vendredi 3 novembre 2017

J 38-39-40 ¦ Bellinzona (235m) - Lugano (326m) - Milan ¦ 33km ; ~1400m+

Pour une fois je dors très bien dans une auberge de jeunesse.

La suisse italienne est très belle, et encore je suis pas encore arrivé à Lugano.
L'empreinte italienne se voit partout: l'architecture, la cuisine bien sur, les traits sur les visages et la chaleur humaine des gens. Finalement, seuls les prix rappellent qu'on est toujours en Suisse.

Je vais me peser à la pharmacie. 74 kilos. J'ai en effet remarqué que je me suis vachement asséché, spécialement depuis que je suis en montagne.
Mon sac a toujours le même poids, il ne s'est pas fort asséché, sauf quand je n'ai plus d'eau: 16 kilos à vide, et 21 kilos avec eau à fond et nourriture pour 3 jours. Néanmoins je le trouve de moins en moins lourd mon sac! Le corps s'habitue à tout...



Depuis hier je sens que mon voyage arrive à sa fin. Je viens de réserver un vol de Milan à Bruxelles lundi 6 novembre.
D'ici là je marche encore jusque Lugano (même si je n'en ai plus réellement l'envie, je le fais pour aller jusqu'au bout et puis de toutes façons les vols avant lundi sont trop chers :p), où je devrai arriver demain soir. De Bellinzona à Lugano il me reste 33 kilomètres, que j'ai l'intention de faire à pied. Une partie aujourd'hui (vendredi), l'autre demain (samedi).
Une journée de battement dimanche, et puis basta le lendemain.

De retour en Belgique j'imagine qu'il sera temps pour moi de mettre de l'ordre dans mes projets, dans les idées qui me sont venues pendant ces 6 semaines. Après tout, un des objectifs de ma marche était bien de me recentrer, donner davantage d'espace à mon coeur pour qu'il puisse s'exprimer, et puis de l'écouter.

J'espère que vous avez pris du plaisir à lire les articles et à regarder les photos :)



Ciao

J37 ¦ Biasca - Bellinzona ¦ 0km

L'étape du jour longe le cours d'eau jusque Bellinzona, et je ne trouve pas ça très intéressant. En plus j'ai des douleurs au genoux gauche depuis hier. Je décide donc de ponter l'étape par le train jusque Bellinzona.

Le train attend 20 minutes en gare avant de démarrer.
La raison pour laquelle les transports en commun sont chers en Suisse c'est qu'ils sont très fiables et partout et arrivent à l'heure pile. Finalement, comment pourrait-il en être autrement dans le pays de l'horlogerie.
Les marges de sécurité sont donc plus grandes, et les trains passent un temps certain à ne rien faire. Tout cela a un coût j'imagine.


La nourriture est chère aussi. Et ce n'est pas moi, biaisé par mes références du coût de la vie en Belgique qui le dit, mais les Suisses eux-mêmes. Je pense maintenant avoir compris pourquoi.
Je crois que c'est simplement parce que la qualité est privilégiée.
Sur la majorité des étiquettes, on peut lire "Swiss Made". Comme la population n'est pas énorme, et que ces produits sont destinés aux Suisse uniquement (hypothèse), la taille de la chaîne de production doit forcément aussi être petite, d'où des frais plus élevés et un coût plus élevé pour le consommateur (en faisant la comparaison avec de très grosses installations de production qui, par leur taille et la quantité de leur production, parviennent à proposer des prix plus avantageux). Par contre, une production de petite taille est généralement gage de qualité.
Je dois aussi avouer que absolument tout ce que j'ai acheté en nourriture était excellent. Les fruits et les légumes par exemple. Je ne suis jamais tombé sur une mandarine pas bonne, une poire sans goût, un avocat dur comme du bois, ou bien une tomate fadasse par exemple. Et Dieu sait que j'en ai mangé des fruits et des légumes. D'ailleurs tous les avocats en étalage sont extra-mûrs. Ce n'est pas moi qui l'invente c'est écrit sur l'étiquette. Prenons encore le cas des oeufs. Dans un supermarché, j'ai parcouru les étiquettes de toutes les marques d'oeufs en vente dans ce supermarché (je n'ai pas fait tous les supermarchés du pays bien sur) et aucune marque ne fait de l'élevage au sol. Même la marque la moins chère affiche fièrement sur son étiquette "Elevage en plein air en respect de la nature et des animaux". Pas mal hein :)
Donc encore une fois, la qualité se démarque.
Terminons par la viande, dont le prix est encore plus impressionnant que tout le reste (en comparant ce qui est comparable évidemment). Et bien je suppose que les raisons sont similaires : un élevage raisonné, et des installations de petite taille, une production locale (notamment swiss made) et donc forcément un coût proportionnel.
Finalement je trouve que tout cela a beaucoup de sens. Je suis d'ailleurs très heureux de participer à ce genre d'économie. Une économie tout simplement de bon sens.


Donc jour de repos aujourd'hui. Je suis à la bibli de Bellinzona et je publie mes notes. Je suis passé juste avant à l'auberge de jeunesse, presque vide. Nous ne sommes que 4 dans un dortoir de 10 personnes.

En rentrant de la bibli vers l'auberge, j'ai l'impression de marcher sur la lune ou toute autre planète dont la gravité est moins forte que sur terre. Sans mon sac, que j'ai laissé sur mon lit à l'auberge, je me sens ultra léger, je vole for crying out loud! Haha c'est amusant en tout cas.

J36 ¦ Calpiogna (1143m) - Biasca (293m) ¦ 27km ; ? ; ?

Il fait encore magnifique tout au long de la journée.

Cette journée est la copie conforme de la veille niveau tracé, excepté l'interminable descente sur Biasca (très bas en altitude, dans la vallée de Bellinzona) en fin de journée.

Je traverse plein de petits villages d'altitude paisibles, à flanc de montagne.
Quel calme et quelle sérénité peuvent régner ici.
Le rythme de la vie a l'air tellement particulier, ça m'inspire beaucoup.
Les habitations en gros bois brun sont magnifiques, comme en témoignent les photos. Ca me plairait beaucoup d'en avoir un quelque part à la montagne dans les Alpes. Cette atmosphère m'attire définitivement.

Je trouve que le balisage du Trans Swiss Trail est beaucoup plus sérieusement réalisé que celui de la via alpina.

La caractère des montagnes que j'ai eu la chance de contempler jusqu'à présent est fort différent de ce que je connaissais des Alpes.
C'est en tout cas, à ce jour, ici en Suisse que j'ai vu ce que je trouve de plus joli en terme de montagnes.

L'herbe est brunâtre ici, dans le sud du pays, alors que dans la partie est des des Alpes suisses les pâturages sont verdoyants. En cause, une différence marquée du climat, comme me l'avait expliqué ma pote de l'office du tourisme à Elm. A l'est, les précipitations sont plus fréquentes que dans le sud (et que dans le Valais).

Biasca, c'est la ville, et donc l'hôtel m'appelle. Cent francs pour la chambre que je reçois, je trouve que c'est beaucoup (même ici en Suisse). Enfin bon, comme d'hab je me rattraperai sur le petit-déjeuner.


J35 ¦ Ailrolo - Calpiogna ¦ 21km ; ~900m+ ; ~900m-

J'ai passé la nuit à 1250m d'altitude environ.
Il a bien gelé pendant la nuit, aux alentours de -5°, ET il a fait sec! Et grâce à cette dernière donnée très importante, je n'ai pas eu froid pendant la nuit, et j'ai même très bien dormi.

Le soleil rouge se lève sur les sommets. C'est très joli.

Je passe par l'office du tourisme acheter une carte topographique et récolter quelques renseignements très utiles. Notamment je demande à mon interlocutrice qu'elle m'imprime le profil en long de ce qu'il reste du Trans Swiss Trail (càd un peu plus loin que Lugano). Le graphique de l'altitude en fonction de la distance est en effet crucial pour que je puisse anticiper les difficultés, et estimer aussi à quelle altitude je vais bien pouvoir installer la toile en fin de journée.
La jeune femme me demande si le passage Gottardo vaut la peine car elle a l'intention de le faire prochainement.
Elle m'a beaucoup aidé et je la remercie sincèrement.

Pas besoin de long discours pour décrire cette journée de marche. Les températures sont idéales, le ciel est bleu azur, et le décor merveilleux.
Il me manque juste quelqu'un avec qui partager ces moments d'émerveillement.
La conclusion, et elle revient souvent finalement, ça reste celle-ci: Happiness only real when shared.

Le soleil chauffe les immenses forêts de pins que je traverse, réveillant des odeurs qui me font penser à la Provence. Intéressant.

Le chemin est un chemin à flanc de montagne aujourd'hui.
Au terme de ma marche, je me trouve plus ou moins à la même altitude qu'au départ.
Cependant, le profil est en dent de scie: Les descentes succèdent presque immédiatement aux montées et vice versa. Sur base du papier, j'estime à environ 900 mètres le D+ sur la journée.

A la tombée de la nuit, le sentier débouche au milieu d'une petite praire, plate, à l'entrée du village de Calpiogna, village près duquel je comptais justement passer la nuit.
Je n'aurais pas pu rêver mieux comme emplacement.

Au cours de la soirée, j'entends que ça bouge beaucoup des les feuilles mortes qui recouvrent les bois en amont et en aval de la prairie.
Soudain, j'entends un animal qui s'approche étonnamment près de ma position. Je suis étonné que ma présence (odeur, bruit, vibrations) ne l'ait pas encore amené à prendre la fuite. Je relève doucement la tirette, je sors la tête, et au moment où j'allume ma frontale, je crois reconnaître une biche à 10 mètres qui détale illico vers le bois.
Il y a beaucoup de gibier dans cette région, comme j'aurai l'occasion de le remarquer le lendemain également :)

J34 ¦ Wassen (916m) - Ailrolo (1145m) ¦ ~30km ; >1300m+ ; ~900m-

Le réveil sonne à 6h.

Je me suis renseigné auprès de mon frère hier par téléphone, et si je veux passer le passage de Gottardo  à 2100m aujourd'hui il faut que je démarre tôt. Après le passage, il faut en effet encore compter 2 bonnes heures de descente avant d'arriver à une altitude raisonnable pour poser la tente.

La vallée que je remonte depuis hier se ressert de plus en plus et se transforme finalement en gorges, avant d'aboutir sur un immense plateau à 1400m qui abrite notamment la station Andermatt.
Encore une fois, le paysage est féerique.

A l'office d'Andermatt, j'apprends que la météo restera bonne aujourd'hui, malgré les bancs de brouillard fréquents. Ce sera encore meilleur demain et après!
Par contre au niveau de la praticabilité du passage, elles ne savent pas me renseigner correctement.
Sur ce, je demande les coordonnées d'un guide de montagne et reçoit une liste.

Je m'arrête un peu plus loin au magasin "Alpina Sport", répertorié sur la liste. La dame du magasin, visiblement montagnarde aguerrie, qu'il n'a aucun problèmes, que le chemin est praticable et même facile et que si il y a de la neige ce ne seront que quelques centimètres de poudreuse.

J'ai appris à me méfier des renseignements qu'on me donne volontiers à la montagne, mais ici je vois un signe dans son feu vert franc. Elle a même l'air étonnée que je pose la question, comme si ça allait de soi qu'il fallait y aller.

Toutefois je me dis que je m'arrêterai à l'auberge de jeunesse au prochain village si elle dispose d'un ordinateur et qu'elle est ouverte bien entendu. Elle est fermée. Et oui, c'est la basse saison, entre l'été et l'hiver beaucoup d'hébergements sont fermés.
Je m'adosse contre le portail d'entrée de l'auberge pour casser la croûte. Il est midi passé de peu.
Soudain, un homme ouvre la porte depuis l'intérieur. Il me confirme que l'auberge est fermée, et me rassure aussi sur le passage Gottardo  et me souhaite bonne route. C'est le deuxième feu vert que je reçois, et maintenant je suis bien décidé à foncer.
Il faut comprendre que je suis devenu un peu méfiant à l'égard de ces fameux passages, au vu des difficultés précédentes que j'ai rencontrées...

La difficulté du parcours se révèle être effectivement très abordable.
Encore une fois, le décor est à couper le souffle, même si dieu sait que j'ai grand besoin de ce dernier quand même. La route goudronnée qui passe par le passage est fermée (conditions hivernales).

Le vent souffle très fort sur le sommet et je ne m'y attarde donc pas.

La descente sur Ailrolo est raide, technique. Mes genoux prennent très cher.
J'entre en Suisse Italienne! Dans le canton de Ticino.

A mi-descente, je n'en crois pas mes yeux: un monsieur d'une soixantaine d'années visiblement court dans ma direction. Il fait son jogging, en profitant manifestement que la route est fermée. Quel homme!

A 1km de marche en amont d'Ailrolo, une pâture semble parfaite pour nous accueillir ma tente et moi. Le proprio se trouve justement un peu plus loin dans sa camionnette. Dans un premier temps, je décide d'aller m'installer sans demander la permission (je crains souvent qu'on me dise non, c'est bête). Puis pendant que je monte la tente, le chien de la ferme vient aboyer en amont de la prairie, et je suis persuadé qu'il ne me lâchera pas. Je décide alors d'aller me présenter à la ferme. Le propriétaire dans sa camionnette est super sympa et m'invite avec enthousiasme à choisir n'importe quel emplacement. Great!
Le terrain (toute la prairie) est en fait très pentu. Cependant, en amont d'un gros rocher se trouve une sorte de palier, grand comme trois fois la surface au sol de la tente. C'est en quelques sortes une marche d'escalier de la montagne qui me sert de refuge pour la nuit!

J'ai passé une super journée.
Je suis bien bien fatigué après cette longue distance et ce dénivelé important.
Depuis mon emplacement, j'ai une vue imprenable sur les sommets qui m'entourent et sur Ailrolo qui se trouve un peu plus bas. C'est presque magique.

jeudi 2 novembre 2017

J33 ¦ Altdorf - Wassen ¦ +- 20km

J'ai très bien dormi et profite royalement du petit-déjeuner. D'ailleurs je crois que je reste dans la salle une heure.

Hier, en franchissant le passage Klausenpass, c'est aussi une frontière entre deux cantons que je franchissais. Je suis à présent dans le canton de Uri.

Aujourd'hui je quitte la via alpina pour prendre le Trans Swiss Trail direction Lugano dans le sud.
Comme je n'ai pas de guide papier, je suis simplement le balisage indiqué sur le chemin et espère que ce sera suffisant.

L'étape d'aujourd'hui est relax et je prends bien mon temps. La veille, dans les moments les plus difficiles, ou plutôt après en arrivant à Altdorf, j'ai pensé à l'éventualité de rentrer en Belgique tout simplement.
Mais je ne vais pas abandonner si facilement, et aujourd'hui le moral est bon et je continue.
L'hôtelier m'avait prévenu qu'il pleuvrait une bonne partie de la journée et que demain le temps serait meilleur. Il a plus en effet, mais sans vent et avec quelques interruptions, mon pantalon n'a pas souffert et mes pieds sont restés au sec toute la journée.

Je termine l'étape à la frontale et trouve vers 18h30 une prairie ouverte à l'entrée d'un tout petit village. Il pleut toujours lorsque je monte ma tente, donc je me dépêche.

Bonne nuit!

J32 ¦ Urberboden (1345m) - Altdorf(495m) ¦ 25,5km ; 1090m+ ; 1930m-

Je suis réveillé à 4h30 par le froid.
Plus moyen de me rendormir.
Il gèle dehors. Tout ce qui a été trempé la veille par la pluie est maintenant gelé, ce qui comprend ma tente. A cause de l'humidité de la veille, l'humidité qui est censée pouvoir s'évacuer de ma tente est bloquée. Je découvre donc que les parois intérieures perlent. L'extérieur de mon sac de couchage est humide. Ce n'est pas bon. La toile extérieure de la tente n'est au'un glaçon.

Le réveil sonne à 6h. En effet vu l'étape d'aujourd'hui j'ai intérêt à commencer tôt.
Mais je ne le sens pas.
Mes chaussures que j'ai réussi à éponger plus ou moins correctement la veille sont congelées, pareil pour mon pantalon qui naturellement n'a pas séché.
Le soleil n'est même pas encore levé et je trouve que c'est trop risqué de démarrer maintenant.
Je repousse le départ et me rendors une heure.

A 7h30 je décide de m'activer.
Je fais une grosse séance de gainage, des pompages intenses, pour activer ma circulation et me chauffer car je ne sais pas combien de calories je vais perdre en mettant mes chaussures, mon pantalon, et en repliant ma tente.
Je m'excite en frappant avec mes bâtons sur la tente afin de casser la glace autant que possible.
Je sens que le froid commence à me gagner ==> séance de squats. C'est très efficace.

Une fois le sac bouclé je cours sur 200m plus ne sais tout simplement plu car mes pieds me font trop mal. Ne vous y méprenez pas, c'est une excellente nouvelle. En effet ça veut dire qu'ils sont en train de se réchauffer. Rassuré, je prends un rythme de marche normal et un quart d'heure plus tard je suis tout à fait chaud.

Mentalement c'est l'épreuve de ce matin qui est la plus difficile. Bien sur c'était difficile physiquement, et mon mental en a pris un gros coup. J'ai épuisé pas loin de mes dernières cartouches au niveau mental, avec les péripéties de la veille également. Du coup je deviens facilement irritable, et tous les petits problèmes de la journée ne manqueront pas de m'exaspérer au plus haut point.

Je trouve un peu de répis en grignotant du pain et de l'huile d'olive (sous forme de pâte, vu le gel) adossé contre un rocher exposé plein sud, vers la fin de l'ascension. La vue sur la vallée en U de Urnerboden est très jolie.
En tout cas le soleil donne et c'est déjà ça.

J'arrive au passage de la journée, le Klausenpass, vers 1900m.
L'ascension était facile d'un point de vue marche. Je pénètre dans le canton de Uri lorsque j'entame la descente.
Je suis le balisage indiqué au sommet mais me rends compte au fur et à mesure que ça ne peut être le chemin du guide. Je me dis que la via alpina est dans son ensemble très mal balisée, ou bien c'est moi qui ne vois pas les marques. Je ne vois vraiment pas comment il serait possible de s'en sortir sans guide papier.
Ayant épuisé mes cartouches psychologiques, je commence vraiment à péter les plombs.
Je rencontre de plus en plus de neige. Il faut que je coupe tout droit vers le creux de la vallée pour retrouver la route qui se trouve juste en face, exposée au soleil en plus. Ce faisant je rencontre deux randonneurs qui montent vers le sommet. Cette rencontre est improbable, on est au milieu de nulle part, il n'y a pas de chemin. Ils me confortent dans l'idée de rejoindre la route, qui est de plus fermée aux voitures.

Une fois sur le tarmac je peux un peu souffler en me laissant descendre en pilote automatique. La vallée sur ma gauche est vertigineuse et somptueuse.

Je sens vraiment que je suis au bout, que j'ai épuisé toutes mes forces, et je continue simplement par orgueil de terminer l'étape à pied. Je ne suis pas de bonne humeur. D'ailleurs je refuse le lift de deux allemandes qui me proposent de me descendre jusqu'en bas, dans leur van, prétextant que j'aime bien marcher alors qu'en ce moment je ne prends aucun plaisir.

Une petite lumière: j'achète une tome de fromage des alpes de 800 grammes dans une ferme à flanc de montagne. Le fromage est excellent. 15 francs pour 800 grammes, pas cher.

Je me perds une seconde fois et arrive dans le bas de la vallée à un arrêt de bus, mais beaucoup trop tôt. Altdorf se trouve encore diz kilomètres plus loin et je ne me vois pas du tout les faire. En plus il commence à se faire tard. Je jette un oeil aux horaires de bus, il n'y en a qu'un toutes les heures. Deux minutes plus tard voilà qu'il arrive, Alleluia!!
Ce bus est le symbole de la délivrance.

A Altdorf je n'hésite pas une seconde, enfin si puisque je ne sais même plus ce que je veux, et je prends un hôtel.
Comme si la journée voulait me faire chier jusqu'au bout, l'office du tourisme, la bibliothèque, et le superéarché sont dèjà  fermés alors qu'il n'est même pas 17h. Ils le seront aussi demain car demain c'est dimanche.
Ouf, il reste un pronto ouvert à la gare!

Je fais mes course et me régale le soir en cuisinant dans ma chambre d'hôtel devant la télé, notamment devant deux épisodes d'un bon vieux Columbo. QU'est-ce que j'adore columbo.
Inchallah!

J31 ¦ Linthal (630m) - Urnerboden (1345m) ¦ 15,2km ; 1180m+ ; 465-

Un aspect de mon voyage que je découvre et que je trouve intéressant c'est la débrouillardise. Avec relativement peu, je vais relativement loin et je fais relativement beaucoup. Une tente, un sac, un bon matériel, un peu d'argent, et un rythme de vie intense. Je prends réellement conscience du confort d'avoir un toit, une maison. Une pièce d'abord sèche, ensuite chauffée. Un matelas épais et moelleux. De l'eau courante à volonté. Quel luxe en réalité d'avoir de l'eau traitée et sur demande! Que dire de l'électricité? Je prendrai encore plus conscience du confort au court de cette journée et de la suivante.

Alors que je suis en train de replier ma tente, Christian sort sur son balcon et me propose de venir prendre le café. Je suis stupide, au début je lui dis que j'ai déjà déjeuné, puis je me rends compte que je suis stupide de faire semblant de refuser, et je lui dis que je le rejoins volontiers.

Finalement je déjeune une seconde fois en même temps que lui. Du pain, un fromage suisse bien salé et un sirop, c'est tellement bon.

Je reste deux heures à discuter avec Christian. La première moitié en allemand, le reste en anglais.
Christian est très croyant, chrétien. Il considère la bible comme étant la vérité, et lorsqu'il doit prendre une décision important et s'y réfère. Il me dit d'un ton amusé que son prénom prononcé en anglais veut dire "chrétien" en anglais.

On parle beaucoup de religions, de la bible, du coran, de Jésus et ses accomplissements et j'enchaîne là dessus en parlant de potentiel illimité, du pouvoir de l'hêtre humain. Je lui parle de la hollandaise que j'ai rencontrée à Luxemburg, et il me dit qu'il a déjà vu des miracles accomplis. Je cite une phrase de Jésus, pour rester dans le sujet, et qui dit texto "Ce que j'ai fait, vous pouvez aussi le faire". Je trouve cela vraiment interpellant car cela veut dire que nous pouvons aussi accomplir des miracles, probablement si nous sommes prêts à le faire et éveillés. L'assimilation de Jésus au commun des mortels n'a pas l'air de l'emballer. Jésus cependant ne souhaite pas qu'on le considère comme étant supérieur aux humains.

Christian installe un poêle à bois dans le chalet, voilà pourquoi il est ici en cette saison. Normalement il y vient en été et en hiver. Chaque saison offre ses plaisirs.
Le chalet est très simple et en même temps très accueillant. Le toit et les murs sont recouverts de lattes de sapin, et le sol revêt une moquette chaleureuse.

Ce petit-dej me met de bonne humeur. Je prends congé de Christian avec une pomme en cadeau.

Vers 13h il commence à pleuvoir fort et sans interruption jusque 19h.
Les rafales de vent viennent accompagner la pluie, sans doute pour ne pas qu'elle se sente trop seule.
La météo a très vite raison de ma bonne humeur.
L'après-midi est très pénible. L'intensité de la pluie conjuguée au vent fait en sorte que mon pantalon perce et devient une passoire. L'eau s'infiltre facilement par le haut de mes chaussures et à 15h j'ai des flaques dans chacune d'elles.
Ma consolation finalement, c'est qu'il ne fait pas trop froid, donc c'est supportable.

J'arrive enfin à Urnerboden vers 17h et vais me réchauffer autour d'un chocolat chaud dans le seul établissement ouvert dans ce village fantôme. En effet, la majorité de la population est paysanne et redescend plus bas dans la vallée avec les bêtes à l'approche de l'hiver. 
Le barman me dit que je peux probablement installer ma tente au milieu des ces bâtiments déserts en m'indiquant l'endroit par la fenêtre.
Par ailleurs il me renseigne aussi sur la météo qui sera clémente demain. Quel soulagement, car cela signifie que je suis en bonne position pour passer le passage de demain. Ca me remonte le moral.

Je pose ma tente et la pluie s'arrête comme prévu vers 20h.

J30 ¦ Elm - Linthal ¦ 16km ; 0m+ ; 450m-

A partir du versant sud de la veille, je suis dans le canton de Glarus.

J'ai magnifiquement bien dormi. Le petit dej est royal et les gens très sympas.
Aujourd'hui c'est le dernier jour pour lequel la météo est excellente.

J'ai initialement l'intention de couper l'étape du jour en deux parties. L'étape du jour est très difficile, encore plus que la veille, et j'ai besoin de me reposer. Ce soir, dans la station dans laquelle j'ai le projet de planter ma tente, je demanderai la météo pour demain et des recommandations sur la praticabilité du passage.

A peine sorti de l'hôtel, je passe devant une remontée mécanique et discute avec un monsieur. Je fais mine de chercher mon chemin en regardant les panneaux d'indication des randonnées, et voyant cela, ce monsieur me suggère de passer par l'office du tourisme qui se trouve apparemment juste en face.
Je sais très bien quel chemin je dois prendre, mais je prends son conseil comme un Signe, et je vais quand même à l'office.

J'informe la dame de mon projet. Elle passe un coup de fil puis me dit qu'il n'est pas idéal de vouloir dormir en tente à 1500m ce soir, car il y a 40cm de neige. Au vu de la quantité de neige hier à 1500m je suis très étonné, et j'apprends par la dame très patiente et très utile plein de chose sur la montagne, la météo, etc etc. Ensuite elle me dit que le Richtlipass (la suite supposée pour demain) est relativement dangereux car il y a beaucoup de neige et beaucoup de pierres ardoises qui sont très glissantes, et cachées par la neige.

Bon finalement je reste 1h30 dans le bureau et elle m'apprend plein de trucs sur la rando, la montagne etc. C'est super intéressant. Elle-même fait beaucoup de rando et est une grande voyageuse.

Bref, sur ses conseils je contourne la montagne par la vallée. Je fais les 16 premiers kilométres à pied jusque Schwanden,  d'où  je prends le train jusque Linthal. On a aussi regardé ensemble mon itinéraire jusque Altdorf et ça s'annonce plutôt bien.

J'arrive à 17h30 à Linthal. Le soleil est déjà caché par les montagnes. Ma pote de l'office du tourisme m'avait suggéré de passer par celui de Linthal pour demander pour un endroit pour dormir en tente, mais je ne le sens pas. Je sens plutôt le chemin numéro 1 qui m'appelle. En fait le chemin monte directement de Linthal vers une station de ski comme je peux le voir sur le guide. Je me dis qu'en prenant une centaine de mètres d'altitude, je devrais trouver des pâturages tranquillous où  je pourrai trouver un endroit pour dormir en tente.
En effet, une vingtaine de minutes plus tard je toque à la fenêtre d'un chalet au milieu d'un petit pâturage. Un type super sympa ouvre et me dit que je peux m'installer où  je veux dans la prairie. Magnifique! Le weekend passé, il a fait un sommet à 2700, il n'y avait pas encore de neige.

J'ai une superbe vue plongeante sur Linthal depuis ma tente. La lune est très belle et inonde la vallée de sa lumière, ou plutôt celle qu'elle emprunte au soleil. Les sommets à 3000m autour de moi me font sentir tout petit. J'adore regarder les étoiles et me rendre compte qu'elles sont infiniment lointaines, que notre univers est infiniment grand, et ce que j'appelle parfois des problèmes sont en fait infiniment petits.

Bonne nuit

J29 ¦ Weisstannen (1000m) - Elm (980m) ¦ 22km ; 1500m+ ; 1520m-

J'ai très peu et mal dormi. D'une part parce que j'appréhende l'étape du jour, et d'autre part car je ne sais pas  jusqu'où descendent les températures la nuit à 1000m.

Néanmoins je me sens en bonne condition physique lorsque je démarre à 7h15. Le ciel laisse apercevoir encore quelques étoiles. Ce n'est pas trop tôt, compte tenu des neuf heures de marche annoncées dans le guide auxquelles il faut ajouter les pauses, et une petite marge de sécurité.

Je pourrais écrire dix pages sur cette étape, tant elle fût difficile et chargée en émotions, mais je vais la faire courte.

Je commence sur un bon rythme de marche. Je suis déjà chargé en adrénaline.

Le soleil, d'abord caché par quelques voiles nuageux étirés d'altitude, perce rapidement.

Vers 1500 mètres apparaissent les premières traces de neige. D'abord sans conséquences, elles deviennent importantes et encombrantes vers 1800 mètres, altitude à laquelle se trouve un refuge, fermé. Tiens, juste à côté du refuge, je vois un bouquetin avec de longues cornes, qui d'ailleurs n'a pas l'air de se soucier de ma présence.
Quelques instants plus tôt, je photographiai une empreinte dans la neige qui ressemblerait bien à celle d'un ours! A l'office du tourisme le lendemain, on me confirmera que cette hypothèse est fort plausible.
En parlant d'empreintes, je ne vois pas d'empreintes de chaussures dans la neige ce qui, comme il a fait beau les deux jours précédents, peut laisser sous entendre qu'il n'y a pas eu de passage depuis.

Arrivé au dit refuge, je pensais sérieusement que l'ascension était terminée, et je n'en étais pas mécontent car j'estimais avoir eu mon compte physiquement. Comme l'altitude n'est pas renseignée dans le guide en fonction de la distance parcourue, je ne savais pas du tout quel dénivelé il me restait à faire. Mais je vois un panneau qui indique le passage à 1h10 du refuge. Je mettrai deux heures pour y arriver, ralenti par la neige qui m'arrive par endroits aux genoux. Je m'étais déjà égaré du balisage par mégarde plus tôt (grâce au guide je savais néanmoins dans quelle direction me diriger), mais à présent c'est sciemment que je marche en dehors du chemin. En effet le sentier est en quelques sortes aplati, creux, et propice à l'accumulation de neige, alors qu'à d'autres endroits se trouvent des hautes herbes ou bien des pentes plus raides, mieux exposées au soleil, et qui n'ont parfois pas de neige.
Mes bâtons sont très pratiques pour sonder la neige et prendre appui.

Alleluia je suis au passage à 2220m. Le plus dur est derrière moi. Le soleil tape très fort et le vent souffle très fort aussi. Je descends quelques centaines de mètres sur le versant exposé plein sud pour m'abriter du vent et trouver un endroit sec pour pique-niquer tranquillement et me reposer. Il est déjà 14h.
J'ai dépensé beaucoup d'énergie dans cette ascension, beaucoup plus que ce que je pensais, et j'ai vraiment la dalle comme on dit!
J'en profite pour faire sécher mes chaussures et mes chaussettes trempées au soleil. Les chaussures ne percent pas, c'est en fait à cause de la neige qui s'est introduite entre mon pantalon d'hiver et mes chaussures et qui a fondu sur le haut de mes chaussures et puis, la gravité faisant le reste, a rempli les chaussures. C'est la première fois que j'ai l'occasion d'utiliser ce pantalon d'hiver, et il m'a bien été utile.

Le panorama est grandiose, les montagnes sont majestueuses, impérieuses. Je mesure à présent leur puissance. J'ai aussi l'impression d'être au ski.

Pour la descente, je me laisse en partie glisser sur les fesses sur les grands bancs de neige (ce qui me fera perdre mon bonnet négligemment rangé dans une de mes poches), m'orientant tant que possible avec mes pieds et mes bâtons.

Par chance, la cuvette abouti sur quelques refuges et un relief plus bas, et également un chemin dimensionné pour les voitures (qui se termine aux refuges) et donc beaucoup plus praticable. J'avance maintenant beaucoup plus vite.

Le débit des cascades et torrents est a l'air important, probablement à cause de la fonte de la neige sous l'action du soleil.

Arrivé au gouffre de Elm, je m'empresse de trouver un hôtel et savoure ma soirée comme jamais!

J28 ¦ Sargans (600m) - Weisstannen (1000m) ¦ 12km ; 840m+ ; 440m-

Ca grimpe, ça grimpe. Je monte de 500m d'une traite pour arriver dans la vallée Weisstannental. 
Cette étape annonce les choses sérieuses, le vif du sujet, qui commenceront réellement demain.

Depuis que j'ai passé la frontière hier matin, je suis dans le canton de Sainte Galle, dont le chef lieu est la célèbre et chique ville du même nom.

A présent, le balisage change parfois de nomenclature, passant des losanges jaunes aux segments blanc-rouge-blanc. La première nomenclature indique des chemins de randonnée, et la deuxième des chemins de randonnée de montagne. Un niveau de difficulté les sépare.

Partout en Suisse l'eau de source est potable, sauf contre-indication. Comme vous le verrez notamment sur les photos, il y a plein de fontaines et sources d'eau un peu partout. Souvent plusieurs même dans un petit village.

Durant la matinée, je ne peux m'empêcher de fuir l'instant présent pour tenter d'évaluer la faisabilité du parcours de demain qui culmine à 2223 mètres (Foopass), spéculant en fonction de la météo annoncée et l'altitude supposée à laquelle je vois les premières neiges sur les montagnes qui m'entourent. Je remplis mon camel bag à la source d'un chalet de montagne. Son propriétaire, un vrai homme de la montagne, ma rassure tout de suite et me dit que, comme ils annoncent grand beau demain, je n'ai rien à craindre et ce n'est pas dangereux d'emprunter le Foopass. Il me dit simplement qu'il y aura un peu de neige, et m'explique aussi que c'est dangereux lorsque la météo est incertaine, qu'il y a du brouillard et ce genre de choses. Yes, j'ai l'esprit tranquille!

Je pose ma tente près d'un Feuerstelle, 500 mètres après le très joli minuscule village de Weisstannen. Un Feuerstelle en Suisse, c'est quelque chose qu'on ne verra probablement jamais chez nous. C'est un endroit aménagé pour faire du feu,en pleine nature. Un foyer est construit avec des pierres ainsi qu'un abris à côté. Du bois est gardé au sec dans un autre abris, avec du journal, et des briquets. Toute personne, habitant en Suisse ou étrangère, est invitée à venir y faire un feu, un bbq éventuellement, et consommer le bois mis à disposition gratuitement par la Famille Suisse (Schweizer Familie), dans le respect de la nature, de l'environnement, et du bon sens. Il y en aura beaucoup tout au long de mon itinéraire. N'est-ce pas merveilleux? Exactement comme me l'avait décrit Michael de chez AS aventure.

Ceci clôture une très belle journée. Le soleil a brillé une bonne partie de l'après-midi.
Je me suis enivré de l'atmosphère qui plane dans cette vallée. Comme si tout tournait au ralenti, au rythme des vaches et du son de leur cloche, et que le temps de voulait pas avancer trop vite.

J27 ¦ Vaduz (500m) - Sargans (600m) ¦ 22km ; 650m+ ; 600m-

J'ai été réveillé plusieurs fois par le froid cette nuit. Pourtant il ne gèle pas encore. Je pense que c'est à cause de l'humidité.

Je passe par l'office du tourisme. Je n'apprends pas grand chose si ce n'est que la voie est ouverte, et qu'il devrait faire beau à partir de mercredi (nous sommes lundi aujourd'hui).
Je demande s'il y a un office d'alpinisme ou quelque chose. Nada. Mon interlocutrice n'est en fait pas au courant de l'existence de la Via Alpina qui démarre de Vaduz, itinéraire national numéro 1 des randonnées de montagne en Suisse.

Les gens ici parlent une drôle de langue. Un allemand n'y comprendrait rien. Chaque région a son dialecte. Bruno appelle celui de Zürich le "Spy Langage", car au final peu de gens le pratiquent.

Etape tranquille. Il pleut du début à la fin, une pluie fine, avec 5 degrés. Je reste bas en altitude.
Je croise un marcheur de 83 ans, qui fait sa marche de deux heures tous les jours dans les montagnes qui bordent le Rhin en cet endroit. Bravo! Quel homme. Il a l'air d'avoir la pêche.

Incroyable! A l'entrée de la ville de Sargans, je passe devant les bureaux d'Espros, une société qui fabrique des capteurs 3D et qui est un concurrent de Melexis. J'avais eu l'occasion de comparer les performances du capteur Espros (sur papier) au nôtre à l'époque. Le leur est beaucoup plus performant, mais beaucoup plus volumineux, lourd, et cher. Ce qui est dingue, c'est que Espros est une toute petite société, et je crois me souvenir qu'ils n'ont qu'un bureau, et c'est en Suisse. Et il fallait que je passe devant! Mektoub.

Il n'y a pas de tourismus büro à Sargans. Moi qui cherche désespérément des renseignements sur mon itinéraire..
Donc je fais mes courses et continue sur 2km pour sortir de la ville, et comme vous le savez maintenant, augmenter mes chances de trouver un endroit pour dormir. OMG je sens que la nuit va être froide.

P.S: Je me fais vachement plaisir ce soir: Ail-oignons rissolés, pâtes au blé complet avec un peu de bolo, germes de haricots, et deux oeufs ajoutés une fois le feu éteint (il ne faut pas qu'ils cuisent, ce serait trop bête de tuer toutes les vitamines thermosensibles).

J26 | Bâle - Vaduz | 4km

Il fait vachement froid et cru ce matin, le vent accentuant le ressenti. En revanche ce dernier aura été très utile en séchant la tente.

Je marche une petite heure pour arriver à Pratteln, petite localité que traverse l'autoroute vers Zurich. Je m'y arrête dans un café pour boire un chocolat chaud et me procurer un morceau de carton sur lequel j'inscris "ZURICH " et "VADUZ " l'un au dessus de l'autre.

Je me poste à une centaine de mètres de la bretelle qui s'engage sur l'autoroute. Une aire de bus permettra à une bonne âme de s'arrêter pour me charger.
Je suis curieux de voir combien de temps ça prendra, et puis je me dis que ce n'est qu'une question de confiance. Comme tout n'est qu'Energie et Vibration, si j'ai confiance, quelqu'un le ressentira et s'arrêtera.
Je dois avouer que je me dis que ce n'est certainement pas une des nombreuses voitures luxueuses que je vois défiler qui s'arrêtera, mais plutôt une vieille auto ou un van, ou quelqu'un qui a déjà fait du stop.

Dix minutes plus tard, la Vie me donne tort lorsqu'une carrera 4 décapotable ralentit et se met sur le côté. "I'm going to Zurich" me crie son chauffeur. C'est inespéré, mon moyen de transport est une Porsche.
L'intérieur est un peu mouillé, en effet de nombreuses averses ont animé la matinée. Bruno essuye mon siège pour que je puisse m'assoir au sec. Je lui demande s'il conte refermer la capote en cas de nouvelle pluie. Il me répond que les gouttes ne nous atteindront pas, la voiture va trop vite, avant de poursuivre plus sérieusement en affirmant qu'il fera sec le reste du trajet. Effectivement.
On s'arrête à la prochaine station pour prendre de l'essence lorsqu'il m'explique qu'il me déposera à la sortie de Zurich sur une aire d'autoroute stratégique où je pourrai continuer mon stop vers Vaduz. Au fil de son argumentation, il se rend compte que cette solution ne lui plaît pas, et change d'avis en me disant qu'il me payera le train de Zurich à Vaduz. Je le remercie ainsi que la Vie pour me permettre d'atteindre mon objectif en un minimum de temps et d'efforts.
J'accepte ce geste sans un sentiment de gêne. Il faut embrasser tout ce que l'Àme du Monde veut vous offrir. En prétextant que c'est de trop, qu'on ne peut pas accepter ou encore qu'il ne fallait pas, Dieu pourrait bien nous entendre et ne plus se montrer aussi généreux la prochaine fois.

Je suis tout fou, comme un gosse qui reçoit un légo ou à qui on dit qu'il peut encore jouer dans la plaine un quart d'heure.

Bruno est chirurgien. Il forme également d'autres chirurgiens à utiliser des robots, des machines de pointes qui permettent d'opérer dans des conditions toujours meilleures.
Il n'y a pas si longtemps, il était en Belgique d'ailleurs pour son travail.
Quand je cite Paulo Coelho en lui demandant s'il vit sa Légende Personnelle, il se met à rire, reconnaissant l'auteur, et me répond que sa vie professionnelle l'épanouit.
Il m'explique encore deux trois trucs sur la Suisse, Zurich, et Bâle dont il est originaire.

A la gare, il s'occupe de tout et me tend le ticket. Pour la petite histoire, je contribue à l'achat du ticket à hauteur de dix centimes. C'est la somme exacte qu'il lui manque en liquide pour l'achat du ticket.
Je vois Vadura écrit sur le ticket, et me dis que ça ne peut qu'être Vaduz écrit dans le dialecte local.

Le train longe le lac de Zurich au pied duquel s'élèvent de hauts sommets. Pas mal! Un peu plus loin, un deuxième lac.

Je descends à la gare indiquée sur le ticket, pour prendre un bus vers un petit village surélevé, suivi d'un autre bus, plus petit cette fois, qui m'amène à Vadura. Ce n'est que quelques secondes avant que la navette ne s'arrête à Vadura que je commence à me demander si je vais au bon endroit, constatant la dizaine de chalets autour de moi. Étant en état de choc, je demande tout de même au chauffeur, qui a pu croire que je me moquais de lui, si nous sommes bien arrivé dans la capitale du Lichtenstein. Il me dit que c'est à 50km d'ici, et m'indique un chemin qui redescends vers le village d'où on vient.

Bref, je reprends un bus, un train, et un bus et j'arrive à Vaduz en une heure et 16 francs. Il y a un petit 40 000 habitants dans ce pays, dont même pas un cinquième vivrait dans la capitale, à en croire un panneau de renseignement sur le sentier serpentant qui grimpe vers le château. Pourquoi vais-je au château? Pour dormir. C'est le chirurgien qui m'a payé une nuit dans la suite royale, avec champagne et une charmante compagnie. Je plaisante... Je me dirige vers le château pour m'extirper de la ville et prendre de la hauteur, et ainsi augmenter mes chances de trouver un endroit propice à un montage de tente. Bingo, es gibt eine Wiese perfekt für meine Zelt!

Guten Nacht


J25 | Rhin - Bâle | ~27km

Je ressens fort la fatigue.

J'arrive dans le centre ville de Bâle. C'est une bien grande ville. Le réseau de trame a l'air efficace. Après tout c'est normal je suis en Suisse. Je vais acheter une carte sim Suisse (0041765395150) puis me rends à l'office du tourismus. J'hésite encore entre deux itinéraires. Ils ne savent pas bien me renseigner mais me redirigent vers la bibliothèque où je pourrai jeter un œil aux cartes etc.
Finalement, j'achète le guide de la Via Alpina à la bibliothèque. C'est donc vers le Lichtenstein et plus précisément Vaduz que je me dirige.

Je suis assez content de laisser la ville derrière moi.
J'avance en suivant un itinéraire balisé, grâce à une carte des randonnées du coin que j'ai reçue à l'office del tourismus.
Je me dirige dans la même direction que l'autoroute qui passe par Zurich et se prolonge vers Vaduz, ce qui a donc du sens pour commencer à faire de l'auto stop demain.

Je plante ma tente dans une prairie ouverte, au milieu de petites montagnes. L'endroit ne laisse pas du tout deviner qu'à une petite dizaine de kilomètres au nord-ouest se trouve Bâle.

Je m'endors à 22h, je suis exténué.

J24 | Mulhouse - Rhin | ~27km

La veille sur l'autoroute vers Dudelange, on observe les files qui s'allongent en direction de la capitale (heure de pointe). La majorité des automobilistes, au milieu de cette congestion, doivent passer un temps considérable à ne rien faire. Quelle perte de temps et d'énergie.
On observe aussi l'état des  voitures:Grosses voitures, luxure apparente, même les marques françaises sont des modèles les plus récents. "Ça change hein"
Cela me rappelle une réflexion que je me faisais la veille en marchant dans la ville, observant les conducteurs, les uns semblant plus pressés que les autres. Vers quoi court-on finalement au quotidien? Quel est le train à prendre. Peut-être que certains poursuivent un idéal, une image, une reconnaissance, qui semblent inaccessibles. D'autres peut-être qui sait, suivent leur rêve et dès lors vivent leur Légende Personnelle.

La veille au soir, alors que la camionnette avance au milieu de la vaste plaine qui mène à Mulhouse, on aperçoit la silhouette lointaine des Alpes. Ma foi, le premier contact est établi!
Il y a quelque chose d'excitant dans cette nouvelle aventure. Ce trajet en voiture est véritablement un trait d'union entre deux chapitres. Derrière moi: la Belgique, le Luxembourg, l'échauffement et dans un sens une certaine zone de confort. Devant moi: la montagne, sa beauté, sa force infinie et son hostilité, et un nouveau type de marché et d'aventure qui m'est encore inconnu.

En sortant de l'hôtel ce matin, je passe par une pharmacie pour peser mon sac. Il pèse 19,5kg, et moi 76,5. J'en pesais 80 au départ.
Assis contre le mur extérieur de la pharmacie, Georges propose de cirer les chaussures des passants. Il est roumain et parle un tout petit peu de français. Il me dit que c'est mieux que de seulement tendre la main pour de l'argent. Je suis 100% d'accord avec lui et l'encourage vivement dans son entreprise. Il a déjà eu 10 clients ce matin, chacun donnant entre un et deux euros. Il envoie de l'argent à sa famille en Roumanie.
En fait, j'étais d'abord passé à côté de lui en lui souhaitant simplement "bonne journée! ". Sur quoi il m'a répondu avec enthousiasme "Merci, bonne journée!". Et au fur et à mesure que je m'éloignais, j'avais cette voix à l'intérieur qui me disait de faire demi tour. Ce qui m'a permis de faire sa connaissance.

Je me dirige vers Bâle à pied, sans guide cette fois. Il y a environ 35km, je le fais en deux étapes.
Je ne suis pas fan de cette région.
Je me perds deux fois dans des bois. La première fois je décide de franchir les barbelés qui manifestement entourent tout le bois, pour me retrouver sur ce qui ressemble à un chemin d'herbe qui longe la voie ferrée. La deuxième fois,je m'aventure en mode tout droit et j'arrive dans une zone marequageuse. Ne parvenant pas à retomber sur un chemin et la nuit tombant, je décide de rebrousser chemin, ce qui me coûte un temps considérable.

J'arrive in fine sur la rive gauche du Rhin grâce à la boussole vers 21h, où je pose ma tente sur une zone herbeuse en toute confiance. J'ai commencé ma marche tard aujourd'hui, vers 13h, et je termine tard aussi.

Bonne nuit!