jeudi 19 octobre 2017

J23 | Luxembourg - Mulhouse

Ce matin c'est moi qui réveille tout le monde dans la chambre à 6h15 car Dries et Assan, mes deux nouveaux amis marocains, sont des "lève-tôt".
J'ai assez bien dormi cette nuit!

On prend le petit-dèj ensemble dans la cafétéria de l'Auberge, et Assan me fait trop rire. Notamment, il me sort cette phrase, dubitatif, et avec tout le calme et la patience qui le caractérisent, "Regarde les gens ici, certains, on dirait ils ont pas dormi".

Ils sont tous les deux géniaux, chacun dans son style. 
Hier soir c'est avec Dries que j'ai beaucoup parlé, ou plutôt que j'ai beaucoup écouté. Je lui ai posé quelques questions sur l'Islam, la Tradition, le Coran, et davantage ensuite lorsque je remarquai qu'il était sensible à mon intérêt. Il a pris le temps de détailler ses explications, même si parfois certains concepts sont difficiles à traduire littéralement de l'arabe au français. D'ailleurs j'imagine la difficulté pour moi d'apprendre l'arabe (nouvel alphabet, nouveaux sons, écrire de droite à gauche,..) et donc également la leur d'apprendre le français. Ils apprennent les bases étant petits ceci dit, le français étant la deuxième langue au Maroc.

J'en ai appris un rayon sur la religion musulmane, et qui plus est par un pratiquant. Voilà ce que j'ai retenu dans les grandes lignes:
- La tradition Halal consiste simplement à prononcer une prière (ou invocation) et tourner la tête de la bête vers La Mecque, avant de l'égorger. Les deux seules différences par rapport à la méthode "de chez nous" sont donc celles évoquées ci-dessus.
- Les cinq "obligations" de tout musulman:
1) Reconnaître qu'il n'y a qu'un seul Dieu (après tout pourquoi y en aurait-il plusieurs? Nous ne sommes plus au temps des Grecs :D) et que Mahomet (comme on le prononce en français) est son messager (prophète).
2) La prière cinq fois par jour. D'ailleurs à ce propos, petite anecdote: La veille vers 7h du matin, dans la chambre, j'entends un homme murmurer quelque chose dans une langue étrangère. Ayant très mal dormi et étant du coup d'humeur très moyenne, je me dis "Quelqu'un se permet de parler au téléphone à voix haute à 7h du matin alors que tout le monde dort? No Fu*&?'^ Way!" Je relève la tête et je vois qu'en fait il fait sa prière du matin, sur son tapis. Lorsque je me lève une heure plus tard, je prends ma boussole et vérifie l'orientation qu'avait le tapis. SSE, donc bien dirigé vers la Mecque. Pratique d'avoir une boussole avec soi!
3) "L'Aumône". En gros, c'est une sorte de prélèvement sur la richesse, de 2,5%, qui est destiné aux plus démunis.
4) Le jeûne du Ramadan, of course.
5) Le pèlerinage vers La Mecque.

A prendre avec des pincettes ce que j'ai écrit ci-dessus, c'est juste ce dont je me souviens.
A propos de mon ressenti maintenant: J'ai vraiment beaucoup aimé apprendre sur cette religion. C'est tout nouveau pour moi, et maintenant je me dis que j'ai 26 ans et que je viens seulement d'apprendre les bases d'une religion pratiquée dans le monde entier, de l'Afrique à l'Indonésie en passant bien sur par l'Asie (surtout l'Inde). Comment puis-je comprendre le monde si je ne comprends pas le langage (j'entends au sens large ici, i.e. les croyances) parlé par un quart de la population mondiale?

Au travers des récits de Dries, je trouve que l'Islam est une religion bien tolérante à différents égards. Notamment, elle reconnaît l'existence de tous les messagers ayant existé, Moïse, bien sur Jésus, et beaucoup d'autres jusqu'à Mahomet, qui selon le Coran est le dernier des prophètes (env. 600 ans après J-C). Je ne sais pas si le christianisme reconnaît autant de messagers.
Dries me parle aussi du port du voile, des mariages, etc. Chaque homme peut avoir jusqu'à quatre femmes si j'ai bien compris. Par contre, il ne peut avoir des rapports intimes avec l'une d'elles qu'une fois marié. Une des effets du port du voile, entre beaucoup d'autres, c'est que les hommes ont moins de tentations pour d'autre femmes que la ou les leur(s), ce qui limite donc la tentation de "tromper".
Ha oui tiens, petit parenthèse qui n'a rien avoir avec la religion: en parlant de viande, de porc etc, Dries m'apprend qu'en France, la loi exige maintenant que toute bête soit tuée dans un abattoir agréé, pour des raisons "d’hygiène, de traçage etc". Fini le boucher ou l’éleveur qui peut faire ça à l'ancienne. Heureusement que la FSCA est là pour nous protéger, pour veiller sur la santé du troupeau, sans ou plutôt avec mauvais jeux de mots! Je me demande bien comment ils faisaient dans le temps... Les pauvres...! Pour rester dans le sujet, la dernière fois que je suis allé manger au Vieux Cerexhe (en compagnie de ma marraine et mon tonton adorés, coucou vous deux :D), le patron nous confiait avec mépris qu'il n'a maintenant légalement plus le droit de sortir la viande 15 minutes avant de la cuire pour "des questions d'hygiène", malgré le gain en goût et texture que ça apporte. Encore une fois, je pose la même question qu'au dessus :) Ceci dit quand on sera tous aseptisés et qu'on mangera des pilules  alimentaires ou de la nourriture produite par des machines 3D on aura plus de soucis à se faire au niveau hygiène! Que c'est beau le pouvoir de la pensée positive.

Trêve d'ironie maintenant...
Donc voilà en somme, échange très intéressant avec l'ami Dries!
Pour clôturer, il me parle enfin du jugement dernier, jugement auquel chaque homme sera confronté à la fin de sa vie. Je lui demande si le terme "jugement" est bien employé tel quel dans le Coran. Il me dit que oui, et me demande pourquoi je pose la question. Je lui explique alors que je pense que le seule personne qui peut nous juger, c'est nous-même. Jésus n'a t-il pas dit "Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé", encore une fois cela invoque le principe Action-Réaction, tout comme "On récolte ce que l'on sème". Jésus est donc le dernier être à vouloir juger les hommes. Et comme c'est un messager, probablement que Dieu non plus ne juge pas.

Assez parler de religion, ça fait déjà beaucoup.
Je me trouve à la bibliothèque de Dudelange, et j'ai la chance que cette dernière mette gratuitement des ordinateurs à disposition! J'attends que Dries et Assan terminent leur ouvrage, avant de prendre la route début d'après-midi normalement.

Take Care :)


mercredi 18 octobre 2017

J22 | Luxembourg (repos)

J'ai très mal dormi, peut-être 3 bonnes heures. On est à 5 dans la chambre et ça me change de la totale quiétude de la tente.

Moment insolite au petit-déjeuner:
Une jeune hollandaise, Esther, s'invite à notre table, celle de moi et Christian, un retraité belge qui visite du pays et que je viens tout juste de rencontrer. Elle a fait des études dont je ne me souviens plus le nom pendant trois ans en Californie. Elle nous raconte qu'elle a rencontré Dieu et que maintenant Il vit en elle. Elle nous confie encore qu'elles a déjà assisté à des miracles grâce au pouvoir de la prière. Elle sert en quelques sortes d'intermédiaire entre Dieu et les hommes. Les miracles sont parfois instantanés ("petits bobos"), parfois le fruit d'un processus répété, notamment de prières.
Elle se concentre assez vite sur Christian, en lui demandant si il a des problèmes de dos. Il lui dit que non, mais qu'en revanche il a des problèmes de tension. Lorsqu'elle lui propose de faire une prière avec/pour lui, Christian lui demande plutôt d'en faire une pour son fils qui est schizophrène.  Elle demande pour en savoir plus avant d'agir. Christian devra interrompre sa narration, submergé par l'émotion. Elle procède finalement à la prière, me demandant de traduire de l'anglais au français.
C'est un moment très intense, et je dois dire assez particulier.

Je me lande à la poursuite de l'AS aventure de la ville, qui, heureusement pour moi lui ne bouge pas, ce qui facilite grandement mes recherches.
J'achète deux contenants ultra légers en plastique pour éviter de me trimbaler avec des récipients en verre (huile d'olive, sauce pour pâtes,...) dans mon sac, trois barres aux fruits et une brosse pour mes chaussures. Cependant, je reste trois heures dans le magasin. Je suis très bien renseigné par Mickael qui, ça ne s'invente pas, revient tout juste d'une randonnée d'une semaine dans les Alpes Suisse en totale autonomie qu'il a faite avec un ami. Il me rassure sur la pratique du bivouac en Suisse, et me dit que les Suisses sont géniaux et très tolérants en la matière. Je profite d'innombrables conseils de la part de cet aventurier confirmé. Il a notamment le projet de faire le prochain Pékin Express.
C'est une aubaine pour moi. On jette un œil ensemble sur les cartes topographiques de la bibliothèque du magasin, et finalement on dévie complètement sur des fantasmes d'aventurier.
J'ai ultra bon de me trouver là, j'adore cet endroit. Aussi bien en Belgique qu'ici, je suis généralement renseigné par des gens qui vivent d'aventure autant qu'ils le peuvent, et sont donc de très bons conseillers d'un point de vue pratico-pratique.
Mickael me donne également des conseils sur comment utiliser et entretenir au mieux mon matériel, notamment les chaussures et le sac. Mine de rien, ça a beau être du matos de top qualité, si c'est mal entretenu ça peut très vite se dégrader et rendre l'âme beaucoup trop tôt.
Je me laisse complètement aller à des idées de projets farfelus en parcourant la bibliothèque.
Chose très amusante, avant de partir je lui demande s'il a un collègue qui est actuellement en Russie. A Vielsalm, j'étais tombé sur la maman d'un type qui travaille chez AS aventure au Luxembourg (je ne savais pas où) et qui est actuellement en Russie. Mickael voit très bien de qui il s'agit, et me dit que c'est un fou furieux de ce genre de projets, selon ses termes. Il me demande ensuite comment je suis au courant et je lui raconte l'histoire, hahaha!

De retour à l'Auberge, je cherche un ordinateur et reformule ma demande auprès de la réception, qui m'avait déjà répondu la veille qu'ils ne savaient rien faire pour moi. Je sens une pointe d'agacement chez le réceptionniste. Néanmoins, il me parle d'un cybercafé près de la gare, à l'autre bout de la ville. Je le remercie, mais n'ai nullement l'envie de ressortir. Pourtant j'ai vraiment envie de profiter que je suis encore dans la ville pour poster sur le blog! Je ne sais pas pourquoi mais je sens qu'il faut que je prenne patience et je suis très confiant que je vais bientôt trouver un pc de libre. Je décide donc entre temps d'aller nettoyer mes chaussures. En arrivant dans la chambre, qui est-ce que je vois, un nouvel arrivant, Thomas. Et qu'y a-t-il sur son lit, oh un ordinateur portable.
Il est belge, on discute blablabla, et il me dit qu'il travaille de 17h30 à 23h et que je peux utiliser son pc dans cette plage horaire. Elle est pas formidable la vie? Comme si c'était écrit, hein!

Alors maintenant je suis en train de publier mes notes etc.... Et je me demande si les deux types que j'ai rencontré hier soir vont finalement revenir ce soir et repartir le lendemain sur Mulhouse. Auquel cas ils sont d'accord de me prendre avec. Ce sont deux travailleurs, marocains, qui sont sur un chantier en ce moment au Luixembourg. Le chantier prend un peu plus de temps que prévu, mais ils n'étaient pas certains de revenir ce soir à l'Auberge. Si tout se passait bien aujourd'hui, ils auraient fait la route le soir.
Toutefois, j'avais décidé ce matin que je prenais ma chance et que je restais la journée. Et les voilà qui rappliquent à l'instant! Great, j'ai mon ticket pour me rapprocher déjà fameusement de la Suisse demain!
Ce soir c'est spaghettis aux moules sauce safran... Mon dieu ça peut être bon!

Donc voilà mes dernières notes pour le Luxembourg. A partir de la Suisse je ne sais absolument pas comment ça va se présenter (accès à internet?..). J'aurai un nouveau numéro de téléphone probablement, donc ne vous étonnez pas si vous tombez sur la messagerie de mon numéro actuel. Si vous désirez entrer en contact, Martine, Alain, Flo et Ro se feront certainement un plaisir de vous partager mon nouveau numéro le cas échéant :)

D'ici là, Ciao!

J21 | Greiveldange - Remich - Luxembourg | 6.6km

Je prends mon café et déjeune d'une banane assis sur un banc qui a vraisemblablement été clandestinement sur le toit d'un petit bâtiment des eaux. Un talus herbeux en pente permet d'accéder facilement au dit toit par l'arrière du bâtiment.
Depuis ce banc, j'ai une vue plongeante sur une dizaine de kilomètres de terre devant moi, dont la Moselle juste en contrebas, une centaine de mètres plus bas en altitude.
Je suis en train d'assister au lever du soleil. J'ai de la chance, car je me trouve juste au dessus de la nappe de brouillard. Le spectacle est grandiose, et en plus gratuit. En fait, je réalise que je n'aurais moi-même pas pu inventer un meilleur scénario!

John est un fan de rando. Je fais sa rencontre lorsqu'il me salue depuis son seuil, alors que je m'engage dans la descente qui mène à Stadtbredimus (je trouve aussi que c'est un nom amusant).
John s'écrit à l'anglaise, et se prononce comme la couleur jaune en français. Ca ne s'invente pas, il possède une voiture jaune, comme il me le confie sur le ton de la rigolade.
Il m'apprend que du côté allemand de la Moselle existe une randonnée d'environ 300km, la Moselsteig, qui rallye Schengen à Koblenz et qui tantôt longe le fleuve, tantôt traverse les vignobles.  Cette promenade a même été élue "plus belle promenade du monde" une certaine année.
John m'offre spontanément deux œufs durs, une banane, une orange, et deux pommes. Je le remercie et poursuis mon chemin.

A mon sens, la marche est le plus beau moyen de découvrir une région, un pays. Un autre aspect de la marche que j'adore, c'est voir son évolution physique. Des efforts qui me paraissaient surhumains au début, me semblent être une formalité deux semaines ou un mois plus tard. C'est une preuve parmi tant d'autres du potentiel humain inimaginable et illimité, même si malheureusement et encore une fois à mon sens, il s'entête souvent à limiter son pouvoir et vivre au sein des limites qu'il s'est lui-même fixées.

Arrivé à Remich, je triche et prends le bus qui va à Luxembourg. Le trajet coûte deux euros. Le gouvernement luxembourgeois a manifestement tout compris en matière de transport public.

La vieille ville de Luxembourg est adorable, entourée d'un grand parc qui se trouve en contre-bas. Du parc au pourtour de la ville s'élèvent d'immenses remparts, jadis gages de sécurité. La ville a une histoire très riche et vieille de plus de 1000 ans! Le pays du Luxembourg abrite environ 600 000 habitants, dont 115 000 vivent dans sa capitale. Selon ce qu'un employé de l'Auberge de Jeunesse me rapporte, 160 000 travailleurs frontaliers envahissent chaque jour le pays.
A noter qu'il faut compter 4.3 euros pour une bière pression en terrasse, 33cl, dans la vieille ville.

Je me rends à l'Auberge de Jeunesse. En souscrivant à la carte membre, le nuit me revient à 21 euros, petit-déjeuner inclus. Pour 9.9 euros, on a droit au menu du jour. Salade-bar et soupe du jour à volonté, et ce soir en plat principal ce sont des bouchées à la reine. S'en suit un dessert. C'est excellent et réellement démocratique!
L'association Youth Hostel est une asbl implantée mondialement. Avec ma carte de membre, je bénéficie de réductions aussi bien en Europe que partout dans le monde, des Amériques en passant par l'Australie.

J20 | Grevenmacher - Greiveldange | 20.5km

Peu avant 8h30, je suis déjà en route.

Je me sens en forme, malgré m'être réveillé vers 4h du matin par la bruit de l'autoroute (ou le froid je ne sais pas exactement; ou bien les deux tiens).

Arrivé au centre de Greiveldange, je me renseigne auprès de cet homme d'un certain âge qui vient récolter son courrier pour une épicerie et une boulangerie. On discute un peu et il me fait remarquer que le GR passe par Schengen, ce petit village situé à la rencontre des trois frontières (GER-LUX-FR) et qui fut le témoin de la signature du fameux contrat Européen du même nom. Je ne savais pas du tout que Schengen représentait un lieu! Le choix de ce dernier a bien sur une signification symbolique.

Une fois ravitaillé, je prends de la hauteur et me retrouve rapidement encerclé par des vignobles.
Il faut attendre 11h30 cette fois pour que le soleil triomphe du brouillard. Et là, c'est magique. Je me trouve sur la partie haute des champs de vignes qui eux-mêmes surplombent le fleuve. La vue est dégagée sur 180° et je contemple l'immensité de cette vallée baignée de soleil.
Les vignes s'étendent à perte de vue.
De nombreux travailleurs s'attèlent à l'entretien des parcelles ainsi qu'à la taille des vignes. Il reste encore des grappes de raison bien mûr, blanc ou rouge, et je ne m'en prive pas!

D'innombrables petits lézards s'agitent sous la maigre végétation qui recouvre les talus les plus exposés au soleil lorsque je passe. Les sols calcaires et fertiles sont propices à l'épanouissent de la vigne. Les romains tiraient déjà profit de ces sols à l'époque. N.B: Trèves (Trier) étaient d'ailleurs une capitale très importante de l'Empire Romain.

L'itinéraire visite régulièrement des villages situés au bord du fleuve pour remonter aussitôt en haut des vignes si bien que le dénivelé total est non négligeable.

Je m'arrête au milieu des vignobles pour pique-niquer. Je suis émerveillé par le spectacle. Une quiétude souveraine règne ici. Le contraste des couleurs est saisissant, entre le bleu du fleuve, les villages, et les vignes aux reflets vert, jaune, pourpre, ou encore brunâtre. La fraîcheur de l'eau qui se trouve une cinquantaine de mètres plus bas ainsi que les senteurs chaudes qui émanent des champs de vigne forment un cocktail qui éveille merveilleusement bien mes sens olfactifs, lorsque je respire à pleins poumons. A défaut de vin, c'est cet instant que je déguste.
Je ne m'attendais pas à être aussi impressionné par cette vallée, cette région. Je me sens très inspiré.
Les températures sont également excellentes, chaudes même. D'ailleurs je vérifie tout de même mon calendrier et oui, effectivement, c'est bien juste nous sommes dans la deuxième moitié du mois d'octobre.

C'est la deuxième fois que je passe les 20km. J'en suis satisfait.

Enfin vers 17h30, j'approche de l'endroit sur la carte où je me disais plus tôt dans la journée que je pourrais bien y trouver un endroit pour camper.
Alors qu'un long méandre du fleuve s'engage vers la gauche, le chemin prend un raccourci et coupe tout droit. A l'approche du sommet d'une bute, un grand verger ouvert et inoccupé se trouve sur ma droite. Pas d'habitation où demander la permission; j'y vais.
A ma gauche, la vallée, que j'aurai côtoyée toute la journée. A cette heure-ci, elle est mise en valeur par le coucher du soleil, qui donne à la roche un teint orangeâtre. C'est grandiose. Une très belle image pour clôturer la journée.

Pour les amateurs de gastronomie, ce soir c'est riz sauce aigre doux. Veuillez prendre réservation avant 16h si le menu vous intéresse pour des questions pratiques.

J19 | Moersdorf - Grevenmacher | 20.3km

Je passe une très bonne nuit, réparatrice.

Très vite je m'égare du GR. Grâce aux cartes topographiques du guide, je me repère assez rapidement et rejoint le << rouge et blanc >> à peine un kilomètre plus loin
Il arrive souvent que le balisage soit manquant, ou bien que les balises ne correspondent plus au guide, ce dernier ayant été publié antérieurement à d'éventuelles modifications faites sur l'itinéraire.

Je rejoins la vallée et longe la Sûre sur quelques kilomètres avant que celle=ci ne se jette dans la Moselle. Arrivé dans la vallée de la Moselle, le brouillard se lève et laisse place à un soleil qui ne me quittera plus de la journée.

Le chemin s'aventure maintenant dans les terres, dans des bois vallonnés et denses, et je perds le fleuve de vue.

Je me contente d'amandes, de graines de courgettes, d'une barre de massepain (merci Jeanine!) et d'une pomme à midi.

J'hésite beaucoup pour l'emplacement de la tente le soir approchant. Je sors finalement d'un bois et tombe sur un chemin à ma gauche qui sépare le bois d'une prairie.
Bien que je rencontre quelques difficultés à enfoncer les piquets qui tendent la toile à cause de la très fine couche de terre qui recouvre un sol très rocailleux, ça fera l'affaire.
Le seul petit bémol, je me trouve à 200m à vol d'oiseau de l'autoroute.

J18 | Echternach - Moersdorf | 18.6km


Si j'ai dormi 4h cette nuit c'est beaucoup.
Mon camarade de chambre ronflait tellement fort que les personnes des chambres voisines auraient pu éventuellement porter plainte.

A 7h je fais mon sac et vais profiter du petit-déj inclus. J'utilise encore l'ordinateur pour faire deux trois petites choses.

Il est 10h lorsque je quitte l'auberge pour aller au supermarché luxembourgeois Cactus pour y faire mes courses pour le soir, après quoi je prends enfin le chemin du GR5.
Un épais brouillard enveloppe la ville ainsi que toute la vallée. Le terrain est toujours aussi accidenté que les jours précédents, avec des rochers et des gros cailloux dans tous les sens dans lesquels sont parfois taillés des marches d'escalier afin de franchir les obstacles. En milieu de parcours, je laisse les gorges définitivement derrière moi.

La rosée du matin met joliment en évidence les nombreuses toiles d'araignée alentour. Elles brillent. On dirait même qu'elles émettent de la lumière blanche pure. Souvent, des fils ont été tissés (je me demande d'ailleurs bien comment) d'un côté à l'autre du chemin ou de la route (mesurant dans ce dernier cas plusieurs mètres de long) à hauteur d'homme. Au fur et à mesure que je les franchis, les filaments s'accumulent donc sur moi de la tête aux pieds. C'est assez insolite.

La compagnie d'hier m'a fait du bien, et me donne de l'énergie. En parlant de compagnie, c'est le soleil maintenant qui m'a rejoint, étant enfin parvenu à dissiper puis chasser ce brouillard extrêmement dense qui régnait en maître depuis tôt le matin. Le ciel est bleu azur. Ca me change la vie de marcher dans le soleil, c'est excellent.

Je vais acheter un sandwich dans une station essence et m'assied sur une petite place baignée de soleil pour le manger. Ca me remonte le moral une belle après-midi pareille.

Arrivé à Moersdorf je me mets en quête de trouver un endroit où passer la nuit. Juste en amont du village, au milieu d'un sentier qui monte fort dans les bois, un étage tout plat de hautes herbes et de mousse généreuse s'offre à moi. Parfait!

samedi 14 octobre 2017

J17 | Grundhof - Echternach | 11,7km

Réveil 7h, départ 8h30 après un bon petit-dej: Dos bananas y un pan multicereal.

Les efforts sont particulièrement coûteux aujourd'hui.

Le décor est par contre magnifique. Le sentier longe des falaises de grès sur plusieurs kilomètres dans les bois. Les falaises sont immenses. Je devrais d'ailleurs les appeler Gorges à en croire les commentaires écrits dans mon guide. De majestueux et manifestement très vieux hêtres ont pris possession des bois. Le lieu a des allures mystiques. Des voies d'escalade ont été ouvertes par endroit sur les parois verticales de grès.
Le site doit avoir une certaine notoriété puisque je rencontre pas mal de monde sur les sentiers.

Je fais la connaissance de deux hollandais quinquagénaires. Ils font une rando de 3 jours dans la région avant de go back to the office dans la foulée. Dans leur jeunesse ils ont fait des trails en Norvège, Suéde, avant tout le matériel nécessaire à une autonomie quasi totale.

Dans la descente vers Echternach je tombe cette fois sur Jeanine et Noelle, deux françaises de la Moselle, quinquagénaires également et qui visiblement passent du bon temps entre amies. Elles sont très avenantes et sympathiques si bien qu'on continue à discuter tout en se rapprochant du centre ville d'Echternach. Echternach est une petite ville, une des plus veilles du Luxembourg paraît-il. Certaines traces de cet âge avancé qui impose le respect sont encore présentes dans le centre, comme l'Abbaye ou bien les ruines d'anciens remparts.
Arrivés en ville, elles me proposent de les accompagner pour aller boire un verre. On s'installe à une terrasse et elles, fidèles à leurs habitudes, prennent un verre de vin blanc. Quant à moi, fidèle à mes origines, je m'engage pour une bière blonde locale, la Battin. Et ben franchement, il mérite d'être goûtée!
On discute de tout et de rien. sans retenue. Elles sont fans de notre pays, de l'accueil général en Belgique, et de l'humour belge. Elles m'apprennent que pendant leur jeunesse elles avaient grande habitude de faire du stop lorsqu'elles voyageaient, pour aller en vacances par exemple. C'était en fait une pratique courante que de faire du stop sac à dos chez les jeunes à l'époque, l'époque hippie comme elles la nomment.

Elles continuent leur route, et je reste à Echternach. L'ambition de mon après-midi est de trouver un PC pour pouvoir publier mes notes etc.
A ces fins je trouve l'Auberge de Jeunesse, qui dispose d'un ordinateur en libre utilisation.
Après être passé par la poste délester quelque matériel, dont des livres déjà lus (j'ai particulièrement aimé Les Dieux Voyages Toujours Incognito, de Laurent Gounel), je passe donc mon aprèm et mon début de soirée au clavier.

L'auberge est soit dit en passant très classe, très moderne. Elle est située au bord du lac, loin de toute agitation.

Je partage ma chambre avec un Grec, la quarantaine, qui exerce en ce moment son métier d’électricien sur un chantier dans la région. On converse en anglais, pas en grec, et j'en apprends un peu sur la Grèce. Il me confie ses impressions sur le Luxenbourg. Il ne dort que quelques heures par nuit, et se lève à 6h.

Le soir je me rends de nouveau dans le centre, à pied forcément, pour aller manger un morceau. Je n'y crois pas mes yeux, la ville est littéralement décédée. On est vendredi soir, et il y a plus de chats dans les rues que de personnes. Par chance je trouve une brasserie sympa, encore ouverte sur le coup de 21h, et qui fait des hamburgers. La Battin à la pression passe toujours aussi bien.

vendredi 13 octobre 2017

J16 | Gilsdorf - Grundhof | 18,7km

Pour la première fois je démarre avant 9h. La gaieté au coeur.

Aujourd'hui, il fait BEAU!

Je marche d'un bon pas, je me sens en forme.

Beaufort est un petit village rustique. Je m'y arrête dans un café, y mange un croque-monsieur et bois une bière. Je fais la connaissance de son gérant portugais, qui tient le commerce depuis 30 ans.

Léger, je passe par un proxy pour acheter mon repas du soir: pâtes aux oeufs frais, sauce bolo, un poreau, et du fromage râpé!

Le village dans mon dos, le sentier sillonne à présent aux côtés d'un petit cour d'eau, dans ce qui ressemble à des gorges.
De hautes barres rocheuses s'élèvent de part et d'autre du ruisseau, sur plusieurs kilomètres.

Au sommet d'une montée, un vaste plateau de terres agricoles sur ma gauche. Je profite de l'entrée d'une pâture comme emplacement pour la nuit. Je ne me sens pas tout à fait à l'aise car je n'ai pas pu entrer en contact avec le propriétaire de la prairie, dont les immenses installations se trouvent de l'autre côté du champs, à un bon kilomètre. Je me dis que s'il revient par ici, j'irai à sa rencontre.

J15 | Vianden - Gilsdorf | 16km

Petite journée clame.

Je prends bien mon temps le matin au petit-dej.
J'apprécie le buffet et le confort. Les oeufs brouillés coiffés du bacon sont merveilleux.
Je discute encore un peu avec Roland, le gérant, puis prends la route.

Arrivé à Gilsdorf (petit village à l'entrée de Diekirch), je sais qu'il me reste uniquement du riz pour le soir. Une option consiste à faire un détour par le centre de Diekirch (1km x 2) pour acheter un petit truc afin que mon riz se sente moins seul. J'ai les jambes un peu lourdes, et décide de rester sur le GR, de me contenter du riz, et si une ferme se trouve sur mon chemin de demander un oeuf.
A la sortie du village, à l'angle où le GR quitte la route goudronnée pour emprunter un chemin qui grimpe en direction des bois, un vieux monsieur jardine dans son jardin. Il me salue, et me gratifie de trois pommes, cueillies dans un verger un peu plus haut sur le versant.

J'élis domicile quelques centaines de mètres plus haut, sur une parcelle d'herbe à côté des statues d'une vierge et de Jésus. En fait c'est un petit endroit ouvert de recueillement, à l'intérieur duquel on peut voir quelques bougies briller.
Par chance, une touffe de ciboulette émerge de l'herbe fraîchement coupée, et assaisonnera bien mon riz!

J14 | Wahlhausen - Vianden | 17km

Je mets les voiles un peu avant 10h.

Le parcours est encore plus vallonné que la veille, comme si c'était possible. Au moins 600m de D+ d'aprés le profil en élévation. Les ascensions sont souvent des sentiers étroits qui grimpent en serpentin dans les bois.

Soudain, alors que je marche silencieusement et sans mes bâtons sur un chemin de crête dans une forêt de feuillus, j'aperçois une biche et deux bambis. Malheureusement, un oiseau par ses cris stridents et son envol a trahi ma présence, et je n'ai pu apercevoir les animaux que brièvement pendant leur fuite.


Aujourd'hui, je me demande quelle est ma voie. Ce qui est merveilleux, c'est que L'Univers conspire à t'aider à obtenir ce que tu veux. Encore faut-il que j'établisse, que je formule  ce que je veux. La question est donc la suivante: dans quoi ai-je envie de me lancer? Une fois la ou les réponse(s) en main, il me "suffira" d'interpréter les Signes mis sur ma route par L'Âme du Monde, ou bien L'Univers ça revient plus ou moins à la même chose. Et pour pouvoir interpréter les Signes, il me faut bien-sur parler le Langage Universel, le langage qui s'exprime par tous les moyens sauf les mots. En fait je crois que c'est justement cela qui me motive à entreprendre ce genre de voyage, de pèlerinage, càd approfondir mes connaissances dans la Langue du Monde. Et in fine, vivre une partie de ma Légende Personnelle. Si mon coeur désire faire ce voyage, alors L'Univers Entier me permettra d'atteindre mon objectif, comme il le fait pour chaque être humain qui désire accomplir un objectif formulé directement par son coeur. La clé ici est, selon moi, que c'est le coeur qui doit s'exprimer, et rien d'autre.
Quant à mes objectifs de Vie, j'ai encore du mal à faire un choix. J'interroge mon coeur, et j'ai l'impression qu'il me dit qu'il est intéressé par tout. D'où ma difficulté de prendre une décision "à long-terme". Je pense avoir l'impression que si je me lance dans un domaine, dans une direction, je me ferme la porte à tout le reste. Si je reprend mon enfance jusqu'à ma rétho, j'ai toujours été curieux et intéressé par tout ce qui m’entourait. 

Lorsqu'on poursuit ses rêves, on se met en position de vivre sa Légende Personnelle. Vivre sa Légende Personnelle, c'est la seule obligation de l'être humain (selon Paulo Coelho). Alors, quel est mon rêve? 


Ce soir j'arrive dans la petite ville de Vianden, qui pourrait faire penser à une petite ville Suisse de moyenne montagne. La ville est célèbre notamment pour son châteaux, et les nombreux séjours qu'y effectua Victor Hugo en tant qu'exilé ou réfugié. Le château fût conservé au sein de la même famille du 15e siècle jusqu'en 1977! Après quoi il fût cédé à l'Etat, qui entreprit d'importants travaux de rénovation.
Après une journée éreintante, je me fais plaisir en choisissant ce petit hôtel à dimension familiale, La ville de Bruxelles. On y parle français, et je fais donc une pause avec l'allemand que je parle depuis cinq jours, pour retrouver ma langue natale.
Le gérant, et cuisinier également, m'explique comment il a repris l'hôtel mi-juillet de cette année, puis me prépare une magnifique entrecôte sauce Emmental. Le prix, aussi bien pour la nuit et surtout pour la restauration, est démocratique surtout pour la localité.

Je savoure cette douche chaude, et fantasme à l'idée que ma lessive aura cette fois le temps de sécher en une seule nuit!

J13 | Dasbourg - Wahlhausen | 10,5km

Je m'active à 8h45. Je prends mon temps, sans traîner.

Je sors du camping à 10h30. Et oui, le rituel prend un certain temps, surtout ce matin. Le café et le petit-dej (ce matin pain et miel), la petite gym, ranger toutes les affaires dans le sac, sécher la tente, replier la tente, rouvrir le sac afin de placer la tente à sa place en respectant la pratique d'usage qui veille à placer les choses lourdes proches du centre de gravité et le plus près possible du dos. En effet, toute masse m placée à une distance orthogonale d du dos crée un effet de levier proportionnel à d et m qui a tendance à tirer l'axe normalement vertical de la colonne vertébrale en arrière.
En prime ce matin, aller également dépendre le linge encore mouillé qui a tenté de sécher durant la nuit dans la local des sanitaires, et le disposer au mieux sur l'extérieur du sac pour qu'il ait l'occasion de sécher davantage pendant la journée.

Trois grosse ascensions aujourd'hui, la dernière m'élevant de 260m à 500m sur le sommet terrassé d'un des versants de la vallée de l'Our. D'en haut, j'ai une très belle vue sur les nombreux méandres empruntés par la rivière, ainsi que sur le caractère en V de la vallée. En voyant cela, j'imagine que c'est l'oeuvre d'un immense glacier, qui a creusé a lieu seul la terre et la roche. Et en effet, je rigole quelques centaines de mètres plus haut en lisant ce panneau d'affichage qui explique avec plus de précisions que la forme particulière de cette vallée est l'héritage laissé derrière elles d'ères glacières précédentes, il y a très très très longtemps!
On aperçoit aussi beaucoup d'éoliennes coiffant les sommets alentours, et mettant à profit la généreuse force du vent.

Après avoir tenté d'obtenir de la nourriture pour mon souper à deux reprises, me voici dans le petit village de Wahlhausen.
Je sonne à la première habitation sur la droite, qui se trouve être une ferme. J'obtiens généreusement une pomme une banane (Mhmm vitamines!), et le feu vert pour élire domicile le temps d'une nuit sur une parcelle herbeuse 30m plus loin.
On m'informe également qu'il y a un restaurant au centre du village. J'y vais en repérage.Au début l'idée ne me plaisait pas trop, et puis je me suis souvenu que le but de mon voyage n'est pas de cherche le moindre coût, à tout prix si j'ose dire.
Le restaurant me plaît directement. Ambiance boisée et feutrée, d'un style ancien. Des colombages décorent les murs et le feu de bois, qui chauffe toute la piéce, est joliment encadré de grosse pierres de taille.
J'y mangerai le soir une soupe aux tomates et un excellent Hamburger de Cerf Maison.

C'est le deuxième jour d'affilée que je me rapproche de Compostelle. En effet, le chemin de St-Jacques rejoint le GR5 à la frontière belgo-luxembourgeoise. Quelle ne fût pas mon émotion lorsque je vis la coquille pour la première fois à la frontière!

J12 | Ouren - Dasbourg | 13,7km

Je passe une très bonne nuit de sommeil, une fois de plus.

Je prends bien le temps ce matin, et m'initie même à une petite gym matinale. Un des buts recherchés est de renforcer ma ceinture abdominale intérieure (je me fous des tablettes extérieures), celle-là même qui soutient le bas de mon dos.
J'ai maintenant pris l'habitude de sécher ma tente avec un de mes deux essuies avant de la replier, sur les faces intérieure et extérieure de la toile extérieure. En fait, ma tente ressemble à ceci: Une toile extérieure totalement imperméable, et une toile intérieure dont certaines parties sont perméables à l'air. Une couche d'air sépare les deux membranes (toiles). Cette couche d'air se charge de l'humidité qui se dégage de l'intérieur de la tente (respiration, vêtements qui sèchent,..). A l'avant ainsi qu'à l'arrière de la tente, deux ouvertures permettent à cet air interstitiel chargé d'humidité de s'évacuer, aidé par le vent extérieur bien entendu.

Je vis une étape compliquée mentalement et émotionnellement.
Premièrement, je remarque assez vite qu'il n'y a aucun ravitaillement d'ici Dasbourg, ma destination supposée.
Deuxièmement, je chemin est vallonné comme pas possible, et je ne me vois pas du tout avancer.
A cette allure, je comprends que je vais devoir à nouveau sauter le repas du midi, moi qui me suis déjà contenté du dernier paquet de biscuits au citron au petit-déjeuner. Tout au long de l'itinéraire je reste dans la vallée de l'Our. Les versants de cette vallée sont très raides, et le tracé s'amuse régulièrement à flirter avec les hauteurs, pour tout redescendre ensuite jusqu'au niveau de l'eau. Bref la distance sur ce parcours est très trompeuse.
Troisièmement, je me demande encore ce que je fous ici tout seul comme un con, ce qui provoque en moi, cette fois, un sentiment d'exaspération. Sentiment accentué par ma fatigue et mon état de faiblesse, tous deux liés à la difficulté du parcours, au fait que j'ai le ventre vide, et enfin à l'adaptation physique à laquelle mon corps est confronté depuis mon départ.

Je me calme au fur et à mesure que je vois la fin arriver.

A 16h je mange un cheesburger dans un café, rive droite.
A par la Q8 mitoyenne au café, il n'y a aucun autre magasin ouvert dans le coin. Je ne m'étais pas rendu compte que c'était dimanche.
C'est donc à la station essence que j'achète des saucisses, du pain, et des tranches de charcuterie. A par ces quelques produits de qualité, il n'y que des cigarettes, des quantités astronomiques de café, et de l'alcool fort. Et oui, sur la rive gauche, de l'autre côté du pont, on va en Allemagne. Et ici, on est au Luxembourg! L'Our sert donc de frontière naturelle.

Je me dirige vers le camping qui se trouve de l'autre côté de la rivière. Haa des satinaires! J'en profite pour prendre une bonne douche (le boiler est coupé donc l'eau est froide mais c'est la dernière de mes préoccupations) et faire une grosse lessive.

Bonne nuit.

J11 | Grüflingen - Ouren | 17,5km

Je suis réveillé par haut régime d'une tronçonneuse qui travaille au loin, vers 8h du matin. Ce qui m'amène à me poser la question "Pourquoi si tôt?".

Quelle chance, le soleil donne ce matin.

Le chemin prend un peu de hauteur tout en s'extirpant de la forêt de sapins, avant d'aboutir sur le sommet d'une colline en forme de monticule, recouverte de prairies.
Cette colline étant plus élevées que ses voisines, un très beau panorama se dégage devant moi.
Le vent souffle fort, et ce qui est appréciable c'est que pour une fois l'air est sec!

Le chemin entame sa descente sur le petit village de Burg-Reuland, dans le creux de la vallée. Le châteaux du village, datant de la fin du 16e, sera bientôt le témoin d'une fête à en juger par la vingtaine de bénévoles s'agitant à monter un grand chapiteau dans la cour intérieure.
D'après le guide et une dame que je rencontre dans la rue, une petite échoppe d'alimentation générale se trouve à Ouren, ma destination du jour. Je décide donc d'éviter tout ravitaillement non nécessaire dans ce Burg, dans un soucis de légèreté, et par la même occasion, entreprends de postposer mon lunch.

En route, je croise beaucoup de randonneurs du weekend, me saluant presque tous d'un "goede dag". Je n'ai donc pas la vive impression d'être en communauté germanophone.

Le camping de Ouren est fermé, ainsi que la petite épicerie dont on m'avait parlé!
On dirait que le village a été plongé dans un sommeil profond. Un sommeil dont je me demande même s'il sortira un jour.
Soudain, alors que j'ère dans le village en quête d'inspiration, une jeune demoiselle dans ma direction, une botte de persil à la main. Je l'interpelle en lui expliquant mon désarrois. Prenant mon cas en considération, et me renseignant qu'il n'y a aucun commerce à moins de 10km à la ronde, elle m'invite à l'accompagner jusque chez elle. En chemin, j'apprends qu'elle connaît bien Wdt puisqu'elle y a déjà conduit dans le cadre de son permis de conduire.
Arrivé chez elle, je fais la connaissance de ses parents qui viennent de terminer le chemin de Compostelle cette année. Depuis chez eux, ils ont rallié Compostelle en cinq parties et autant d'années, reprenant à chaque fois là où ils s'étaient arrêtés l'année précédente. Du coup on échange sur nos expériences respectives après quoi la mère revient avec un demi chou-fleur cuit dans une sauce blanche et un bon gros morceau de poisson. Waw je suis aux anges! Le père m'explique quel type de poisson c'est et que c'est son fils qui l'a pêché dans la rivière qui traverse le village, l'Our. Comme je ne comprends pas, malgré sa gestuelle (on parle allemand), j'essaye au hasard en français "une truite?". Il me répond que c'est justement le poisson qui mange la truite, avec plein de dents dirigées vers l'arrière de sa gueule. Haa, un brochet! Quelle chance, je vais même avoir le luxe de manger du poisson sauvage.

Reboosté par cet échange, ce partage, cette communion, et cet élan d'humanité, je continue sur deux kilomètres sur les conseils du père, où une vaste aire de pique-nique m'attend au bord, et où je pourrai y camper aisément.

Chose faite, je me régale de ce met 3*!

Bonne soirée et bonne nuit.

J'ai le cafard ce soir. Je me sens particulièrement seul au monde dans cette prairie complètement isolée de tout. J'écoute les mix deep house que j'avais l'habitude d'écouter lors de mes sessions d'examen. Une partie de moi se sent même nostalgique de cette époque, de la vie d'étudiant, et même des monstrueux challenges qui m'attendaient chaque veille de session.
C'est vraiment ça, j'en suis carrément nostalgique.

J10 | Commanster - Grüfflingen | 15km

La nuit fut très froide et humide, et je suis d'ailleurs réveillé par le froid tôt le matin.
Je replie la tente alors qu'il est toujours en train de pleuvoir. Ce n'est pas tant le fait que la tente reste mouillée qui me dérange, mais plutôt que cela représente un poids non négligeable en plus à porter.

Une fois ready, je sonne à la chambre d'hôte afin de remplir mon camel bag en eau. Là dessus, madame m'offre chaleureusement un café, que je refuse dans un premier temps par politesse déplacée, et que j'accepte ensuite. Le fait de rester quelques temps dans un endroit sec et chaud me réchauffe entièrement.
Ce que j'avais deviné de l'extérieur se confirme de l'intérieur: c'est une chambre d'hôte d'un certain standing!
La cuisine est digne de celle d'un chef. Les murs en pierre du pays (ça ressemble à du schiste), la déco vintage, et la musique classique confèrent à ce lieu une atmosphère chaleureuse et apaisante. J'aurais envie d'y lire un livre toute la journée au coin du feu.
Je me sens bien dans cet endroit, et je passe un moment très agréable.

Après deux kilomètres seulement, je pénètre dans les cantons de l'Est, annexés à la Belgique pour rappel en 1919.

Au prochain village et sûr de mon coup, je ne fais pas attention au balisage et suis la route qui me semble être la bonne. Deux kilomètres plus loin je constate avec irritation en reprenant le guide sous mes yeux que je me retrouve dans une direction presque diamétralement opposée à celle du GR. C'est surtout le fait de m'être trompé qui m'énerve.
Je rebrousse donc chemin, ce qui me vaut 4km de détour.

Les averses de pluie nourries n'en finissent pas, et je me demande comment il peut pleuvoir autant dans ce pays.

Le casse-croûte du midi se compose du reste de la baguette d'hier, de la fin du roquefort, et d'un filet de miel  de fleurs sur le tout.

A ma grande surprise, le GR passe derrière la piste de Karting "de St-Vith", sur laquelle nous avons déjà (moi, mon père et des amis) participé à plusieurs endurances du temps ou je n'avais pas encore l'âge de tenir un volant dans mes mains sur la voie publique.

Je me sens fatigué, faible, vidé.
J'emploie toute mon énergie à la recherche d'un terrain à bâtir. Je sonne à cette maison en bois à l'orée du bois, pas de réponses. Je m'enfonce donc dans le bois en sachant qu'il n'y a plus d'habitations sur des kilomètres.
Par chance, quelques centaines de mètres plus loin, un chemin forestier venant de la droite vient croiser celui du GR, dessinant dans l'angle supérieur un triangle herbeux  qui répond aux critères, ou plutôt à mes critères, de plantage de tente. Bonne soirée et bonne nuit!

J9 | Vielsalm - Commanster | 9,6km

Et encore une très bonne nuit de sommeil.

A 9h je sors la tête hors de la tente, et me dit qu'il est temps de replier car le temps risque de se gâter.

En quittant Vielsalm, je passe par la boulangerie acheter un bon pain. La boulangère, très sympathique, s'intéresse à mon voyage. Je lui explique dans les grandes lignes. Elle me répond que son fils est actuellement en Russie pour deux semaines. Sac à dos, tente, et tout le bazar! Il travaille chez AS Adventure, comme c'est amusant :) Il a 30 ans. Il a déjà fait l'Irlande, l'Islande, la Pologne et la Roumanie. Il est aussi parti 7 mois en Nouvelle-Zélande.
Une cliente fait son entrée lorsque j'explique que j'ai le projet de faire du stop jusqu'en Suisse. Là dessus, elle enchérit en nous racontant qu'elle connaît deux jeunes demoiselles qui sont parties en stop de Belgique jusqu'en Croatie, et en deux tronçons seulement. Le premier trajet jusqu'en Autriche, le deuxième jusqu'en Croatie.
J'adore échanger comme ça avec des gens que je ne connais pas. Il faut dire que le gros sac à dos, les chaussures, les bâtons et la démarche sont mes alliés. Ca permet de briser la glace facilement.

En sortant de la boulangerie, je mets ma cape car il commence à pleuviner. Ca monte en sortie de Vielsalm vers Commanster. Je passe de 350m à 500m d'altitude.
La pluie et maintenant le vent ne me lâchent pas, s'intensifiant même au fur et à mesure que j'avance.

Je profite d'une forêt de sapins très dense pour m'abriter un peu, m’asseoir, et manger un avocat avec un morceau de pain.

Je suis vraiment très surpris de parcourir autant de nature vierge de l'empreinte de notre civilisation, mise à part une ferme entourée de prairies.

Arrivé à Commanster, les nuages en remettent une couche. Le ciel est noir.
Au hasard, je me dirige vers le centre du tout petit village, et tombe sur une chambre d'hôte. Je sonne. Une dame d'une cinquantaine d'années vient m'ouvrir. Tout le monde se doute bien de la question que je lui pose. Elle me répond très gentiment que je peux installer ma tente où je veux à l'arrière de la propriété. Je la remercie sincèrement, et vais monter le camp.

Une fois sous la tente, quel bonheur d'être au sec!
Chose étonnante, une heure plus tard le soleil perce et de larges éclaircies se dessinent. Great!

mercredi 4 octobre 2017

J8 | Repos (Vielsalm)

Je passe une excellente nuit, 10h de sommeil quasi ininterrompu.
Je décide de faire une jour de repos. Ca ne peut que me faire du bien, surtout pour mon dos.


Ce matin je lis un article intitulé "Le Pouvoir du Silence", extrait d'un magazine qui m'avait été offert lorsque je faisais mes achats chez A.S adventure.
Selon les psychologue Filip Raes, cardiologue Marc Goethals, et formateur en Mindfulness David Dewulf, tout le monde devrait idéalement pouvoir dormir 7 à 8 heures par nuit en toute quiétude. C'est là que l'expression "en toute quiétude" revêt toute son importance.
Le niveau sonore moyen ainsi que la fréquence à laquelle les perturbations sonores se manifestent au cours d'une nuit ont une influence directe sur la qualité de notre sommeil.
Cependant, au vu de l'évolution de notre mode de vie, il devient de moins en moins évident de se mettre dans des conditions idéales de toute quiétude, car nous devenons sur-stimulés. Exemples: Les bruits intempestifs de la ville, des routes et autoroutes, du trafic aérien, des smartphones, de la radio, de la TV, des appareils électroménagers (tel le frigo ou le lave-vaisselle, avec lesquels on s'est tellement familiarisés que notre cerveau occulte le bruit lié à leur fonctionnement, mais qui affectent en continu notre subconscient), etc.

Ainsi, selon l'environnement sonore général au cours d'une nuit de sommeil, la pression artérielle peut varier d'un facteur 4 d'une personne à une autre.
Le côté vicieux de la chose, c'est que la majorité des stimulis sonores sont suffisamment intenses pour altérer la qualité de notre sommeil, mais pas suffisamment intenses pour nous réveiller, i.e. on ne s'en rend tout simplement pas compte.
Le cardiologue met ensuite en évidence le lien qui existe entre une nuit de sommeil perturbé, et les ulcères, les maladies cardio-vasculaires, la dépression, et même les cancers.

David Dewulf, lui, nous confie que 30min de Mindfulness (Plein Conscience) par jour nous permet de nous réapproprier notre corps. Ex: Se concentrer sur sa respiration, être à l'écoute du vent dans son jardin, marcher seul en forêt en se focalisant sur l'immédiat (l'instant présent).
Enfin, il pense que nous devons réapprendre à s'ennuyer. D'un point de vue développement personnel, il est regrettable que le reflex de céder à son smartphone lorsqu'on a "rien à faire" s'installe de plus en plus.
Des études prouvent que l'ennui stimule la créativité, en permettant ainsi à l'esprit de s'exprimer.

J7 | Logbiermé - Vielsalm | 8,2km

J'ai ultra bien dormi.
Mes espérances sont au rdv, puisque je constate déjà au réveil de l'amélioration au niveau de mon dos.
Il ne pleut pas ce matin qui me permet aisément de me faire un café bien chaud, que je savoure tout en faisant un petit tour.

Lorsque je reprends la route, c'est René qui traverse la praire d'un bout à l'autre pour venir me souhaiter bonne route. Je ne l'avais pas reconnu avec son chapeau. Il m'annonce une météo sèche pour la journée. Yes!

Le chemin reste sur les hauteurs, 500 à 570 mètres, jusque la descente sur Vielsalm.
Je marche plus rapidement et plus confortablement qu'hier. Régulièrement néanmoins, je m'arrête pour soulager mon dos, et ce faisant, j'en profite pour tendre l'oreille et ouvrir l'oeil. J'aimerais bien surprendre un cerf, un chevreuil, ou un sanglier, même si je sais que la journée les animaux sont au repos.
Il n'y a pas un bruit parasite dans cette forêt. Que la vie de la nature à écouter et à vivre.

Un peu plus loin, un panneau d'information explique que la forêt fut exploitée abusivement (déjà) au XVIIIe siècle, et qu'au XIXe, l'état et les communes se lancèrent dans un reboisement important de la forêt. Pour des raisons de rentabilité, ils choisirent le résineux comme essence, ce qui explique dès lors le paysage épineux de cette région!

Dans la descente sur la vieille Salm (salm = saumon en allemand), je m'arrête à hauteur d'un chantier pour écouter les infos à la radio. J'entends "Les champignons sont de moins en moins commestibles"... Tiens donc! Un(e) biologiste pour me confirmer / m'expliquer le phénomène?

Il est 14h30 et je mange la meilleure frite de l'histoire belge à l'entrée de la ville. Il ne m'a fallu que 4h pour gagner la ville, je suis très satisfait!

A l'office du tourisme, je demande les adresses d'une boucherie locale et d'une épicerie. On me répond qu'il n'y a plus rien de tout ça ici, mais bien 3 supermarchés: Aldi, Carrefour, Spar. Je suis stupéfait!
Je prends aussi les coordonnées d'un camping très sympa dans lequel j'irai m'installer.
Cette fois-ci, c'est 9 euros pour la nuit + douche chaude, avec 7 minutes pour la douche. On n'arrête pas le progrès :)

J6 | Ferme "Belle Femme" - Logbiermé | 3km

Mais quel vent cette nuit mes amis! Ma tente n'a eu d'autre choix que de se laisser barloquer dans tous les sens au gré du vent, toute la nuit.

Je me suis endormi à 22h et me voici au réveil à 9h30. J'ai très bien dormi, surtout compte tenu de mon dos et de la presque-tempête-de-vent!
Alors qu'hier me coucher en position horizontale était douloureux, cette position est à présent très confortable. Toutefois, dès que je veux changer de position, me mettre assis ou sur le côté, je dois être très attentif car la moindre sollicitation inappropriée de mon dos et ça me lance comme un coup de poignard.
Je prends un nurofen. Je suis bien sur conscient que ce n'est pas ce qui me guérira, cependant ça ne peut faire de mal. Ce qui peut aider ma guérison par contre, c'est le repos, la patience, et bien sur le pouvoir de la demande (qui reprend celui de la prière bien sur). Demande ou prière à l'Univers, à Dieu, ou peu importe quel nom chacun met dessus.

Je ne sais par contre pas quoi faire ce matin. Je suis toujours dans mon sac de couchage. Que faire? Rester une nuit de plus ici? Essayer de reprendre la route?
Ce que je sais par contre, c'est que je remercie Dieu pour ce mal de dos. J'y suis enfin capable. Il me permet entre autre de réaliser que je suis en bonne santé générale, que j'ai l'usage de toute ma tête (trêve de plaisanterie), que j'ai l'usage de mes deux bras et de mes deux jambes! Il me permet aussi de me plonger dans le moment présent.

Bon je me décide: let's walk.
Premièrement, il me faut 1h45 pour tout replier, dans la limite de mes mouvements, après quoi je sonne chez Françoise afin de me ravitailler en eau, de décharger mes poubelles, et d'accepter les deux cafés qu'elle m'offre.

Une demi heure plus tard je me remets en route, riche de deux bananes bien mûres et d'une conversation plein de simplicité et d'authenticité.
J'essaye d'adopter une démarche qui épargne le mieux le bas de mon dos. Un couple de Hollandais me dépasse. Je marche extrêmement lentement.
Je fais régulièrement de longues pauses.

Trois heures et trois kilomètres plus loin, j'arrive au hameau de Logbiermé.
Je demande à René qui habite la ferme qui fait le coin s'il peut m'indiquer un endroit où établir mes quartiers. "Sur la petite place en face, tu ne gêneras personne" me répond-il. C'est une place recouverte d'herbe bien entendu.

Ma maison construite, je pars à la conquête de bolets dans les bois alentours, que je rince dans un ruisseau avant de les faire revenir dans un filet d'huile d'olive, une pincée de sel, et avec la moitié d'un ognon. Ensuite, je cuis le riz complet et mélange le tout. Délicieux!
Il y a des moments difficiles (pépin physique, angoisse la nuit,..), et il y a aussi des moments de pur bonheur comme de préparer à manger dans l'herbe à côté de sa tente, dans un hameau au milieu de nulle part.

Logbiermé, c'est la Belgique profonde. Il est 20h et il n'y a pas un bruit, pas un bruit de fond. Il n'y a que le silence à écouter, et le vent qui fait danser les arbres.




J5 | Stavelot - Ferme "Belle Femme" | 4km

Malgré l'humidité folle, j'ai passé une nuit de rêve, 9h d'affilée, comme un bébé (sans les cris).
Un beau soleil réchauffe l'atmosphère lorsque je prends mon café sur un rocher un bord de la rivière qui borde le camping.
Je me dis clairement que la journée ne pouvait pas mieux commencer. Et là, bardaf, c'est l'embardée... En repliant la tente, je fais un mouvement que le bas de mon dos n'a pas apprécié. Il me le fait savoir, puisque je suis maintenant un peu bloqué. Vraiment, à ce moment-là, ça me fait vraiment mais vraiment ch***.
Moi qui ai démarré doucement, et qui ai l'impression d'avoir fait tellement d'efforts justement pour éviter que ce genre d'incident mécanique ne se produise.

Je regagne le centre de Stavelot, péniblement. On est dimanche, la pharmacie est fermée, donc pas de voltaren. Je vais acheter du boudin noir et du saucisson chez l'un des meilleurs bouchers du pays (centre de Stavelot), puis du pain et un ognon à la boulangerie.
Tout ça me remonte le moral!
J'essaye d'accepter le mal, et même d'en remercier le Seigneur (le pouvoir de la louange), mais je n'ai pas facile de le faire.
En plus, ça monte à crever pour sortir de Stavelot...

Le GR passe au milieu d'une ferme. Je remplis ma gourde à la fontaine, après quoi je demande au maître des lieux si l'eau est potable (l'inverse aurait été plus logique). Elle provient des drains qui se trouvent sous ses prairies, et donc bactériologiquement il ne peut pas me le garantir. Au delà de la bactérie, je lui demande quand même si il utilise des pesticides ou autres engrais chimiques... Là dessus il me dit que non, puisque c'est une ferme bio.
Ok, je garde mon eau!
Comme je m'intéresse à son activité, il me propose une petite visite guidée.
Son activité principale, c'est le lait de vache, bio. Ses 50 vaches profitent du luxe des 65 hectares de prairie qui leur sont offerts. Certaines années, il se retrouve même avec du foin en trop, qu'il revend.
Comme il n'utilise pas de produits phytosanitaires ni de fertilisants, son herbe pousse moins vite. En revanche, ses sols sont beaucoup plus aérés et vivants, riches d'une faune abondante (vers de terre, insectes,...).
Le lait qu'il vend peut parfois coûter jusqu'à deux fois plus cher que le lait "classique" de supermarché.
Il me montre ensuite une nouvelle race de bêtes qu'il essaye. Une race plus solide me dit-il (donc moins de frais de véto), et qui peut être exploitée pour la qualité de sa viande également. A titre informatif, les races laitières pures (Holstein par exemple, la vache noir et blanc), achèvent leur cycle de vie sous forme de hachis de boeuf.

Lorsque je me remets en marche, je sais que je ne vais pas aller bien loin, au vu de la situation avec mon dos.
Sur les conseils d'un marcheur que j'ai croisé plus tôt dans la journée, je m'arrête à la prochaine ferme, la ferme Belle Femme, et je demande si je peux planter ma tente dans une des prairies de la propriétaire. Françoise me répond que les prairies sont toutes occupées par des chevaux, et me propose gentiment de m'installer sur l'étendue d'herbe à côté du parking.
Je trouve ça très généreux, et je suis heureux de soulager mon dos du poids du sac. Je prends un anti-infla le soir avant de me coucher, en espérant que ça fasse de l'effet.

J4 | Berinzenne - Stavelot | 10km

8h30 réveil.
Je m'active pour être le plus vite parti, car j'ai quand même un peu peur d'être repéré par un garde forestier. Il faut dire que je suis dans une zone particulièrement sensible, qui n'est autre que la source de l'eau de Spa. Le site est protégé, et les interdictions de camping à répétition bien visibles le long des chemins. En conduite raisonnée cependant, je quitte le lieu sans la moindre trace derrière moi, comme d'hab.

Cette nuit je ne faisais vraiment pas le malin dans ma tente. Je n'étais pas rassuré...
Il a plu en continu à partir de 2h du matin. Si j'ai dormi 6h c'est beaucoup. C'est d'ailleurs toujours sous la pluie que je replie mes affaires, ainsi que la tente, trempée.

L'étape est cependant très belle. Soit ça monte, soit ça descend, donc beaucoup de dénivelé. Suite aux fortes pluies de la nuit, plus celles qui sévissent encore en ce moment, les chemins servent de lit à rus et ruisseaux.

Arrivé à Stavelot, la pluie cesse et laisse place à quelques timides éclaircies.
Je me dirige vers un camping situé à 1km du centre de Stavelot, le long de la rivière. Je paye 11 euros pour la nuit + une douche. Je trouve ça vraiment cher, surtout que la douche (chaude) dure à tout casser 3 minutes!

La nuit est très froide et très humide. Le camping est plongé dans une espèce de nappe de brume immobile. Le ciel est complètement dégagé, et la lune presque entière, est aveuglante.

J3 | La Reid - Berinzenne | ~13,5km

Quel réveil magique: L'herbe est humide, le ciel est bleu, et le soleil se lève tout doucement. Que demander de plus? Ha je sais, de l'eau ( https://www.youtube.com/watch?v=_kl8r2nkLFY )!! En effet je suis à sec, plus une goutte même pas pour le café.
Heureusement, le robinet des toilettes de l'école de la Reid (juste de l'autre côté de la grand route) n'a pas été difficile à convaincre pour remplir mon camel bag et ma gourde. Il m'a suffit de le tourner.

Bon, aujourd'hui je me dirige vers Spa. En effet, il n'y a pas beaucoup d'autres choix dans la direction SSE pour que je puisse me ravitailler en vivres!

Peu avant Winamplanche, alors que je mange quelques noisettes fraîchement cueillies au bord de la route, une voiture s'arrête à ma hauteur. C'est l'ami Simon, qui faisait partie du groupe de la veille! Merci Simon, c'est vraiment super sympa de ta part de t'être arrêté pour me souhaiter bonne continuation!

Sur le boulevard qui mène à Spa, à l'entrée de la ville, un vieux bonhomme me lance un "bonne route" du pas de sa porte. Je m'approche, et l'écoute me raconter ses histoires de randonneur, lui qui a sillonné l'Europe à pied jusqu'il y a encore 11 ans, lorsqu'il fit une thrombose. A cause des séquelles, il est aujourd'hui limité à une dizaine de kms/j.
Il me parle du GR5 qui passe par Spa et file vers les sud. Ca me donne des idées!

Vingt minutes plus tard, j'achète le guide du GR5 à l'office du tourisme de Spa. Les villes parcourues sont, notamment, Stavelot, Vielsalm, Burg-Reuland, et ensuite le Luxembourg, ce qui correspond parfaitement à la direction je voulais prendre! Pour info, le GR5 se termine in fine à Nice!

Après m'être ravitaillé dans un magasin bio et dans une boucherie, je passe par la pharmacie afin d'y peser mon sac: 22kg! Et qui est-ce que j'aperçois au comptoir, la vétérinaire de Nala! Quelle coïncidence.

C'est donc sur le GR5 que je quitte Spa. Ca monte sec. Le chemin s'enfonce dans un bois en longeant un ruisseau. Je profite du ruisseau pour ENFIN me laver, et faire une petite lessive. Avec du savon biodégradable attention!

Arrivé dans les Fagnes de Berinzenne, je cherche un endroit pour poser ma tente. Dans ce but précis, je m'aventure dans un coupe-feu jusqu'à ce que je tourne la tête à gauche et tombe nez à nez avec 4 sangliers. Le temps que ma vision se mette au point, et les 4 compères détallent et s'enfoncent des les bois. Je fais demi-tour et regagne le chemin.

Je tente cet endroit: à 30m du chemin, au coin d'une fagne, un tapis d'herbes basses. Le terrain est fort retourné aux alentours (l'oeuvre de sangliers), mais tant pis j'y reste.

Le soir au menu: Oignon, bolet, boudin blanc à la poêle et pâtes grecques sauce Napoli à la casserole. J'ai la panse bien tendue!

Il est 23h au moment où j'écris ces quelques lignes au chaud dans ma tente, et cela fait dix minutes que j'entends le brame presque continu des cerfs qui, à en juger par l'intensité, ne doivent pas se trouver bien loin. C'est assez impressionnant!

J2 | Banneux - La Reid | ~ 10,5km

Je suis réveillé par le bruit de la circulation sur la nationale Theux-Sprimont, et j'ai du mal à croire qu'il est déjà 7h du matin. L'obscurité étant levée, je gagne en sérénité ce qui me permet de me rendormir jusque 9h (et grâce aussi à mes écouteurs qui font office de boules quies).
A 9h30 je prends mon café tout en me dégourdissant les jambes sur le chemin forestier. Quel bonheur!

Il est 11h, et je démarre direction La Reid, après avoir replié ma maison.
A l'image de la veille, j'adopte une allure plus que modérée, et je me réhabitue à la marche avec bâtons. Je me dirige vers le SSE, à l'aide de ma boussole et d'une carte routière de la province de Liège, histoire de pouvoir me situer grossièrement.
Les pauses que je fais sont légion: jeter un oeil à la carte et à la boussole, contempler le paysage,...

Je passe devant le parc forestier, ce qui me donne l'occasion d'entendre le brame du cerf.

Dans les bois qui mènent à Becco, je m'arrête à l'entrée du prairie, à quelques encablures d'un ruisseau.

Je m'arrête à la pharmacie dans le village de La Reid afin de remplir ma gourde d'eau. Un petit kilomètre plus loin, dans la montée, j'interpelle ce vieux monsieur occupé à renforcer les clôtures d'une praire, en quête de suggestions quant à un bon endroit où je puisse installer la tente. Il me recommande le parc du maquisard, au commet de la côte dans le tournant. Comme on engage la conversation, il m'informe que la prairie devant la quelle on se trouve appartient à son fils, agriculteur. Au fil de la discussion, j'apprends également que mon ancien voisin Jean Gotta n'est autre que son frère défunt.
On enchaîne ensuite sur la place de l'agriculture sensée et raisonnée dans notre monde moderne, et celle de l'agriculture de masse à rentabilité maximale.
Je lui glisse mon intérêt de faire un stage dans une ferme afin d'apprendre le métier, et il me dit que je peux contacter son fils en lui disant que je viens de sa part. Le hasard fait bien les choses!
Je trouve souvent très intéressant d'entendre l'avis des anciens sur des sujets de société, et je redouble d'attention lorsqu'ils me partagent leur expérience.

Arrivé au parc, je rejoins trois jeunes assis autour des restes d'un feu éteint en train de fumer un petit extra.
A peine partis, quatre autres débarquent. Même procédure.
Viennent s'ajouter une dizaine de jeunes de l'internat d'en face (école de la Reid), avec quelques bières. C'est le QG ici!

Je m'absente le temps de monter la toile, et je reviens autour d'un feu allumé et d'une bonne binouze!

Je passe une très bonne soirée, en bonne compagnie. Je dois avouer que j'ai été surpris, et à la fois ému, par l'Amour Universel que ces jeunes ont à partager. Le potentiel qui sommeille en chacun d'eux et qui, je leur souhaite, jaillira un jour, m'a impressionné!

Je suis reconnaissant à la vie pour les rencontres que j'ai faites aujourd'hui, et les moments enrichissants que j'ai vécus :)

J1 | Goffontaine - Banneux | ~ 7km

Départ de chez mon padre, vers 17h. Il fait beau, il fait sec, yes!

Première constatation: mon sac est fort lourd (~21kg)!

Ca monte très fort pour sortir de Goffontaine par les bois. Je me trouve rapidement en sur le sommet de la colline en face de Goffontaine village, de l'autre côté de la vallée de la Vesdre.
Un peu plus loin, je vois des flèches jaunes indiquant un chemin. Serait-ce Conpostelle? Je l'emprunte.
J'arrive à Banneux, où je m'entretiens avec Notre-Dame au sanctuaire.

Je prolonge ma route d'un petit kilomètre en direction de La Reid, à travers les "Fagnes de Banneux". Je m'arrête en bordure du chemin forestier, dans un bosquet de hêtres et de chênes afin de poser ma tente. Dans la foulée, je m'initie à l'utilisation du réchaud, et je me prépare des pâtes grecques à l'huile d'olive agrémentées d'un oeuf en toute fin de cuisson! Miam!

Vers 22h, je sors un moment de la tente et constate que l'activité lumineuse alentour reflétée sur la couche de nuages produit assez de lumière à travers le bosquet pour que je puisse distinguer la végétation sur plusieurs mètres!

Ma première nuit en tente est plus qu'agitée. Le sol sous mon matelas en mousse n'est pas fort plat, et je découvre qu'il y a beaucoup de petit bruits la nuit en forêt... Notamment ces glands qui n'arrête pas de tomber en cette saison.