairie. Magnifique! Le weekend passé, il a fait un sommet à 2700, il n'y avait pas encore de neige.

J'ai une superbe vue plongeante sur Linthal depuis ma tente. La lune est très belle et inonde la vallée de sa lumière, ou plutôt celle qu'elle emprunte au soleil. Les sommets à 3000m autour de moi me font sentir tout petit. J'adore regarder les étoiles et me rendre compte qu'elles sont infiniment lointaines, que notre univers est infiniment grand, et ce que j'appelle parfois des problèmes sont en fait infiniment petits.

Bonne nuit

J29 ¦ Weisstannen (1000m) - Elm (980m) ¦ 22km ; 1500m+ ; 1520m-

J'ai très peu et mal dormi. D'une part parce que j'appréhende l'étape du jour, et d'autre part car je ne sais pas  jusqu'où descendent les températures la nuit à 1000m.

Néanmoins je me sens en bonne condition physique lorsque je démarre à 7h15. Le ciel laisse apercevoir encore quelques étoiles. Ce n'est pas trop tôt, compte tenu des neuf heures de marche annoncées dans le guide auxquelles il faut ajouter les pauses, et une petite marge de sécurité.

Je pourrais écrire dix pages sur cette étape, tant elle fût difficile et chargée en émotions, mais je vais la faire courte.

Je commence sur un bon rythme de marche. Je suis déjà chargé en adrénaline.

Le soleil, d'abord caché par quelques voiles nuageux étirés d'altitude, perce rapidement.

Vers 1500 mètres apparaissent les premières traces de neige. D'abord sans conséquences, elles deviennent importantes et encombrantes vers 1800 mètres, altitude à laquelle se trouve un refuge, fermé. Tiens, juste à côté du refuge, je vois un bouquetin avec de longues cornes, qui d'ailleurs n'a pas l'air de se soucier de ma présence.
Quelques instants plus tôt, je photographiai une empreinte dans la neige qui ressemblerait bien à celle d'un ours! A l'office du tourisme le lendemain, on me confirmera que cette hypothèse est fort plausible.
En parlant d'empreintes, je ne vois pas d'empreintes de chaussures dans la neige ce qui, comme il a fait beau les deux jours précédents, peut laisser sous entendre qu'il n'y a pas eu de passage depuis.

Arrivé au dit refuge, je pensais sérieusement que l'ascension était terminée, et je n'en étais pas mécontent car j'estimais avoir eu mon compte physiquement. Comme l'altitude n'est pas renseignée dans le guide en fonction de la distance parcourue, je ne savais pas du tout quel dénivelé il me restait à faire. Mais je vois un panneau qui indique le passage à 1h10 du refuge. Je mettrai deux heures pour y arriver, ralenti par la neige qui m'arrive par endroits aux genoux. Je m'étais déjà égaré du balisage par mégarde plus tôt (grâce au guide je savais néanmoins dans quelle direction me diriger), mais à présent c'est sciemment que je marche en dehors du chemin. En effet le sentier est en quelques sortes aplati, creux, et propice à l'accumulation de neige, alors qu'à d'autres endroits se trouvent des hautes herbes ou bien des pentes plus raides, mieux exposées au soleil, et qui n'ont parfois pas de neige.
Mes bâtons sont très pratiques pour sonder la neige et prendre appui.

Alleluia je suis au passage à 2220m. Le plus dur est derrière moi. Le soleil tape très fort et le vent souffle très fort aussi. Je descends quelques centaines de mètres sur le versant exposé plein sud pour m'abriter du vent et trouver un endroit sec pour pique-niquer tranquillement et me reposer. Il est déjà 14h.
J'ai dépensé beaucoup d'énergie dans cette ascension, beaucoup plus que ce que je pensais, et j'ai vraiment la dalle comme on dit!
J'en profite pour faire sécher mes chaussures et mes chaussettes trempées au soleil. Les chaussures ne percent pas, c'est en fait à cause de la neige qui s'est introduite entre mon pantalon d'hiver et mes chaussures et qui a fondu sur le haut de mes chaussures et puis, la gravité faisant le reste, a rempli les chaussures. C'est la première fois que j'ai l'occasion d'utiliser ce pantalon d'hiver, et il m'a bien été utile.

Le panorama est grandiose, les montagnes sont majestueuses, impérieuses. Je mesure à présent leur puissance. J'ai aussi l'impression d'être au ski.

Pour la descente, je me laisse en partie glisser sur les fesses sur les grands bancs de neige (ce qui me fera perdre mon bonnet négligemment rangé dans une de mes poches), m'orientant tant que possible avec mes pieds et mes bâtons.

Par chance, la cuvette abouti sur quelques refuges et un relief plus bas, et également un chemin dimensionné pour les voitures (qui se termine aux refuges) et donc beaucoup plus praticable. J'avance maintenant beaucoup plus vite.

Le débit des cascades et torrents est a l'air important, probablement à cause de la fonte de la neige sous l'action du soleil.

Arrivé au gouffre de Elm, je m'empresse de trouver un hôtel et savoure ma soirée comme jamais!

J28 ¦ Sargans (600m) - Weisstannen (1000m) ¦ 12km ; 840m+ ; 440m-

Ca grimpe, ça grimpe. Je monte de 500m d'une traite pour arriver dans la vallée Weisstannental. 
Cette étape annonce les choses sérieuses, le vif du sujet, qui commenceront réellement demain.

Depuis que j'ai passé la frontière hier matin, je suis dans le canton de Sainte Galle, dont le chef lieu est la célèbre et chique ville du même nom.

A présent, le balisage change parfois de nomenclature, passant des losanges jaunes aux segments blanc-rouge-blanc. La première nomenclature indique des chemins de randonnée, et la deuxième des chemins de randonnée de montagne. Un niveau de difficulté les sépare.

Partout en Suisse l'eau de source est potable, sauf contre-indication. Comme vous le verrez notamment sur les photos, il y a plein de fontaines et sources d'eau un peu partout. Souvent plusieurs même dans un petit village.

Durant la matinée, je ne peux m'empêcher de fuir l'instant présent pour tenter d'évaluer la faisabilité du parcours de demain qui culmine à 2223 mètres (Foopass), spéculant en fonction de la météo annoncée et l'altitude supposée à laquelle je vois les premières neiges sur les montagnes qui m'entourent. Je remplis mon camel bag à la source d'un chalet de montagne. Son propriétaire, un vrai homme de la montagne, ma rassure tout de suite et me dit que, comme ils annoncent grand beau demain, je n'ai rien à craindre et ce n'est pas dangereux d'emprunter le Foopass. Il me dit simplement qu'il y aura un peu de neige, et m'explique aussi que c'est dangereux lorsque la météo est incertaine, qu'il y a du brouillard et ce genre de choses. Yes, j'ai l'esprit tranquille!

Je pose ma tente près d'un Feuerstelle, 500 mètres après le très joli minuscule village de Weisstannen. Un Feuerstelle en Suisse, c'est quelque chose qu'on ne verra probablement jamais chez nous. C'est un endroit aménagé pour faire du feu,en pleine nature. Un foyer est construit avec des pierres ainsi qu'un abris à côté. Du bois est gardé au sec dans un autre abris, avec du journal, et des briquets. Toute personne, habitant en Suisse ou étrangère, est invitée à venir y faire un feu, un bbq éventuellement, et consommer le bois mis à disposition gratuitement par la Famille Suisse (Schweizer Familie), dans le respect de la nature, de l'environnement, et du bon sens. Il y en aura beaucoup tout au long de mon itinéraire. N'est-ce pas merveilleux? Exactement comme me l'avait décrit Michael de chez AS aventure.

Ceci clôture une très belle journée. Le soleil a brillé une bonne partie de l'après-midi.
Je me suis enivré de l'atmosphère qui plane dans cette vallée. Comme si tout tournait au ralenti, au rythme des vaches et du son de leur cloche, et que le temps de voulait pas avancer trop vite.

J27 ¦ Vaduz (500m) - Sargans (600m) ¦ 22km ; 650m+ ; 600m-

J'ai été réveillé plusieurs fois par le froid cette nuit. Pourtant il ne gèle pas encore. Je pense que c'est à cause de l'humidité.

Je passe par l'office du tourisme. Je n'apprends pas grand chose si ce n'est que la voie est ouverte, et qu'il devrait faire beau à partir de mercredi (nous sommes lundi aujourd'hui).
Je demande s'il y a un office d'alpinisme ou quelque chose. Nada. Mon interlocutrice n'est en fait pas au courant de l'existence de la Via Alpina qui démarre de Vaduz, itinéraire national numéro 1 des randonnées de montagne en Suisse.

Les gens ici parlent une drôle de langue. Un allemand n'y comprendrait rien. Chaque région a son dialecte. Bruno appelle celui de Zürich le "Spy Langage", car au final peu de gens le pratiquent.

Etape tranquille. Il pleut du début à la fin, une pluie fine, avec 5 degrés. Je reste bas en altitude.
Je croise un marcheur de 83 ans, qui fait sa marche de deux heures tous les jours dans les montagnes qui bordent le Rhin en cet endroit. Bravo! Quel homme. Il a l'air d'avoir la pêche.

Incroyable! A l'entrée de la ville de Sargans, je passe devant les bureaux d'Espros, une société qui fabrique des capteurs 3D et qui est un concurrent de Melexis. J'avais eu l'occasion de comparer les performances du capteur Espros (sur papier) au nôtre à l'époque. Le leur est beaucoup plus performant, mais beaucoup plus volumineux, lourd, et cher. Ce qui est dingue, c'est que Espros est une toute petite société, et je crois me souvenir qu'ils n'ont qu'un bureau, et c'est en Suisse. Et il fallait que je passe devant! Mektoub.

Il n'y a pas de tourismus büro à Sargans. Moi qui cherche désespérément des renseignements sur mon itinéraire..
Donc je fais mes courses et continue sur 2km pour sortir de la ville, et comme vous le savez maintenant, augmenter mes chances de trouver un endroit pour dormir. OMG je sens que la nuit va être froide.

P.S: Je me fais vachement plaisir ce soir: Ail-oignons rissolés, pâtes au blé complet avec un peu de bolo, germes de haricots, et deux oeufs ajoutés une fois le feu éteint (il ne faut pas qu'ils cuisent, ce serait trop bête de tuer toutes les vitamines thermosensibles).

J26 | Bâle - Vaduz | 4km

Il fait vachement froid et cru ce matin, le vent accentuant le ressenti. En revanche ce dernier aura été très utile en séchant la tente.

Je marche une petite heure pour arriver à Pratteln, petite localité que traverse l'autoroute vers Zurich. Je m'y arrête dans un café pour boire un chocolat chaud et me procurer un morceau de carton sur lequel j'inscris "ZURICH " et "VADUZ " l'un au dessus de l'autre.

Je me poste à une centaine de mètres de la bretelle qui s'engage sur l'autoroute. Une aire de bus permettra à une bonne âme de s'arrêter pour me charger.
Je suis curieux de voir combien de temps ça prendra, et puis je me dis que ce n'est qu'une question de confiance. Comme tout n'est qu'Energie et Vibration, si j'ai confiance, quelqu'un le ressentira et s'arrêtera.
Je dois avouer que je me dis que ce n'est certainement pas une des nombreuses voitures luxueuses que je vois défiler qui s'arrêtera, mais plutôt une vieille auto ou un van, ou quelqu'un qui a déjà fait du stop.

Dix minutes plus tard, la Vie me donne tort lorsqu'une carrera 4 décapotable ralentit et se met sur le côté. "I'm going to Zurich" me crie son chauffeur. C'est inespéré, mon moyen de transport est une Porsche.
L'intérieur est un peu mouillé, en effet de nombreuses averses ont animé la matinée. Bruno essuye mon siège pour que je puisse m'assoir au sec. Je lui demande s'il conte refermer la capote en cas de nouvelle pluie. Il me répond que les gouttes ne nous atteindront pas, la voiture va trop vite, avant de poursuivre plus sérieusement en affirmant qu'il fera sec le reste du trajet. Effectivement.
On s'arrête à la prochaine station pour prendre de l'essence lorsqu'il m'explique qu'il me déposera à la sortie de Zurich sur une aire d'autoroute stratégique où je pourrai continuer mon stop vers Vaduz. Au fil de son argumentation, il se rend compte que cette solution ne lui plaît pas, et change d'avis en me disant qu'il me payera le train de Zurich à Vaduz. Je le remercie ainsi que la Vie pour me permettre d'atteindre mon objectif en un minimum de temps et d'efforts.
J'accepte ce geste sans un sentiment de gêne. Il faut embrasser tout ce que l'Àme du Monde veut vous offrir. En prétextant que c'est de trop, qu'on ne peut pas accepter ou encore qu'il ne fallait pas, Dieu pourrait bien nous entendre et ne plus se montrer aussi généreux la prochaine fois.

Je suis tout fou, comme un gosse qui reçoit un légo ou à qui on dit qu'il peut encore jouer dans la plaine un quart d'heure.

Bruno est chirurgien. Il forme également d'autres chirurgiens à utiliser des robots, des machines de pointes qui permettent d'opérer dans des conditions toujours meilleures.
Il n'y a pas si longtemps, il était en Belgique d'ailleurs pour son travail.
Quand je cite Paulo Coelho en lui demandant s'il vit sa Légende Personnelle, il se met à rire, reconnaissant l'auteur, et me répond que sa vie professionnelle l'épanouit.
Il m'explique encore deux trois trucs sur la Suisse, Zurich, et Bâle dont il est originaire.

A la gare, il s'occupe de tout et me tend le ticket. Pour la petite histoire, je contribue à l'achat du ticket à hauteur de dix centimes. C'est la somme exacte qu'il lui manque en liquide pour l'achat du ticket.
Je vois Vadura écrit sur le ticket, et me dis que ça ne peut qu'être Vaduz écrit dans le dialecte local.

Le train longe le lac de Zurich au pied duquel s'élèvent de hauts sommets. Pas mal! Un peu plus loin, un deuxième lac.

Je descends à la gare indiquée sur le ticket, pour prendre un bus vers un petit village surélevé, suivi d'un autre bus, plus petit cette fois, qui m'amène à Vadura. Ce n'est que quelques secondes avant que la navette ne s'arrête à Vadura que je commence à me demander si je vais au bon endroit, constatant la dizaine de chalets autour de moi. Étant en état de choc, je demande tout de même au chauffeur, qui a pu croire que je me moquais de lui, si nous sommes bien arrivé dans la capitale du Lichtenstein. Il me dit que c'est à 50km d'ici, et m'indique un chemin qui redescends vers le village d'où on vient.

Bref, je reprends un bus, un train, et un bus et j'arrive à Vaduz en une heure et 16 francs. Il y a un petit 40 000 habitants dans ce pays, dont même pas un cinquième vivrait dans la capitale, à en croire un panneau de renseignement sur le sentier serpentant qui grimpe vers le château. Pourquoi vais-je au château? Pour dormir. C'est le chirurgien qui m'a payé une nuit dans la suite royale, avec champagne et une charmante compagnie. Je plaisante... Je me dirige vers le château pour m'extirper de la ville et prendre de la hauteur, et ainsi augmenter mes chances de trouver un endroit propice à un montage de tente. Bingo, es gibt eine Wiese perfekt für meine Zelt!

Guten Nacht


J25 | Rhin - Bâle | ~27km

Je ressens fort la fatigue.

J'arrive dans le centre ville de Bâle. C'est une bien grande ville. Le réseau de trame a l'air efficace. Après tout c'est normal je suis en Suisse. Je vais acheter une carte sim Suisse (0041765395150) puis me rends à l'office du tourismus. J'hésite encore entre deux itinéraires. Ils ne savent pas bien me renseigner mais me redirigent vers la bibliothèque où je pourrai jeter un œil aux cartes etc.
Finalement, j'achète le guide de la Via Alpina à la bibliothèque. C'est donc vers le Lichtenstein et plus précisément Vaduz que je me dirige.

Je suis assez content de laisser la ville derrière moi.
J'avance en suivant un itinéraire balisé, grâce à une carte des randonnées du coin que j'ai reçue à l'office del tourismus.
Je me dirige dans la même direction que l'autoroute qui passe par Zurich et se prolonge vers Vaduz, ce qui a donc du sens pour commencer à faire de l'auto stop demain.

Je plante ma tente dans une prairie ouverte, au milieu de petites montagnes. L'endroit ne laisse pas du tout deviner qu'à une petite dizaine de kilomètres au nord-ouest se trouve Bâle.

Je m'endors à 22h, je suis exténué.

J24 | Mulhouse - Rhin | ~27km

La veille sur l'autoroute vers Dudelange, on observe les files qui s'allongent en direction de la capitale (heure de pointe). La majorité des automobilistes, au milieu de cette congestion, doivent passer un temps considérable à ne rien faire. Quelle perte de temps et d'énergie.
On observe aussi l'état des  voitures:Grosses voitures, luxure apparente, même les marques françaises sont des modèles les plus récents. "Ça change hein"
Cela me rappelle une réflexion que je me faisais la veille en marchant dans la ville, observant les conducteurs, les uns semblant plus pressés que les autres. Vers quoi court-on finalement au quotidien? Quel est le train à prendre. Peut-être que certains poursuivent un idéal, une image, une reconnaissance, qui semblent inaccessibles. D'autres peut-être qui sait, suivent leur rêve et dès lors vivent leur Légende Personnelle.

La veille au soir, alors que la camionnette avance au milieu de la vaste plaine qui mène à Mulhouse, on aperçoit la silhouette lointaine des Alpes. Ma foi, le premier contact est établi!
Il y a quelque chose d'excitant dans cette nouvelle aventure. Ce trajet en voiture est véritablement un trait d'union entre deux chapitres. Derrière moi: la Belgique, le Luxembourg, l'échauffement et dans un sens une certaine zone de confort. Devant moi: la montagne, sa beauté, sa force infinie et son hostilité, et un nouveau type de marché et d'aventure qui m'est encore inconnu.

En sortant de l'hôtel ce matin, je passe par une pharmacie pour peser mon sac. Il pèse 19,5kg, et moi 76,5. J'en pesais 80 au départ.
Assis contre le mur extérieur de la pharmacie, Georges propose de cirer les chaussures des passants. Il est roumain et parle un tout petit peu de français. Il me dit que c'est mieux que de seulement tendre la main pour de l'argent. Je suis 100% d'accord avec lui et l'encourage vivement dans son entreprise. Il a déjà eu 10 clients ce matin, chacun donnant entre un et deux euros. Il envoie de l'argent à sa famille en Roumanie.
En fait, j'étais d'abord passé à côté de lui en lui souhaitant simplement "bonne journée! ". Sur quoi il m'a répondu avec enthousiasme "Merci, bonne journée!". Et au fur et à mesure que je m'éloignais, j'avais cette voix à l'intérieur qui me disait de faire demi tour. Ce qui m'a permis de faire sa connaissance.

Je me dirige vers Bâle à pied, sans guide cette fois. Il y a environ 35km, je le fais en deux étapes.
Je ne suis pas fan de cette région.
Je me perds deux fois dans des bois. La première fois je décide de franchir les barbelés qui manifestement entourent tout le bois, pour me retrouver sur ce qui ressemble à un chemin d'herbe qui longe la voie ferrée. La deuxième fois,je m'aventure en mode tout droit et j'arrive dans une zone marequageuse. Ne parvenant pas à retomber sur un chemin et la nuit tombant, je décide de rebrousser chemin, ce qui me coûte un temps considérable.

J'arrive in fine sur la rive gauche du Rhin grâce à la boussole vers 21h, où je pose ma tente sur une zone herbeuse en toute confiance. J'ai commencé ma marche tard aujourd'hui, vers 13h, et je termine tard aussi.

Bonne nuit!

jeudi 19 octobre 2017

J23 | Luxembourg - Mulhouse

Ce matin c'est moi qui réveille tout le monde dans la chambre à 6h15 car Dries et Assan, mes deux nouveaux amis marocains, sont des "lève-tôt".
J'ai assez bien dormi cette nuit!

On prend le petit-dèj ensemble dans la cafétéria de l'Auberge, et Assan me fait trop rire. Notamment, il me sort cette phrase, dubitatif, et avec tout le calme et la patience qui le caractérisent, "Regarde les gens ici, certains, on dirait ils ont pas dormi".

Ils sont tous les deux géniaux, chacun dans son style. 
Hier soir c'est avec Dries que j'ai beaucoup parlé, ou plutôt que j'ai beaucoup écouté. Je lui ai posé quelques questions sur l'Islam, la Tradition, le Coran, et davantage ensuite lorsque je remarquai qu'il était sensible à mon intérêt. Il a pris le temps de détailler ses explications, même si parfois certains concepts sont difficiles à traduire littéralement de l'arabe au français. D'ailleurs j'imagine la difficulté pour moi d'apprendre l'arabe (nouvel alphabet, nouveaux sons, écrire de droite à gauche,..) et donc également la leur d'apprendre le français. Ils apprennent les bases étant petits ceci dit, le français étant la deuxième langue au Maroc.

J'en ai appris un rayon sur la religion musulmane, et qui plus est par un pratiquant. Voilà ce que j'ai retenu dans les grandes lignes:
- La tradition Halal consiste simplement à prononcer une prière (ou invocation) et tourner la tête de la bête vers La Mecque, avant de l'égorger. Les deux seules différences par rapport à la méthode "de chez nous" sont donc celles évoquées ci-dessus.
- Les cinq "obligations" de tout musulman:
1) Reconnaître qu'il n'y a qu'un seul Dieu (après tout pourquoi y en aurait-il plusieurs? Nous ne sommes plus au temps des Grecs :D) et que Mahomet (comme on le prononce en français) est son messager (prophète).
2) La prière cinq fois par jour. D'ailleurs à ce propos, petite anecdote: La veille vers 7h du matin, dans la chambre, j'entends un homme murmurer quelque chose dans une langue étrangère. Ayant très mal dormi et étant du coup d'humeur très moyenne, je me dis "Quelqu'un se permet de parler au téléphone à voix haute à 7h du matin alors que tout le monde dort? No Fu*&?'^ Way!" Je relève la tête et je vois qu'en fait il fait sa prière du matin, sur son tapis. Lorsque je me lève une heure plus tard, je prends ma boussole et vérifie l'orientation qu'avait le tapis. SSE, donc bien dirigé vers la Mecque. Pratique d'avoir une boussole avec soi!
3) "L'Aumône". En gros, c'est une sorte de prélèvement sur la richesse, de 2,5%, qui est destiné aux plus démunis.
4) Le jeûne du Ramadan, of course.
5) Le pèlerinage vers La Mecque.

A prendre avec des pincettes ce que j'ai écrit ci-dessus, c'est juste ce dont je me souviens.
A propos de mon ressenti maintenant: J'ai vraiment beaucoup aimé apprendre sur cette religion. C'est tout nouveau pour moi, et maintenant je me dis que j'ai 26 ans et que je viens seulement d'apprendre les bases d'une religion pratiquée dans le monde entier, de l'Afrique à l'Indonésie en passant bien sur par l'Asie (surtout l'Inde). Comment puis-je comprendre le monde si je ne comprends pas le langage (j'entends au sens large ici, i.e. les croyances) parlé par un quart de la population mondiale?

Au travers des récits de Dries, je trouve que l'Islam est une religion bien tolérante à différents égards. Notamment, elle reconnaît l'existence de tous les messagers ayant existé, Moïse, bien sur Jésus, et beaucoup d'autres jusqu'à Mahomet, qui selon le Coran est le dernier des prophètes (env. 600 ans après J-C). Je ne sais pas si le christianisme reconnaît autant de messagers.
Dries me parle aussi du port du voile, des mariages, etc. Chaque homme peut avoir jusqu'à quatre femmes si j'ai bien compris. Par contre, il ne peut avoir des rapports intimes avec l'une d'elles qu'une fois marié. Une des effets du port du voile, entre beaucoup d'autres, c'est que les hommes ont moins de tentations pour d'autre femmes que la ou les leur(s), ce qui limite donc la tentation de "tromper".
Ha oui tiens, petit parenthèse qui n'a rien avoir avec la religion: en parlant de viande, de porc etc, Dries m'apprend qu'en France, la loi exige maintenant que toute bête soit tuée dans un abattoir agréé, pour des raisons "d’hygiène, de traçage etc". Fini le boucher ou l’éleveur qui peut faire ça à l'ancienne. Heureusement que la FSCA est là pour nous protéger, pour veiller sur la santé du troupeau, sans ou plutôt avec mauvais jeux de mots! Je me demande bien comment ils faisaient dans le temps... Les pauvres...! Pour rester dans le sujet, la dernière fois que je suis allé manger au Vieux Cerexhe (en compagnie de ma marraine et mon tonton adorés, coucou vous deux :D), le patron nous confiait avec mépris qu'il n'a maintenant légalement plus le droit de sortir la viande 15 minutes avant de la cuire pour "des questions d'hygiène", malgré le gain en goût et texture que ça apporte. Encore une fois, je pose la même question qu'au dessus :) Ceci dit quand on sera tous aseptisés et qu'on mangera des pilules  alimentaires ou de la nourriture produite par des machines 3D on aura plus de soucis à se faire au niveau hygiène! Que c'est beau le pouvoir de la pensée positive.

Trêve d'ironie maintenant...
Donc voilà en somme, échange très intéressant avec l'ami Dries!
Pour clôturer, il me parle enfin du jugement dernier, jugement auquel chaque homme sera confronté à la fin de sa vie. Je lui demande si le terme "jugement" est bien employé tel quel dans le Coran. Il me dit que oui, et me demande pourquoi je pose la question. Je lui explique alors que je pense que le seule personne qui peut nous juger, c'est nous-même. Jésus n'a t-il pas dit "Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé", encore une fois cela invoque le principe Action-Réaction, tout comme "On récolte ce que l'on sème". Jésus est donc le dernier être à vouloir juger les hommes. Et comme c'est un messager, probablement que Dieu non plus ne juge pas.

Assez parler de religion, ça fait déjà beaucoup.
Je me trouve à la bibliothèque de Dudelange, et j'ai la chance que cette dernière mette gratuitement des ordinateurs à disposition! J'attends que Dries et Assan terminent leur ouvrage, avant de prendre la route début d'après-midi normalement.

Take Care :)


mercredi 18 octobre 2017

J22 | Luxembourg (repos)

J'ai très mal dormi, peut-être 3 bonnes heures. On est à 5 dans la chambre et ça me change de la totale quiétude de la tente.

Moment insolite au petit-déjeuner:
Une jeune hollandaise, Esther, s'invite à notre table, celle de moi et Christian, un retraité belge qui visite du pays et que je viens tout juste de rencontrer. Elle a fait des études dont je ne me souviens plus le nom pendant trois ans en Californie. Elle nous raconte qu'elle a rencontré Dieu et que maintenant Il vit en elle. Elle nous confie encore qu'elles a déjà assisté à des miracles grâce au pouvoir de la prière. Elle sert en quelques sortes d'intermédiaire entre Dieu et les hommes. Les miracles sont parfois instantanés ("petits bobos"), parfois le fruit d'un processus répété, notamment de prières.
Elle se concentre assez vite sur Christian, en lui demandant si il a des problèmes de dos. Il lui dit que non, mais qu'en revanche il a des problèmes de tension. Lorsqu'elle lui propose de faire une prière avec/pour lui, Christian lui demande plutôt d'en faire une pour son fils qui est schizophrène.  Elle demande pour en savoir plus avant d'agir. Christian devra interrompre sa narration, submergé par l'émotion. Elle procède finalement à la prière, me demandant de traduire de l'anglais au français.
C'est un moment très intense, et je dois dire assez particulier.

Je me lande à la poursuite de l'AS aventure de la ville, qui, heureusement pour moi lui ne bouge pas, ce qui facilite grandement mes recherches.
J'achète deux contenants ultra légers en plastique pour éviter de me trimbaler avec des récipients en verre (huile d'olive, sauce pour pâtes,...) dans mon sac, trois barres aux fruits et une brosse pour mes chaussures. Cependant, je reste trois heures dans le magasin. Je suis très bien renseigné par Mickael qui, ça ne s'invente pas, revient tout juste d'une randonnée d'une semaine dans les Alpes Suisse en totale autonomie qu'il a faite avec un ami. Il me rassure sur la pratique du bivouac en Suisse, et me dit que les Suisses sont géniaux et très tolérants en la matière. Je profite d'innombrables conseils de la part de cet aventurier confirmé. Il a notamment le projet de faire le prochain Pékin Express.
C'est une aubaine pour moi. On jette un œil ensemble sur les cartes topographiques de la bibliothèque du magasin, et finalement on dévie complètement sur des fantasmes d'aventurier.
J'ai ultra bon de me trouver là, j'adore cet endroit. Aussi bien en Belgique qu'ici, je suis généralement renseigné par des gens qui vivent d'aventure autant qu'ils le peuvent, et sont donc de très bons conseillers d'un point de vue pratico-pratique.
Mickael me donne également des conseils sur comment utiliser et entretenir au mieux mon matériel, notamment les chaussures et le sac. Mine de rien, ça a beau être du matos de top qualité, si c'est mal entretenu ça peut très vite se dégrader et rendre l'âme beaucoup trop tôt.
Je me laisse complètement aller à des idées de projets farfelus en parcourant la bibliothèque.
Chose très amusante, avant de partir je lui demande s'il a un collègue qui est actuellement en Russie. A Vielsalm, j'étais tombé sur la maman d'un type qui travaille chez AS aventure au Luxembourg (je ne savais pas où) et qui est actuellement en Russie. Mickael voit très bien de qui il s'agit, et me dit que c'est un fou furieux de ce genre de projets, selon ses termes. Il me demande ensuite comment je suis au courant et je lui raconte l'histoire, hahaha!

De retour à l'Auberge, je cherche un ordinateur et reformule ma demande auprès de la réception, qui m'avait déjà répondu la veille qu'ils ne savaient rien faire pour moi. Je sens une pointe d'agacement chez le réceptionniste. Néanmoins, il me parle d'un cybercafé près de la gare, à l'autre bout de la ville. Je le remercie, mais n'ai nullement l'envie de ressortir. Pourtant j'ai vraiment envie de profiter que je suis encore dans la ville pour poster sur le blog! Je ne sais pas pourquoi mais je sens qu'il faut que je prenne patience et je suis très confiant que je vais bientôt trouver un pc de libre. Je décide donc entre temps d'aller nettoyer mes chaussures. En arrivant dans la chambre, qui est-ce que je vois, un nouvel arrivant, Thomas. Et qu'y a-t-il sur son lit, oh un ordinateur portable.
Il est belge, on discute blablabla, et il me dit qu'il travaille de 17h30 à 23h et que je peux utiliser son pc dans cette plage horaire. Elle est pas formidable la vie? Comme si c'était écrit, hein!

Alors maintenant je suis en train de publier mes notes etc.... Et je me demande si les deux types que j'ai rencontré hier soir vont finalement revenir ce soir et repartir le lendemain sur Mulhouse. Auquel cas ils sont d'accord de me prendre avec. Ce sont deux travailleurs, marocains, qui sont sur un chantier en ce moment au Luixembourg. Le chantier prend un peu plus de temps que prévu, mais ils n'étaient pas certains de revenir ce soir à l'Auberge. Si tout se passait bien aujourd'hui, ils auraient fait la route le soir.
Toutefois, j'avais décidé ce matin que je prenais ma chance et que je restais la journée. Et les voilà qui rappliquent à l'instant! Great, j'ai mon ticket pour me rapprocher déjà fameusement de la Suisse demain!
Ce soir c'est spaghettis aux moules sauce safran... Mon dieu ça peut être bon!

Donc voilà mes dernières notes pour le Luxembourg. A partir de la Suisse je ne sais absolument pas comment ça va se présenter (accès à internet?..). J'aurai un nouveau numéro de téléphone probablement, donc ne vous étonnez pas si vous tombez sur la messagerie de mon numéro actuel. Si vous désirez entrer en contact, Martine, Alain, Flo et Ro se feront certainement un plaisir de vous partager mon nouveau numéro le cas échéant :)

D'ici là, Ciao!

J21 | Greiveldange - Remich - Luxembourg | 6.6km

Je prends mon café et déjeune d'une banane assis sur un banc qui a vraisemblablement été clandestinement sur le toit d'un petit bâtiment des eaux. Un talus herbeux en pente permet d'accéder facilement au dit toit par l'arrière du bâtiment.
Depuis ce banc, j'ai une vue plongeante sur une dizaine de kilomètres de terre devant moi, dont la Moselle juste en contrebas, une centaine de mètres plus bas en altitude.
Je suis en train d'assister au lever du soleil. J'ai de la chance, car je me trouve juste au dessus de la nappe de brouillard. Le spectacle est grandiose, et en plus gratuit. En fait, je réalise que je n'aurais moi-même pas pu inventer un meilleur scénario!

John est un fan de rando. Je fais sa rencontre lorsqu'il me salue depuis son seuil, alors que je m'engage dans la descente qui mène à Stadtbredimus (je trouve aussi que c'est un nom amusant).
John s'écrit à l'anglaise, et se prononce comme la couleur jaune en français. Ca ne s'invente pas, il possède une voiture jaune, comme il me le confie sur le ton de la rigolade.
Il m'apprend que du côté allemand de la Moselle existe une randonnée d'environ 300km, la Moselsteig, qui rallye Schengen à Koblenz et qui tantôt longe le fleuve, tantôt traverse les vignobles.  Cette promenade a même été élue "plus belle promenade du monde" une certaine année.
John m'offre spontanément deux œufs durs, une banane, une orange, et deux pommes. Je le remercie et poursuis mon chemin.

A mon sens, la marche est le plus beau moyen de découvrir une région, un pays. Un autre aspect de la marche que j'adore, c'est voir son évolution physique. Des efforts qui me paraissaient surhumains au début, me semblent être une formalité deux semaines ou un mois plus tard. C'est une preuve parmi tant d'autres du potentiel humain inimaginable et illimité, même si malheureusement et encore une fois à mon sens, il s'entête souvent à limiter son pouvoir et vivre au sein des limites qu'il s'est lui-même fixées.

Arrivé à Remich, je triche et prends le bus qui va à Luxembourg. Le trajet coûte deux euros. Le gouvernement luxembourgeois a manifestement tout compris en matière de transport public.

La vieille ville de Luxembourg est adorable, entourée d'un grand parc qui se trouve en contre-bas. Du parc au pourtour de la ville s'élèvent d'immenses remparts, jadis gages de sécurité. La ville a une histoire très riche et vieille de plus de 1000 ans! Le pays du Luxembourg abrite environ 600 000 habitants, dont 115 000 vivent dans sa capitale. Selon ce qu'un employé de l'Auberge de Jeunesse me rapporte, 160 000 travailleurs frontaliers envahissent chaque jour le pays.
A noter qu'il faut compter 4.3 euros pour une bière pression en terrasse, 33cl, dans la vieille ville.

Je me rends à l'Auberge de Jeunesse. En souscrivant à la carte membre, le nuit me revient à 21 euros, petit-déjeuner inclus. Pour 9.9 euros, on a droit au menu du jour. Salade-bar et soupe du jour à volonté, et ce soir en plat principal ce sont des bouchées à la reine. S'en suit un dessert. C'est excellent et réellement démocratique!
L'association Youth Hostel est une asbl implantée mondialement. Avec ma carte de membre, je bénéficie de réductions aussi bien en Europe que partout dans le monde, des Amériques en passant par l'Australie.

J20 | Grevenmacher - Greiveldange | 20.5km

Peu avant 8h30, je suis déjà en route.

Je me sens en forme, malgré m'être réveillé vers 4h du matin par la bruit de l'autoroute (ou le froid je ne sais pas exactement; ou bien les deux tiens).

Arrivé au centre de Greiveldange, je me renseigne auprès de cet homme d'un certain âge qui vient récolter son courrier pour une épicerie et une boulangerie. On discute un peu et il me fait remarquer que le GR passe par Schengen, ce petit village situé à la rencontre des trois frontières (GER-LUX-FR) et qui fut le témoin de la signature du fameux contrat Européen du même nom. Je ne savais pas du tout que Schengen représentait un lieu! Le choix de ce dernier a bien sur une signification symbolique.

Une fois ravitaillé, je prends de la hauteur et me retrouve rapidement encerclé par des vignobles.
Il faut attendre 11h30 cette fois pour que le soleil triomphe du brouillard. Et là, c'est magique. Je me trouve sur la partie haute des champs de vignes qui eux-mêmes surplombent le fleuve. La vue est dégagée sur 180° et je contemple l'immensité de cette vallée baignée de soleil.
Les vignes s'étendent à perte de vue.
De nombreux travailleurs s'attèlent à l'entretien des parcelles ainsi qu'à la taille des vignes. Il reste encore des grappes de raison bien mûr, blanc ou rouge, et je ne m'en prive pas!

D'innombrables petits lézards s'agitent sous la maigre végétation qui recouvre les talus les plus exposés au soleil lorsque je passe. Les sols calcaires et fertiles sont propices à l'épanouissent de la vigne. Les romains tiraient déjà profit de ces sols à l'époque. N.B: Trèves (Trier) étaient d'ailleurs une capitale très importante de l'Empire Romain.

L'itinéraire visite régulièrement des villages situés au bord du fleuve pour remonter aussitôt en haut des vignes si bien que le dénivelé total est non négligeable.

Je m'arrête au milieu des vignobles pour pique-niquer. Je suis émerveillé par le spectacle. Une quiétude souveraine règne ici. Le contraste des couleurs est saisissant, entre le bleu du fleuve, les villages, et les vignes aux reflets vert, jaune, pourpre, ou encore brunâtre. La fraîcheur de l'eau qui se trouve une cinquantaine de mètres plus bas ainsi que les senteurs chaudes qui émanent des champs de vigne forment un cocktail qui éveille merveilleusement bien mes sens olfactifs, lorsque je respire à pleins poumons. A défaut de vin, c'est cet instant que je déguste.
Je ne m'attendais pas à être aussi impressionné par cette vallée, cette région. Je me sens très inspiré.
Les températures sont également excellentes, chaudes même. D'ailleurs je vérifie tout de même mon calendrier et oui, effectivement, c'est bien juste nous sommes dans la deuxième moitié du mois d'octobre.

C'est la deuxième fois que je passe les 20km. J'en suis satisfait.

Enfin vers 17h30, j'approche de l'endroit sur la carte où je me disais plus tôt dans la journée que je pourrais bien y trouver un endroit pour camper.
Alors qu'un long méandre du fleuve s'engage vers la gauche, le chemin prend un raccourci et coupe tout droit. A l'approche du sommet d'une bute, un grand verger ouvert et inoccupé se trouve sur ma droite. Pas d'habitation où demander la permission; j'y vais.
A ma gauche, la vallée, que j'aurai côtoyée toute la journée. A cette heure-ci, elle est mise en valeur par le coucher du soleil, qui donne à la roche un teint orangeâtre. C'est grandiose. Une très belle image pour clôturer la journée.

Pour les amateurs de gastronomie, ce soir c'est riz sauce aigre doux. Veuillez prendre réservation avant 16h si le menu vous intéresse pour des questions pratiques.

J19 | Moersdorf - Grevenmacher | 20.3km

Je passe une très bonne nuit, réparatrice.

Très vite je m'égare du GR. Grâce aux cartes topographiques du guide, je me repère assez rapidement et rejoint le << rouge et blanc >> à peine un kilomètre plus loin
Il arrive souvent que le balisage soit manquant, ou bien que les balises ne correspondent plus au guide, ce dernier ayant été publié antérieurement à d'éventuelles modifications faites sur l'itinéraire.

Je rejoins la vallée et longe la Sûre sur quelques kilomètres avant que celle=ci ne se jette dans la Moselle. Arrivé dans la vallée de la Moselle, le brouillard se lève et laisse place à un soleil qui ne me quittera plus de la journée.

Le chemin s'aventure maintenant dans les terres, dans des bois vallonnés et denses, et je perds le fleuve de vue.

Je me contente d'amandes, de graines de courgettes, d'une barre de massepain (merci Jeanine!) et d'une pomme à midi.

J'hésite beaucoup pour l'emplacement de la tente le soir approchant. Je sors finalement d'un bois et tombe sur un chemin à ma gauche qui sépare le bois d'une prairie.
Bien que je rencontre quelques difficultés à enfoncer les piquets qui tendent la toile à cause de la très fine couche de terre qui recouvre un sol très rocailleux, ça fera l'affaire.
Le seul petit bémol, je me trouve à 200m à vol d'oiseau de l'autoroute.

J18 | Echternach - Moersdorf | 18.6km


Si j'ai dormi 4h cette nuit c'est beaucoup.
Mon camarade de chambre ronflait tellement fort que les personnes des chambres voisines auraient pu éventuellement porter plainte.

A 7h je fais mon sac et vais profiter du petit-déj inclus. J'utilise encore l'ordinateur pour faire deux trois petites choses.

Il est 10h lorsque je quitte l'auberge pour aller au supermarché luxembourgeois Cactus pour y faire mes courses pour le soir, après quoi je prends enfin le chemin du GR5.
Un épais brouillard enveloppe la ville ainsi que toute la vallée. Le terrain est toujours aussi accidenté que les jours précédents, avec des rochers et des gros cailloux dans tous les sens dans lesquels sont parfois taillés des marches d'escalier afin de franchir les obstacles. En milieu de parcours, je laisse les gorges définitivement derrière moi.

La rosée du matin met joliment en évidence les nombreuses toiles d'araignée alentour. Elles brillent. On dirait même qu'elles émettent de la lumière blanche pure. Souvent, des fils ont été tissés (je me demande d'ailleurs bien comment) d'un côté à l'autre du chemin ou de la route (mesurant dans ce dernier cas plusieurs mètres de long) à hauteur d'homme. Au fur et à mesure que je les franchis, les filaments s'accumulent donc sur moi de la tête aux pieds. C'est assez insolite.

La compagnie d'hier m'a fait du bien, et me donne de l'énergie. En parlant de compagnie, c'est le soleil maintenant qui m'a rejoint, étant enfin parvenu à dissiper puis chasser ce brouillard extrêmement dense qui régnait en maître depuis tôt le matin. Le ciel est bleu azur. Ca me change la vie de marcher dans le soleil, c'est excellent.

Je vais acheter un sandwich dans une station essence et m'assied sur une petite place baignée de soleil pour le manger. Ca me remonte le moral une belle après-midi pareille.

Arrivé à Moersdorf je me mets en quête de trouver un endroit où passer la nuit. Juste en amont du village, au milieu d'un sentier qui monte fort dans les bois, un étage tout plat de hautes herbes et de mousse généreuse s'offre à moi. Parfait!

samedi 14 octobre 2017

J17 | Grundhof - Echternach | 11,7km

Réveil 7h, départ 8h30 après un bon petit-dej: Dos bananas y un pan multicereal.

Les efforts sont particulièrement coûteux aujourd'hui.

Le décor est par contre magnifique. Le sentier longe des falaises de grès sur plusieurs kilomètres dans les bois. Les falaises sont immenses. Je devrais d'ailleurs les appeler Gorges à en croire les commentaires écrits dans mon guide. De majestueux et manifestement très vieux hêtres ont pris possession des bois. Le lieu a des allures mystiques. Des voies d'escalade ont été ouvertes par endroit sur les parois verticales de grès.
Le site doit avoir une certaine notoriété puisque je rencontre pas mal de monde sur les sentiers.

Je fais la connaissance de deux hollandais quinquagénaires. Ils font une rando de 3 jours dans la région avant de go back to the office dans la foulée. Dans leur jeunesse ils ont fait des trails en Norvège, Suéde, avant tout le matériel nécessaire à une autonomie quasi totale.

Dans la descente vers Echternach je tombe cette fois sur Jeanine et Noelle, deux françaises de la Moselle, quinquagénaires également et qui visiblement passent du bon temps entre amies. Elles sont très avenantes et sympathiques si bien qu'on continue à discuter tout en se rapprochant du centre ville d'Echternach. Echternach est une petite ville, une des plus veilles du Luxembourg paraît-il. Certaines traces de cet âge avancé qui impose le respect sont encore présentes dans le centre, comme l'Abbaye ou bien les ruines d'anciens remparts.
Arrivés en ville, elles me proposent de les accompagner pour aller boire un verre. On s'installe à une terrasse et elles, fidèles à leurs habitudes, prennent un verre de vin blanc. Quant à moi, fidèle à mes origines, je m'engage pour une bière blonde locale, la Battin. Et ben franchement, il mérite d'être goûtée!
On discute de tout et de rien. sans retenue. Elles sont fans de notre pays, de l'accueil général en Belgique, et de l'humour belge. Elles m'apprennent que pendant leur jeunesse elles avaient grande habitude de faire du stop lorsqu'elles voyageaient, pour aller en vacances par exemple. C'était en fait une pratique courante que de faire du stop sac à dos chez les jeunes à l'époque, l'époque hippie comme elles la nomment.

Elles continuent leur route, et je reste à Echternach. L'ambition de mon après-midi est de trouver un PC pour pouvoir publier mes notes etc.
A ces fins je trouve l'Auberge de Jeunesse, qui dispose d'un ordinateur en libre utilisation.
Après être passé par la poste délester quelque matériel, dont des livres déjà lus (j'ai particulièrement aimé Les Dieux Voyages Toujours Incognito, de Laurent Gounel), je passe donc mon aprèm et mon début de soirée au clavier.

L'auberge est soit dit en passant très classe, très moderne. Elle est située au bord du lac, loin de toute agitation.

Je partage ma chambre avec un Grec, la quarantaine, qui exerce en ce moment son métier d’électricien sur un chantier dans la région. On converse en anglais, pas en grec, et j'en apprends un peu sur la Grèce. Il me confie ses impressions sur le Luxenbourg. Il ne dort que quelques heures par nuit, et se lève à 6h.

Le soir je me rends de nouveau dans le centre, à pied forcément, pour aller manger un morceau. Je n'y crois pas mes yeux, la ville est littéralement décédée. On est vendredi soir, et il y a plus de chats dans les rues que de personnes. Par chance je trouve une brasserie sympa, encore ouverte sur le coup de 21h, et qui fait des hamburgers. La Battin à la pression passe toujours aussi bien.

vendredi 13 octobre 2017

J16 | Gilsdorf - Grundhof | 18,7km

Pour la première fois je démarre avant 9h. La gaieté au coeur.

Aujourd'hui, il fait BEAU!

Je marche d'un bon pas, je me sens en forme.

Beaufort est un petit village rustique. Je m'y arrête dans un café, y mange un croque-monsieur et bois une bière. Je fais la connaissance de son gérant portugais, qui tient le commerce depuis 30 ans.

Léger, je passe par un proxy pour acheter mon repas du soir: pâtes aux oeufs frais, sauce bolo, un poreau, et du fromage râpé!

Le village dans mon dos, le sentier sillonne à présent aux côtés d'un petit cour d'eau, dans ce qui ressemble à des gorges.
De hautes barres rocheuses s'élèvent de part et d'autre du ruisseau, sur plusieurs kilomètres.

Au sommet d'une montée, un vaste plateau de terres agricoles sur ma gauche. Je profite de l'entrée d'une pâture comme emplacement pour la nuit. Je ne me sens pas tout à fait à l'aise car je n'ai pas pu entrer en contact avec le propriétaire de la prairie, dont les immenses installations se trouvent de l'autre côté du champs, à un bon kilomètre. Je me dis que s'il revient par ici, j'irai à sa rencontre.

J15 | Vianden - Gilsdorf | 16km

Petite journée clame.

Je prends bien mon temps le matin au petit-dej.
J'apprécie le buffet et le confort. Les oeufs brouillés coiffés du bacon sont merveilleux.
Je discute encore un peu avec Roland, le gérant, puis prends la route.

Arrivé à Gilsdorf (petit village à l'entrée de Diekirch), je sais qu'il me reste uniquement du riz pour le soir. Une option consiste à faire un détour par le centre de Diekirch (1km x 2) pour acheter un petit truc afin que mon riz se sente moins seul. J'ai les jambes un peu lourdes, et décide de rester sur le GR, de me contenter du riz, et si une ferme se trouve sur mon chemin de demander un oeuf.
A la sortie du village, à l'angle où le GR quitte la route goudronnée pour emprunter un chemin qui grimpe en direction des bois, un vieux monsieur jardine dans son jardin. Il me salue, et me gratifie de trois pommes, cueillies dans un verger un peu plus haut sur le versant.

J'élis domicile quelques centaines de mètres plus haut, sur une parcelle d'herbe à côté des statues d'une vierge et de Jésus. En fait c'est un petit endroit ouvert de recueillement, à l'intérieur duquel on peut voir quelques bougies briller.
Par chance, une touffe de ciboulette émerge de l'herbe fraîchement coupée, et assaisonnera bien mon riz!

J14 | Wahlhausen - Vianden | 17km

Je mets les voiles un peu avant 10h.

Le parcours est encore plus vallonné que la veille, comme si c'était possible. Au moins 600m de D+ d'aprés le profil en élévation. Les ascensions sont souvent des sentiers étroits qui grimpent en serpentin dans les bois.

Soudain, alors que je marche silencieusement et sans mes bâtons sur un chemin de crête dans une forêt de feuillus, j'aperçois une biche et deux bambis. Malheureusement, un oiseau par ses cris stridents et son envol a trahi ma présence, et je n'ai pu apercevoir les animaux que brièvement pendant leur fuite.


Aujourd'hui, je me demande quelle est ma voie. Ce qui est merveilleux, c'est que L'Univers conspire à t'aider à obtenir ce que tu veux. Encore faut-il que j'établisse, que je formule  ce que je veux. La question est donc la suivante: dans quoi ai-je envie de me lancer? Une fois la ou les réponse(s) en main, il me "suffira" d'interpréter les Signes mis sur ma route par L'Âme du Monde, ou bien L'Univers ça revient plus ou moins à la même chose. Et pour pouvoir interpréter les Signes, il me faut bien-sur parler le Langage Universel, le langage qui s'exprime par tous les moyens sauf les mots. En fait je crois que c'est justement cela qui me motive à entreprendre ce genre de voyage, de pèlerinage, càd approfondir mes connaissances dans la Langue du Monde. Et in fine, vivre une partie de ma Légende Personnelle. Si mon coeur désire faire ce voyage, alors L'Univers Entier me permettra d'atteindre mon objectif, comme il le fait pour chaque être humain qui désire accomplir un objectif formulé directement par son coeur. La clé ici est, selon moi, que c'est le coeur qui doit s'exprimer, et rien d'autre.
Quant à mes objectifs de Vie, j'ai encore du mal à faire un choix. J'interroge mon coeur, et j'ai l'impression qu'il me dit qu'il est intéressé par tout. D'où ma difficulté de prendre une décision "à long-terme". Je pense avoir l'impression que si je me lance dans un domaine, dans une direction, je me ferme la porte à tout le reste. Si je reprend mon enfance jusqu'à ma rétho, j'ai toujours été curieux et intéressé par tout ce qui m’entourait. 

Lorsqu'on poursuit ses rêves, on se met en position de vivre sa Légende Personnelle. Vivre sa Légende Personnelle, c'est la seule obligation de l'être humain (selon Paulo Coelho). Alors, quel est mon rêve? 


Ce soir j'arrive dans la petite ville de Vianden, qui pourrait faire penser à une petite ville Suisse de moyenne montagne. La ville est célèbre notamment pour son châteaux, et les nombreux séjours qu'y effectua Victor Hugo en tant qu'exilé ou réfugié. Le château fût conservé au sein de la même famille du 15e siècle jusqu'en 1977! Après quoi il fût cédé à l'Etat, qui entreprit d'importants travaux de rénovation.
Après une journée éreintante, je me fais plaisir en choisissant ce petit hôtel à dimension familiale, La ville de Bruxelles. On y parle français, et je fais donc une pause avec l'allemand que je parle depuis cinq jours, pour retrouver ma langue natale.
Le gérant, et cuisinier également, m'explique comment il a repris l'hôtel mi-juillet de cette année, puis me prépare une magnifique entrecôte sauce Emmental. Le prix, aussi bien pour la nuit et surtout pour la restauration, est démocratique surtout pour la localité.

Je savoure cette douche chaude, et fantasme à l'idée que ma lessive aura cette fois le temps de sécher en une seule nuit!

J13 | Dasbourg - Wahlhausen | 10,5km

Je m'active à 8h45. Je prends mon temps, sans traîner.

Je sors du camping à 10h30. Et oui, le rituel prend un certain temps, surtout ce matin. Le café et le petit-dej (ce matin pain et miel), la petite gym, ranger toutes les affaires dans le sac, sécher la tente, replier la tente, rouvrir le sac afin de placer la tente à sa place en respectant la pratique d'usage qui veille à placer les choses lourdes proches du centre de gravité et le plus près possible du dos. En effet, toute masse m placée à une distance orthogonale d du dos crée un effet de levier proportionnel à d et m qui a tendance à tirer l'axe normalement vertical de la colonne vertébrale en arrière.
En prime ce matin, aller également dépendre le linge encore mouillé qui a tenté de sécher durant la nuit dans la local des sanitaires, et le disposer au mieux sur l'extérieur du sac pour qu'il ait l'occasion de sécher davantage pendant la journée.

Trois grosse ascensions aujourd'hui, la dernière m'élevant de 260m à 500m sur le sommet terrassé d'un des versants de la vallée de l'Our. D'en haut, j'ai une très belle vue sur les nombreux méandres empruntés par la rivière, ainsi que sur le caractère en V de la vallée. En voyant cela, j'imagine que c'est l'oeuvre d'un immense glacier, qui a creusé a lieu seul la terre et la roche. Et en effet, je rigole quelques centaines de mètres plus haut en lisant ce panneau d'affichage qui explique avec plus de précisions que la forme particulière de cette vallée est l'héritage laissé derrière elles d'ères glacières précédentes, il y a très très très longtemps!
On aperçoit aussi beaucoup d'éoliennes coiffant les sommets alentours, et mettant à profit la généreuse force du vent.

Après avoir tenté d'obtenir de la nourriture pour mon souper à deux reprises, me voici dans le petit village de Wahlhausen.
Je sonne à la première habitation sur la droite, qui se trouve être une ferme. J'obtiens généreusement une pomme une banane (Mhmm vitamines!), et le feu vert pour élire domicile le temps d'une nuit sur une parcelle herbeuse 30m plus loin.
On m'informe également qu'il y a un restaurant au centre du village. J'y vais en repérage.Au début l'idée ne me plaisait pas trop, et puis je me suis souvenu que le but de mon voyage n'est pas de cherche le moindre coût, à tout prix si j'ose dire.
Le restaurant me plaît directement. Ambiance boisée et feutrée, d'un style ancien. Des colombages décorent les murs et le feu de bois, qui chauffe toute la piéce, est joliment encadré de grosse pierres de taille.
J'y mangerai le soir une soupe aux tomates et un excellent Hamburger de Cerf Maison.

C'est le deuxième jour d'affilée que je me rapproche de Compostelle. En effet, le chemin de St-Jacques rejoint le GR5 à la frontière belgo-luxembourgeoise. Quelle ne fût pas mon émotion lorsque je vis la coquille pour la première fois à la frontière!

J12 | Ouren - Dasbourg | 13,7km

Je passe une très bonne nuit de sommeil, une fois de plus.

Je prends bien le temps ce matin, et m'initie même à une petite gym matinale. Un des buts recherchés est de renforcer ma ceinture abdominale intérieure (je me fous des tablettes extérieures), celle-là même qui soutient le bas de mon dos.
J'ai maintenant pris l'habitude de sécher ma tente avec un de mes deux essuies avant de la replier, sur les faces intérieure et extérieure de la toile extérieure. En fait, ma tente ressemble à ceci: Une toile extérieure totalement imperméable, et une toile intérieure dont certaines parties sont perméables à l'air. Une couche d'air sépare les deux membranes (toiles). Cette couche d'air se charge de l'humidité qui se dégage de l'intérieur de la tente (respiration, vêtements qui sèchent,..). A l'avant ainsi qu'à l'arrière de la tente, deux ouvertures permettent à cet air interstitiel chargé d'humidité de s'évacuer, aidé par le vent extérieur bien entendu.

Je vis une étape compliquée mentalement et émotionnellement.
Premièrement, je remarque assez vite qu'il n'y a aucun ravitaillement d'ici Dasbourg, ma destination supposée.
Deuxièmement, je chemin est vallonné comme pas possible, et je ne me vois pas du tout avancer.
A cette allure, je comprends que je vais devoir à nouveau sauter le repas du midi, moi qui me suis déjà contenté du dernier paquet de biscuits au citron au petit-déjeuner. Tout au long de l'itinéraire je reste dans la vallée de l'Our. Les versants de cette vallée sont très raides, et le tracé s'amuse régulièrement à flirter avec les hauteurs, pour tout redescendre ensuite jusqu'au niveau de l'eau. Bref la distance sur ce parcours est très trompeuse.
Troisièmement, je me demande encore ce que je fous ici tout seul comme un con, ce qui provoque en moi, cette fois, un sentiment d'exaspération. Sentiment accentué par ma fatigue et mon état de faiblesse, tous deux liés à la difficulté du parcours, au fait que j'ai le ventre vide, et enfin à l'adaptation physique à laquelle mon corps est confronté depuis mon départ.

Je me calme au fur et à mesure que je vois la fin arriver.

A 16h je mange un cheesburger dans un café, rive droite.
A par la Q8 mitoyenne au café, il n'y a aucun autre magasin ouvert dans le coin. Je ne m'étais pas rendu compte que c'était dimanche.
C'est donc à la station essence que j'achète des saucisses, du pain, et des tranches de charcuterie. A par ces quelques produits de qualité, il n'y que des cigarettes, des quantités astronomiques de café, et de l'alcool fort. Et oui, sur la rive gauche, de l'autre côté du pont, on va en Allemagne. Et ici, on est au Luxembourg! L'Our sert donc de frontière naturelle.

Je me dirige vers le camping qui se trouve de l'autre côté de la rivière. Haa des satinaires! J'en profite pour prendre une bonne douche (le boiler est coupé donc l'eau est froide mais c'est la dernière de mes préoccupations) et faire une grosse lessive.

Bonne nuit.

J11 | Grüflingen - Ouren | 17,5km

Je suis réveillé par haut régime d'une tronçonneuse qui travaille au loin, vers 8h du matin. Ce qui m'amène à me poser la question "Pourquoi si tôt?".

Quelle chance, le soleil donne ce matin.

Le chemin prend un peu de hauteur tout en s'extirpant de la forêt de sapins, avant d'aboutir sur le sommet d'une colline en forme de monticule, recouverte de prairies.
Cette colline étant plus élevées que ses voisines, un très beau panorama se dégage devant moi.
Le vent souffle fort, et ce qui est appréciable c'est que pour une fois l'air est sec!

Le chemin entame sa descente sur le petit village de Burg-Reuland, dans le creux de la vallée. Le châteaux du village, datant de la fin du 16e, sera bientôt le témoin d'une fête à en juger par la vingtaine de bénévoles s'agitant à monter un grand chapiteau dans la cour intérieure.
D'après le guide et une dame que je rencontre dans la rue, une petite échoppe d'alimentation générale se trouve à Ouren, ma destination du jour. Je décide donc d'éviter tout ravitaillement non nécessaire dans ce Burg, dans un soucis de légèreté, et par la même occasion, entreprends de postposer mon lunch.

En route, je croise beaucoup de randonneurs du weekend, me saluant presque tous d'un "goede dag". Je n'ai donc pas la vive impression d'être en communauté germanophone.

Le camping de Ouren est fermé, ainsi que la petite épicerie dont on m'avait parlé!
On dirait que le village a été plongé dans un sommeil profond. Un sommeil dont je me demande même s'il sortira un jour.
Soudain, alors que j'ère dans le village en quête d'inspiration, une jeune demoiselle dans ma direction, une botte de persil à la main. Je l'interpelle en lui expliquant mon désarrois. Prenant mon cas en considération, et me renseignant qu'il n'y a aucun commerce à moins de 10km à la ronde, elle m'invite à l'accompagner jusque chez elle. En chemin, j'apprends qu'elle connaît bien Wdt puisqu'elle y a déjà conduit dans le cadre de son permis de conduire.
Arrivé chez elle, je fais la connaissance de ses parents qui viennent de terminer le chemin de Compostelle cette année. Depuis chez eux, ils ont rallié Compostelle en cinq parties et autant d'années, reprenant à chaque fois là où ils s'étaient arrêtés l'année précédente. Du coup on échange sur nos expériences respectives après quoi la mère revient avec un demi chou-fleur cuit dans une sauce blanche et un bon gros morceau de poisson. Waw je suis aux anges! Le père m'explique quel type de poisson c'est et que c'est son fils qui l'a pêché dans la rivière qui traverse le village, l'Our. Comme je ne comprends pas, malgré sa gestuelle (on parle allemand), j'essaye au hasard en français "une truite?". Il me répond que c'est justement le poisson qui mange la truite, avec plein de dents dirigées vers l'arrière de sa gueule. Haa, un brochet! Quelle chance, je vais même avoir le luxe de manger du poisson sauvage.

Reboosté par cet échange, ce partage, cette communion, et cet élan d'humanité, je continue sur deux kilomètres sur les conseils du père, où une vaste aire de pique-nique m'attend au bord, et où je pourrai y camper aisément.

Chose faite, je me régale de ce met 3*!

Bonne soirée et bonne nuit.

J'ai le cafard ce soir. Je me sens particulièrement seul au monde dans cette prairie complètement isolée de tout. J'écoute les mix deep house que j'avais l'habitude d'écouter lors de mes sessions d'examen. Une partie de moi se sent même nostalgique de cette époque, de la vie d'étudiant, et même des monstrueux challenges qui m'attendaient chaque veille de session.
C'est vraiment ça, j'en suis carrément nostalgique.

J10 | Commanster - Grüfflingen | 15km

La nuit fut très froide et humide, et je suis d'ailleurs réveillé par le froid tôt le matin.
Je replie la tente alors qu'il est toujours en train de pleuvoir. Ce n'est pas tant le fait que la tente reste mouillée qui me dérange, mais plutôt que cela représente un poids non négligeable en plus à porter.

Une fois ready, je sonne à la chambre d'hôte afin de remplir mon camel bag en eau. Là dessus, madame m'offre chaleureusement un café, que je refuse dans un premier temps par politesse déplacée, et que j'accepte ensuite. Le fait de rester quelques temps dans un endroit sec et chaud me réchauffe entièrement.
Ce que j'avais deviné de l'extérieur se confirme de l'intérieur: c'est une chambre d'hôte d'un certain standing!
La cuisine est digne de celle d'un chef. Les murs en pierre du pays (ça ressemble à du schiste), la déco vintage, et la musique classique confèrent à ce lieu une atmosphère chaleureuse et apaisante. J'aurais envie d'y lire un livre toute la journée au coin du feu.
Je me sens bien dans cet endroit, et je passe un moment très agréable.

Après deux kilomètres seulement, je pénètre dans les cantons de l'Est, annexés à la Belgique pour rappel en 1919.

Au prochain village et sûr de mon coup, je ne fais pas attention au balisage et suis la route qui me semble être la bonne. Deux kilomètres plus loin je constate avec irritation en reprenant le guide sous mes yeux que je me retrouve dans une direction presque diamétralement opposée à celle du GR. C'est surtout le fait de m'être trompé qui m'énerve.
Je rebrousse donc chemin, ce qui me vaut 4km de détour.

Les averses de pluie nourries n'en finissent pas, et je me demande comment il peut pleuvoir autant dans ce pays.

Le casse-croûte du midi se compose du reste de la baguette d'hier, de la fin du roquefort, et d'un filet de miel  de fleurs sur le tout.

A ma grande surprise, le GR passe derrière la piste de Karting "de St-Vith", sur laquelle nous avons déjà (moi, mon père et des amis) participé à plusieurs endurances du temps ou je n'avais pas encore l'âge de tenir un volant dans mes mains sur la voie publique.

Je me sens fatigué, faible, vidé.
J'emploie toute mon énergie à la recherche d'un terrain à bâtir. Je sonne à cette maison en bois à l'orée du bois, pas de réponses. Je m'enfonce donc dans le bois en sachant qu'il n'y a plus d'habitations sur des kilomètres.
Par chance, quelques centaines de mètres plus loin, un chemin forestier venant de la droite vient croiser celui du GR, dessinant dans l'angle supérieur un triangle herbeux  qui répond aux critères, ou plutôt à mes critères, de plantage de tente. Bonne soirée et bonne nuit!

J9 | Vielsalm - Commanster | 9,6km

Et encore une très bonne nuit de sommeil.

A 9h je sors la tête hors de la tente, et me dit qu'il est temps de replier car le temps risque de se gâter.

En quittant Vielsalm, je passe par la boulangerie acheter un bon pain. La boulangère, très sympathique, s'intéresse à mon voyage. Je lui explique dans les grandes lignes. Elle me répond que son fils est actuellement en Russie pour deux semaines. Sac à dos, tente, et tout le bazar! Il travaille chez AS Adventure, comme c'est amusant :) Il a 30 ans. Il a déjà fait l'Irlande, l'Islande, la Pologne et la Roumanie. Il est aussi parti 7 mois en Nouvelle-Zélande.
Une cliente fait son entrée lorsque j'explique que j'ai le projet de faire du stop jusqu'en Suisse. Là dessus, elle enchérit en nous racontant qu'elle connaît deux jeunes demoiselles qui sont parties en stop de Belgique jusqu'en Croatie, et en deux tronçons seulement. Le premier trajet jusqu'en Autriche, le deuxième jusqu'en Croatie.
J'adore échanger comme ça avec des gens que je ne connais pas. Il faut dire que le gros sac à dos, les chaussures, les bâtons et la démarche sont mes alliés. Ca permet de briser la glace facilement.

En sortant de la boulangerie, je mets ma cape car il commence à pleuviner. Ca monte en sortie de Vielsalm vers Commanster. Je passe de 350m à 500m d'altitude.
La pluie et maintenant le vent ne me lâchent pas, s'intensifiant même au fur et à mesure que j'avance.

Je profite d'une forêt de sapins très dense pour m'abriter un peu, m’asseoir, et manger un avocat avec un morceau de pain.

Je suis vraiment très surpris de parcourir autant de nature vierge de l'empreinte de notre civilisation, mise à part une ferme entourée de prairies.

Arrivé à Commanster, les nuages en remettent une couche. Le ciel est noir.
Au hasard, je me dirige vers le centre du tout petit village, et tombe sur une chambre d'hôte. Je sonne. Une dame d'une cinquantaine d'années vient m'ouvrir. Tout le monde se doute bien de la question que je lui pose. Elle me répond très gentiment que je peux installer ma tente où je veux à l'arrière de la propriété. Je la remercie sincèrement, et vais monter le camp.

Une fois sous la tente, quel bonheur d'être au sec!
Chose étonnante, une heure plus tard le soleil perce et de larges éclaircies se dessinent. Great!

mercredi 4 octobre 2017

J8 | Repos (Vielsalm)

Je passe une excellente nuit, 10h de sommeil quasi ininterrompu.
Je décide de faire une jour de repos. Ca ne peut que me faire du bien, surtout pour mon dos.


Ce matin je lis un article intitulé "Le Pouvoir du Silence", extrait d'un magazine qui m'avait été offert lorsque je faisais mes achats chez A.S adventure.
Selon les psychologue Filip Raes, cardiologue Marc Goethals, et formateur en Mindfulness David Dewulf, tout le monde devrait idéalement pouvoir dormir 7 à 8 heures par nuit en toute quiétude. C'est là que l'expression "en toute quiétude" revêt toute son importance.
Le niveau sonore moyen ainsi que la fréquence à laquelle les perturbations sonores se manifestent au cours d'une nuit ont une influence directe sur la qualité de notre sommeil.
Cependant, au vu de l'évolution de notre mode de vie, il devient de moins en moins évident de se mettre dans des conditions idéales de toute quiétude, car nous devenons sur-stimulés. Exemples: Les bruits intempestifs de la ville, des routes et autoroutes, du trafic aérien, des smartphones, de la radio, de la TV, des appareils électroménagers (tel le frigo ou le lave-vaisselle, avec lesquels on s'est tellement familiarisés que notre cerveau occulte le bruit lié à leur fonctionnement, mais qui affectent en continu notre subconscient), etc.

Ainsi, selon l'environnement sonore général au cours d'une nuit de sommeil, la pression artérielle peut varier d'un facteur 4 d'une personne à une autre.
Le côté vicieux de la chose, c'est que la majorité des stimulis sonores sont suffisamment intenses pour altérer la qualité de notre sommeil, mais pas suffisamment intenses pour nous réveiller, i.e. on ne s'en rend tout simplement pas compte.
Le cardiologue met ensuite en évidence le lien qui existe entre une nuit de sommeil perturbé, et les ulcères, les maladies cardio-vasculaires, la dépression, et même les cancers.

David Dewulf, lui, nous confie que 30min de Mindfulness (Plein Conscience) par jour nous permet de nous réapproprier notre corps. Ex: Se concentrer sur sa respiration, être à l'écoute du vent dans son jardin, marcher seul en forêt en se focalisant sur l'immédiat (l'instant présent).
Enfin, il pense que nous devons réapprendre à s'ennuyer. D'un point de vue développement personnel, il est regrettable que le reflex de céder à son smartphone lorsqu'on a "rien à faire" s'installe de plus en plus.
Des études prouvent que l'ennui stimule la créativité, en permettant ainsi à l'esprit de s'exprimer.

J7 | Logbiermé - Vielsalm | 8,2km

J'ai ultra bien dormi.
Mes espérances sont au rdv, puisque je constate déjà au réveil de l'amélioration au niveau de mon dos.
Il ne pleut pas ce matin qui me permet aisément de me faire un café bien chaud, que je savoure tout en faisant un petit tour.

Lorsque je reprends la route, c'est René qui traverse la praire d'un bout à l'autre pour venir me souhaiter bonne route. Je ne l'avais pas reconnu avec son chapeau. Il m'annonce une météo sèche pour la journée. Yes!

Le chemin reste sur les hauteurs, 500 à 570 mètres, jusque la descente sur Vielsalm.
Je marche plus rapidement et plus confortablement qu'hier. Régulièrement néanmoins, je m'arrête pour soulager mon dos, et ce faisant, j'en profite pour tendre l'oreille et ouvrir l'oeil. J'aimerais bien surprendre un cerf, un chevreuil, ou un sanglier, même si je sais que la journée les animaux sont au repos.
Il n'y a pas un bruit parasite dans cette forêt. Que la vie de la nature à écouter et à vivre.

Un peu plus loin, un panneau d'information explique que la forêt fut exploitée abusivement (déjà) au XVIIIe siècle, et qu'au XIXe, l'état et les communes se lancèrent dans un reboisement important de la forêt. Pour des raisons de rentabilité, ils choisirent le résineux comme essence, ce qui explique dès lors le paysage épineux de cette région!

Dans la descente sur la vieille Salm (salm = saumon en allemand), je m'arrête à hauteur d'un chantier pour écouter les infos à la radio. J'entends "Les champignons sont de moins en moins commestibles"... Tiens donc! Un(e) biologiste pour me confirmer / m'expliquer le phénomène?

Il est 14h30 et je mange la meilleure frite de l'histoire belge à l'entrée de la ville. Il ne m'a fallu que 4h pour gagner la ville, je suis très satisfait!

A l'office du tourisme, je demande les adresses d'une boucherie locale et d'une épicerie. On me répond qu'il n'y a plus rien de tout ça ici, mais bien 3 supermarchés: Aldi, Carrefour, Spar. Je suis stupéfait!
Je prends aussi les coordonnées d'un camping très sympa dans lequel j'irai m'installer.
Cette fois-ci, c'est 9 euros pour la nuit + douche chaude, avec 7 minutes pour la douche. On n'arrête pas le progrès :)