Le réveil sonne à 6h.
Je me suis renseigné auprès de mon frère hier par téléphone, et si je veux passer le passage de Gottardo à 2100m aujourd'hui il faut que je démarre tôt. Après le passage, il faut en effet encore compter 2 bonnes heures de descente avant d'arriver à une altitude raisonnable pour poser la tente.
La vallée que je remonte depuis hier se ressert de plus en plus et se transforme finalement en gorges, avant d'aboutir sur un immense plateau à 1400m qui abrite notamment la station Andermatt.
Encore une fois, le paysage est féerique.
A l'office d'Andermatt, j'apprends que la météo restera bonne aujourd'hui, malgré les bancs de brouillard fréquents. Ce sera encore meilleur demain et après!
Par contre au niveau de la praticabilité du passage, elles ne savent pas me renseigner correctement.
Sur ce, je demande les coordonnées d'un guide de montagne et reçoit une liste.
Je m'arrête un peu plus loin au magasin "Alpina Sport", répertorié sur la liste. La dame du magasin, visiblement montagnarde aguerrie, qu'il n'a aucun problèmes, que le chemin est praticable et même facile et que si il y a de la neige ce ne seront que quelques centimètres de poudreuse.
J'ai appris à me méfier des renseignements qu'on me donne volontiers à la montagne, mais ici je vois un signe dans son feu vert franc. Elle a même l'air étonnée que je pose la question, comme si ça allait de soi qu'il fallait y aller.
Toutefois je me dis que je m'arrêterai à l'auberge de jeunesse au prochain village si elle dispose d'un ordinateur et qu'elle est ouverte bien entendu. Elle est fermée. Et oui, c'est la basse saison, entre l'été et l'hiver beaucoup d'hébergements sont fermés.
Je m'adosse contre le portail d'entrée de l'auberge pour casser la croûte. Il est midi passé de peu.
Soudain, un homme ouvre la porte depuis l'intérieur. Il me confirme que l'auberge est fermée, et me rassure aussi sur le passage Gottardo et me souhaite bonne route. C'est le deuxième feu vert que je reçois, et maintenant je suis bien décidé à foncer.
Il faut comprendre que je suis devenu un peu méfiant à l'égard de ces fameux passages, au vu des difficultés précédentes que j'ai rencontrées...
La difficulté du parcours se révèle être effectivement très abordable.
Encore une fois, le décor est à couper le souffle, même si dieu sait que j'ai grand besoin de ce dernier quand même. La route goudronnée qui passe par le passage est fermée (conditions hivernales).
Le vent souffle très fort sur le sommet et je ne m'y attarde donc pas.
La descente sur Ailrolo est raide, technique. Mes genoux prennent très cher.
J'entre en Suisse Italienne! Dans le canton de Ticino.
A mi-descente, je n'en crois pas mes yeux: un monsieur d'une soixantaine d'années visiblement court dans ma direction. Il fait son jogging, en profitant manifestement que la route est fermée. Quel homme!
A 1km de marche en amont d'Ailrolo, une pâture semble parfaite pour nous accueillir ma tente et moi. Le proprio se trouve justement un peu plus loin dans sa camionnette. Dans un premier temps, je décide d'aller m'installer sans demander la permission (je crains souvent qu'on me dise non, c'est bête). Puis pendant que je monte la tente, le chien de la ferme vient aboyer en amont de la prairie, et je suis persuadé qu'il ne me lâchera pas. Je décide alors d'aller me présenter à la ferme. Le propriétaire dans sa camionnette est super sympa et m'invite avec enthousiasme à choisir n'importe quel emplacement. Great!
Le terrain (toute la prairie) est en fait très pentu. Cependant, en amont d'un gros rocher se trouve une sorte de palier, grand comme trois fois la surface au sol de la tente. C'est en quelques sortes une marche d'escalier de la montagne qui me sert de refuge pour la nuit!
J'ai passé une super journée.
Je suis bien bien fatigué après cette longue distance et ce dénivelé important.
Depuis mon emplacement, j'ai une vue imprenable sur les sommets qui m'entourent et sur Ailrolo qui se trouve un peu plus bas. C'est presque magique.
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