vendredi 3 novembre 2017

J 38-39-40 ¦ Bellinzona (235m) - Lugano (326m) - Milan ¦ 33km ; ~1400m+

Pour une fois je dors très bien dans une auberge de jeunesse.

La suisse italienne est très belle, et encore je suis pas encore arrivé à Lugano.
L'empreinte italienne se voit partout: l'architecture, la cuisine bien sur, les traits sur les visages et la chaleur humaine des gens. Finalement, seuls les prix rappellent qu'on est toujours en Suisse.

Je vais me peser à la pharmacie. 74 kilos. J'ai en effet remarqué que je me suis vachement asséché, spécialement depuis que je suis en montagne.
Mon sac a toujours le même poids, il ne s'est pas fort asséché, sauf quand je n'ai plus d'eau: 16 kilos à vide, et 21 kilos avec eau à fond et nourriture pour 3 jours. Néanmoins je le trouve de moins en moins lourd mon sac! Le corps s'habitue à tout...



Depuis hier je sens que mon voyage arrive à sa fin. Je viens de réserver un vol de Milan à Bruxelles lundi 6 novembre.
D'ici là je marche encore jusque Lugano (même si je n'en ai plus réellement l'envie, je le fais pour aller jusqu'au bout et puis de toutes façons les vols avant lundi sont trop chers :p), où je devrai arriver demain soir. De Bellinzona à Lugano il me reste 33 kilomètres, que j'ai l'intention de faire à pied. Une partie aujourd'hui (vendredi), l'autre demain (samedi).
Une journée de battement dimanche, et puis basta le lendemain.

De retour en Belgique j'imagine qu'il sera temps pour moi de mettre de l'ordre dans mes projets, dans les idées qui me sont venues pendant ces 6 semaines. Après tout, un des objectifs de ma marche était bien de me recentrer, donner davantage d'espace à mon coeur pour qu'il puisse s'exprimer, et puis de l'écouter.

J'espère que vous avez pris du plaisir à lire les articles et à regarder les photos :)



Ciao

J37 ¦ Biasca - Bellinzona ¦ 0km

L'étape du jour longe le cours d'eau jusque Bellinzona, et je ne trouve pas ça très intéressant. En plus j'ai des douleurs au genoux gauche depuis hier. Je décide donc de ponter l'étape par le train jusque Bellinzona.

Le train attend 20 minutes en gare avant de démarrer.
La raison pour laquelle les transports en commun sont chers en Suisse c'est qu'ils sont très fiables et partout et arrivent à l'heure pile. Finalement, comment pourrait-il en être autrement dans le pays de l'horlogerie.
Les marges de sécurité sont donc plus grandes, et les trains passent un temps certain à ne rien faire. Tout cela a un coût j'imagine.


La nourriture est chère aussi. Et ce n'est pas moi, biaisé par mes références du coût de la vie en Belgique qui le dit, mais les Suisses eux-mêmes. Je pense maintenant avoir compris pourquoi.
Je crois que c'est simplement parce que la qualité est privilégiée.
Sur la majorité des étiquettes, on peut lire "Swiss Made". Comme la population n'est pas énorme, et que ces produits sont destinés aux Suisse uniquement (hypothèse), la taille de la chaîne de production doit forcément aussi être petite, d'où des frais plus élevés et un coût plus élevé pour le consommateur (en faisant la comparaison avec de très grosses installations de production qui, par leur taille et la quantité de leur production, parviennent à proposer des prix plus avantageux). Par contre, une production de petite taille est généralement gage de qualité.
Je dois aussi avouer que absolument tout ce que j'ai acheté en nourriture était excellent. Les fruits et les légumes par exemple. Je ne suis jamais tombé sur une mandarine pas bonne, une poire sans goût, un avocat dur comme du bois, ou bien une tomate fadasse par exemple. Et Dieu sait que j'en ai mangé des fruits et des légumes. D'ailleurs tous les avocats en étalage sont extra-mûrs. Ce n'est pas moi qui l'invente c'est écrit sur l'étiquette. Prenons encore le cas des oeufs. Dans un supermarché, j'ai parcouru les étiquettes de toutes les marques d'oeufs en vente dans ce supermarché (je n'ai pas fait tous les supermarchés du pays bien sur) et aucune marque ne fait de l'élevage au sol. Même la marque la moins chère affiche fièrement sur son étiquette "Elevage en plein air en respect de la nature et des animaux". Pas mal hein :)
Donc encore une fois, la qualité se démarque.
Terminons par la viande, dont le prix est encore plus impressionnant que tout le reste (en comparant ce qui est comparable évidemment). Et bien je suppose que les raisons sont similaires : un élevage raisonné, et des installations de petite taille, une production locale (notamment swiss made) et donc forcément un coût proportionnel.
Finalement je trouve que tout cela a beaucoup de sens. Je suis d'ailleurs très heureux de participer à ce genre d'économie. Une économie tout simplement de bon sens.


Donc jour de repos aujourd'hui. Je suis à la bibli de Bellinzona et je publie mes notes. Je suis passé juste avant à l'auberge de jeunesse, presque vide. Nous ne sommes que 4 dans un dortoir de 10 personnes.

En rentrant de la bibli vers l'auberge, j'ai l'impression de marcher sur la lune ou toute autre planète dont la gravité est moins forte que sur terre. Sans mon sac, que j'ai laissé sur mon lit à l'auberge, je me sens ultra léger, je vole for crying out loud! Haha c'est amusant en tout cas.

J36 ¦ Calpiogna (1143m) - Biasca (293m) ¦ 27km ; ? ; ?

Il fait encore magnifique tout au long de la journée.

Cette journée est la copie conforme de la veille niveau tracé, excepté l'interminable descente sur Biasca (très bas en altitude, dans la vallée de Bellinzona) en fin de journée.

Je traverse plein de petits villages d'altitude paisibles, à flanc de montagne.
Quel calme et quelle sérénité peuvent régner ici.
Le rythme de la vie a l'air tellement particulier, ça m'inspire beaucoup.
Les habitations en gros bois brun sont magnifiques, comme en témoignent les photos. Ca me plairait beaucoup d'en avoir un quelque part à la montagne dans les Alpes. Cette atmosphère m'attire définitivement.

Je trouve que le balisage du Trans Swiss Trail est beaucoup plus sérieusement réalisé que celui de la via alpina.

La caractère des montagnes que j'ai eu la chance de contempler jusqu'à présent est fort différent de ce que je connaissais des Alpes.
C'est en tout cas, à ce jour, ici en Suisse que j'ai vu ce que je trouve de plus joli en terme de montagnes.

L'herbe est brunâtre ici, dans le sud du pays, alors que dans la partie est des des Alpes suisses les pâturages sont verdoyants. En cause, une différence marquée du climat, comme me l'avait expliqué ma pote de l'office du tourisme à Elm. A l'est, les précipitations sont plus fréquentes que dans le sud (et que dans le Valais).

Biasca, c'est la ville, et donc l'hôtel m'appelle. Cent francs pour la chambre que je reçois, je trouve que c'est beaucoup (même ici en Suisse). Enfin bon, comme d'hab je me rattraperai sur le petit-déjeuner.


J35 ¦ Ailrolo - Calpiogna ¦ 21km ; ~900m+ ; ~900m-

J'ai passé la nuit à 1250m d'altitude environ.
Il a bien gelé pendant la nuit, aux alentours de -5°, ET il a fait sec! Et grâce à cette dernière donnée très importante, je n'ai pas eu froid pendant la nuit, et j'ai même très bien dormi.

Le soleil rouge se lève sur les sommets. C'est très joli.

Je passe par l'office du tourisme acheter une carte topographique et récolter quelques renseignements très utiles. Notamment je demande à mon interlocutrice qu'elle m'imprime le profil en long de ce qu'il reste du Trans Swiss Trail (càd un peu plus loin que Lugano). Le graphique de l'altitude en fonction de la distance est en effet crucial pour que je puisse anticiper les difficultés, et estimer aussi à quelle altitude je vais bien pouvoir installer la toile en fin de journée.
La jeune femme me demande si le passage Gottardo vaut la peine car elle a l'intention de le faire prochainement.
Elle m'a beaucoup aidé et je la remercie sincèrement.

Pas besoin de long discours pour décrire cette journée de marche. Les températures sont idéales, le ciel est bleu azur, et le décor merveilleux.
Il me manque juste quelqu'un avec qui partager ces moments d'émerveillement.
La conclusion, et elle revient souvent finalement, ça reste celle-ci: Happiness only real when shared.

Le soleil chauffe les immenses forêts de pins que je traverse, réveillant des odeurs qui me font penser à la Provence. Intéressant.

Le chemin est un chemin à flanc de montagne aujourd'hui.
Au terme de ma marche, je me trouve plus ou moins à la même altitude qu'au départ.
Cependant, le profil est en dent de scie: Les descentes succèdent presque immédiatement aux montées et vice versa. Sur base du papier, j'estime à environ 900 mètres le D+ sur la journée.

A la tombée de la nuit, le sentier débouche au milieu d'une petite praire, plate, à l'entrée du village de Calpiogna, village près duquel je comptais justement passer la nuit.
Je n'aurais pas pu rêver mieux comme emplacement.

Au cours de la soirée, j'entends que ça bouge beaucoup des les feuilles mortes qui recouvrent les bois en amont et en aval de la prairie.
Soudain, j'entends un animal qui s'approche étonnamment près de ma position. Je suis étonné que ma présence (odeur, bruit, vibrations) ne l'ait pas encore amené à prendre la fuite. Je relève doucement la tirette, je sors la tête, et au moment où j'allume ma frontale, je crois reconnaître une biche à 10 mètres qui détale illico vers le bois.
Il y a beaucoup de gibier dans cette région, comme j'aurai l'occasion de le remarquer le lendemain également :)

J34 ¦ Wassen (916m) - Ailrolo (1145m) ¦ ~30km ; >1300m+ ; ~900m-

Le réveil sonne à 6h.

Je me suis renseigné auprès de mon frère hier par téléphone, et si je veux passer le passage de Gottardo  à 2100m aujourd'hui il faut que je démarre tôt. Après le passage, il faut en effet encore compter 2 bonnes heures de descente avant d'arriver à une altitude raisonnable pour poser la tente.

La vallée que je remonte depuis hier se ressert de plus en plus et se transforme finalement en gorges, avant d'aboutir sur un immense plateau à 1400m qui abrite notamment la station Andermatt.
Encore une fois, le paysage est féerique.

A l'office d'Andermatt, j'apprends que la météo restera bonne aujourd'hui, malgré les bancs de brouillard fréquents. Ce sera encore meilleur demain et après!
Par contre au niveau de la praticabilité du passage, elles ne savent pas me renseigner correctement.
Sur ce, je demande les coordonnées d'un guide de montagne et reçoit une liste.

Je m'arrête un peu plus loin au magasin "Alpina Sport", répertorié sur la liste. La dame du magasin, visiblement montagnarde aguerrie, qu'il n'a aucun problèmes, que le chemin est praticable et même facile et que si il y a de la neige ce ne seront que quelques centimètres de poudreuse.

J'ai appris à me méfier des renseignements qu'on me donne volontiers à la montagne, mais ici je vois un signe dans son feu vert franc. Elle a même l'air étonnée que je pose la question, comme si ça allait de soi qu'il fallait y aller.

Toutefois je me dis que je m'arrêterai à l'auberge de jeunesse au prochain village si elle dispose d'un ordinateur et qu'elle est ouverte bien entendu. Elle est fermée. Et oui, c'est la basse saison, entre l'été et l'hiver beaucoup d'hébergements sont fermés.
Je m'adosse contre le portail d'entrée de l'auberge pour casser la croûte. Il est midi passé de peu.
Soudain, un homme ouvre la porte depuis l'intérieur. Il me confirme que l'auberge est fermée, et me rassure aussi sur le passage Gottardo  et me souhaite bonne route. C'est le deuxième feu vert que je reçois, et maintenant je suis bien décidé à foncer.
Il faut comprendre que je suis devenu un peu méfiant à l'égard de ces fameux passages, au vu des difficultés précédentes que j'ai rencontrées...

La difficulté du parcours se révèle être effectivement très abordable.
Encore une fois, le décor est à couper le souffle, même si dieu sait que j'ai grand besoin de ce dernier quand même. La route goudronnée qui passe par le passage est fermée (conditions hivernales).

Le vent souffle très fort sur le sommet et je ne m'y attarde donc pas.

La descente sur Ailrolo est raide, technique. Mes genoux prennent très cher.
J'entre en Suisse Italienne! Dans le canton de Ticino.

A mi-descente, je n'en crois pas mes yeux: un monsieur d'une soixantaine d'années visiblement court dans ma direction. Il fait son jogging, en profitant manifestement que la route est fermée. Quel homme!

A 1km de marche en amont d'Ailrolo, une pâture semble parfaite pour nous accueillir ma tente et moi. Le proprio se trouve justement un peu plus loin dans sa camionnette. Dans un premier temps, je décide d'aller m'installer sans demander la permission (je crains souvent qu'on me dise non, c'est bête). Puis pendant que je monte la tente, le chien de la ferme vient aboyer en amont de la prairie, et je suis persuadé qu'il ne me lâchera pas. Je décide alors d'aller me présenter à la ferme. Le propriétaire dans sa camionnette est super sympa et m'invite avec enthousiasme à choisir n'importe quel emplacement. Great!
Le terrain (toute la prairie) est en fait très pentu. Cependant, en amont d'un gros rocher se trouve une sorte de palier, grand comme trois fois la surface au sol de la tente. C'est en quelques sortes une marche d'escalier de la montagne qui me sert de refuge pour la nuit!

J'ai passé une super journée.
Je suis bien bien fatigué après cette longue distance et ce dénivelé important.
Depuis mon emplacement, j'ai une vue imprenable sur les sommets qui m'entourent et sur Ailrolo qui se trouve un peu plus bas. C'est presque magique.

jeudi 2 novembre 2017

J33 ¦ Altdorf - Wassen ¦ +- 20km

J'ai très bien dormi et profite royalement du petit-déjeuner. D'ailleurs je crois que je reste dans la salle une heure.

Hier, en franchissant le passage Klausenpass, c'est aussi une frontière entre deux cantons que je franchissais. Je suis à présent dans le canton de Uri.

Aujourd'hui je quitte la via alpina pour prendre le Trans Swiss Trail direction Lugano dans le sud.
Comme je n'ai pas de guide papier, je suis simplement le balisage indiqué sur le chemin et espère que ce sera suffisant.

L'étape d'aujourd'hui est relax et je prends bien mon temps. La veille, dans les moments les plus difficiles, ou plutôt après en arrivant à Altdorf, j'ai pensé à l'éventualité de rentrer en Belgique tout simplement.
Mais je ne vais pas abandonner si facilement, et aujourd'hui le moral est bon et je continue.
L'hôtelier m'avait prévenu qu'il pleuvrait une bonne partie de la journée et que demain le temps serait meilleur. Il a plus en effet, mais sans vent et avec quelques interruptions, mon pantalon n'a pas souffert et mes pieds sont restés au sec toute la journée.

Je termine l'étape à la frontale et trouve vers 18h30 une prairie ouverte à l'entrée d'un tout petit village. Il pleut toujours lorsque je monte ma tente, donc je me dépêche.

Bonne nuit!

J32 ¦ Urberboden (1345m) - Altdorf(495m) ¦ 25,5km ; 1090m+ ; 1930m-

Je suis réveillé à 4h30 par le froid.
Plus moyen de me rendormir.
Il gèle dehors. Tout ce qui a été trempé la veille par la pluie est maintenant gelé, ce qui comprend ma tente. A cause de l'humidité de la veille, l'humidité qui est censée pouvoir s'évacuer de ma tente est bloquée. Je découvre donc que les parois intérieures perlent. L'extérieur de mon sac de couchage est humide. Ce n'est pas bon. La toile extérieure de la tente n'est au'un glaçon.

Le réveil sonne à 6h. En effet vu l'étape d'aujourd'hui j'ai intérêt à commencer tôt.
Mais je ne le sens pas.
Mes chaussures que j'ai réussi à éponger plus ou moins correctement la veille sont congelées, pareil pour mon pantalon qui naturellement n'a pas séché.
Le soleil n'est même pas encore levé et je trouve que c'est trop risqué de démarrer maintenant.
Je repousse le départ et me rendors une heure.

A 7h30 je décide de m'activer.
Je fais une grosse séance de gainage, des pompages intenses, pour activer ma circulation et me chauffer car je ne sais pas combien de calories je vais perdre en mettant mes chaussures, mon pantalon, et en repliant ma tente.
Je m'excite en frappant avec mes bâtons sur la tente afin de casser la glace autant que possible.
Je sens que le froid commence à me gagner ==> séance de squats. C'est très efficace.

Une fois le sac bouclé je cours sur 200m plus ne sais tout simplement plu car mes pieds me font trop mal. Ne vous y méprenez pas, c'est une excellente nouvelle. En effet ça veut dire qu'ils sont en train de se réchauffer. Rassuré, je prends un rythme de marche normal et un quart d'heure plus tard je suis tout à fait chaud.

Mentalement c'est l'épreuve de ce matin qui est la plus difficile. Bien sur c'était difficile physiquement, et mon mental en a pris un gros coup. J'ai épuisé pas loin de mes dernières cartouches au niveau mental, avec les péripéties de la veille également. Du coup je deviens facilement irritable, et tous les petits problèmes de la journée ne manqueront pas de m'exaspérer au plus haut point.

Je trouve un peu de répis en grignotant du pain et de l'huile d'olive (sous forme de pâte, vu le gel) adossé contre un rocher exposé plein sud, vers la fin de l'ascension. La vue sur la vallée en U de Urnerboden est très jolie.
En tout cas le soleil donne et c'est déjà ça.

J'arrive au passage de la journée, le Klausenpass, vers 1900m.
L'ascension était facile d'un point de vue marche. Je pénètre dans le canton de Uri lorsque j'entame la descente.
Je suis le balisage indiqué au sommet mais me rends compte au fur et à mesure que ça ne peut être le chemin du guide. Je me dis que la via alpina est dans son ensemble très mal balisée, ou bien c'est moi qui ne vois pas les marques. Je ne vois vraiment pas comment il serait possible de s'en sortir sans guide papier.
Ayant épuisé mes cartouches psychologiques, je commence vraiment à péter les plombs.
Je rencontre de plus en plus de neige. Il faut que je coupe tout droit vers le creux de la vallée pour retrouver la route qui se trouve juste en face, exposée au soleil en plus. Ce faisant je rencontre deux randonneurs qui montent vers le sommet. Cette rencontre est improbable, on est au milieu de nulle part, il n'y a pas de chemin. Ils me confortent dans l'idée de rejoindre la route, qui est de plus fermée aux voitures.

Une fois sur le tarmac je peux un peu souffler en me laissant descendre en pilote automatique. La vallée sur ma gauche est vertigineuse et somptueuse.

Je sens vraiment que je suis au bout, que j'ai épuisé toutes mes forces, et je continue simplement par orgueil de terminer l'étape à pied. Je ne suis pas de bonne humeur. D'ailleurs je refuse le lift de deux allemandes qui me proposent de me descendre jusqu'en bas, dans leur van, prétextant que j'aime bien marcher alors qu'en ce moment je ne prends aucun plaisir.

Une petite lumière: j'achète une tome de fromage des alpes de 800 grammes dans une ferme à flanc de montagne. Le fromage est excellent. 15 francs pour 800 grammes, pas cher.

Je me perds une seconde fois et arrive dans le bas de la vallée à un arrêt de bus, mais beaucoup trop tôt. Altdorf se trouve encore diz kilomètres plus loin et je ne me vois pas du tout les faire. En plus il commence à se faire tard. Je jette un oeil aux horaires de bus, il n'y en a qu'un toutes les heures. Deux minutes plus tard voilà qu'il arrive, Alleluia!!
Ce bus est le symbole de la délivrance.

A Altdorf je n'hésite pas une seconde, enfin si puisque je ne sais même plus ce que je veux, et je prends un hôtel.
Comme si la journée voulait me faire chier jusqu'au bout, l'office du tourisme, la bibliothèque, et le superéarché sont dèjà  fermés alors qu'il n'est même pas 17h. Ils le seront aussi demain car demain c'est dimanche.
Ouf, il reste un pronto ouvert à la gare!

Je fais mes course et me régale le soir en cuisinant dans ma chambre d'hôtel devant la télé, notamment devant deux épisodes d'un bon vieux Columbo. QU'est-ce que j'adore columbo.
Inchallah!