jeudi 19 octobre 2017

J23 | Luxembourg - Mulhouse

Ce matin c'est moi qui réveille tout le monde dans la chambre à 6h15 car Dries et Assan, mes deux nouveaux amis marocains, sont des "lève-tôt".
J'ai assez bien dormi cette nuit!

On prend le petit-dèj ensemble dans la cafétéria de l'Auberge, et Assan me fait trop rire. Notamment, il me sort cette phrase, dubitatif, et avec tout le calme et la patience qui le caractérisent, "Regarde les gens ici, certains, on dirait ils ont pas dormi".

Ils sont tous les deux géniaux, chacun dans son style. 
Hier soir c'est avec Dries que j'ai beaucoup parlé, ou plutôt que j'ai beaucoup écouté. Je lui ai posé quelques questions sur l'Islam, la Tradition, le Coran, et davantage ensuite lorsque je remarquai qu'il était sensible à mon intérêt. Il a pris le temps de détailler ses explications, même si parfois certains concepts sont difficiles à traduire littéralement de l'arabe au français. D'ailleurs j'imagine la difficulté pour moi d'apprendre l'arabe (nouvel alphabet, nouveaux sons, écrire de droite à gauche,..) et donc également la leur d'apprendre le français. Ils apprennent les bases étant petits ceci dit, le français étant la deuxième langue au Maroc.

J'en ai appris un rayon sur la religion musulmane, et qui plus est par un pratiquant. Voilà ce que j'ai retenu dans les grandes lignes:
- La tradition Halal consiste simplement à prononcer une prière (ou invocation) et tourner la tête de la bête vers La Mecque, avant de l'égorger. Les deux seules différences par rapport à la méthode "de chez nous" sont donc celles évoquées ci-dessus.
- Les cinq "obligations" de tout musulman:
1) Reconnaître qu'il n'y a qu'un seul Dieu (après tout pourquoi y en aurait-il plusieurs? Nous ne sommes plus au temps des Grecs :D) et que Mahomet (comme on le prononce en français) est son messager (prophète).
2) La prière cinq fois par jour. D'ailleurs à ce propos, petite anecdote: La veille vers 7h du matin, dans la chambre, j'entends un homme murmurer quelque chose dans une langue étrangère. Ayant très mal dormi et étant du coup d'humeur très moyenne, je me dis "Quelqu'un se permet de parler au téléphone à voix haute à 7h du matin alors que tout le monde dort? No Fu*&?'^ Way!" Je relève la tête et je vois qu'en fait il fait sa prière du matin, sur son tapis. Lorsque je me lève une heure plus tard, je prends ma boussole et vérifie l'orientation qu'avait le tapis. SSE, donc bien dirigé vers la Mecque. Pratique d'avoir une boussole avec soi!
3) "L'Aumône". En gros, c'est une sorte de prélèvement sur la richesse, de 2,5%, qui est destiné aux plus démunis.
4) Le jeûne du Ramadan, of course.
5) Le pèlerinage vers La Mecque.

A prendre avec des pincettes ce que j'ai écrit ci-dessus, c'est juste ce dont je me souviens.
A propos de mon ressenti maintenant: J'ai vraiment beaucoup aimé apprendre sur cette religion. C'est tout nouveau pour moi, et maintenant je me dis que j'ai 26 ans et que je viens seulement d'apprendre les bases d'une religion pratiquée dans le monde entier, de l'Afrique à l'Indonésie en passant bien sur par l'Asie (surtout l'Inde). Comment puis-je comprendre le monde si je ne comprends pas le langage (j'entends au sens large ici, i.e. les croyances) parlé par un quart de la population mondiale?

Au travers des récits de Dries, je trouve que l'Islam est une religion bien tolérante à différents égards. Notamment, elle reconnaît l'existence de tous les messagers ayant existé, Moïse, bien sur Jésus, et beaucoup d'autres jusqu'à Mahomet, qui selon le Coran est le dernier des prophètes (env. 600 ans après J-C). Je ne sais pas si le christianisme reconnaît autant de messagers.
Dries me parle aussi du port du voile, des mariages, etc. Chaque homme peut avoir jusqu'à quatre femmes si j'ai bien compris. Par contre, il ne peut avoir des rapports intimes avec l'une d'elles qu'une fois marié. Une des effets du port du voile, entre beaucoup d'autres, c'est que les hommes ont moins de tentations pour d'autre femmes que la ou les leur(s), ce qui limite donc la tentation de "tromper".
Ha oui tiens, petit parenthèse qui n'a rien avoir avec la religion: en parlant de viande, de porc etc, Dries m'apprend qu'en France, la loi exige maintenant que toute bête soit tuée dans un abattoir agréé, pour des raisons "d’hygiène, de traçage etc". Fini le boucher ou l’éleveur qui peut faire ça à l'ancienne. Heureusement que la FSCA est là pour nous protéger, pour veiller sur la santé du troupeau, sans ou plutôt avec mauvais jeux de mots! Je me demande bien comment ils faisaient dans le temps... Les pauvres...! Pour rester dans le sujet, la dernière fois que je suis allé manger au Vieux Cerexhe (en compagnie de ma marraine et mon tonton adorés, coucou vous deux :D), le patron nous confiait avec mépris qu'il n'a maintenant légalement plus le droit de sortir la viande 15 minutes avant de la cuire pour "des questions d'hygiène", malgré le gain en goût et texture que ça apporte. Encore une fois, je pose la même question qu'au dessus :) Ceci dit quand on sera tous aseptisés et qu'on mangera des pilules  alimentaires ou de la nourriture produite par des machines 3D on aura plus de soucis à se faire au niveau hygiène! Que c'est beau le pouvoir de la pensée positive.

Trêve d'ironie maintenant...
Donc voilà en somme, échange très intéressant avec l'ami Dries!
Pour clôturer, il me parle enfin du jugement dernier, jugement auquel chaque homme sera confronté à la fin de sa vie. Je lui demande si le terme "jugement" est bien employé tel quel dans le Coran. Il me dit que oui, et me demande pourquoi je pose la question. Je lui explique alors que je pense que le seule personne qui peut nous juger, c'est nous-même. Jésus n'a t-il pas dit "Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé", encore une fois cela invoque le principe Action-Réaction, tout comme "On récolte ce que l'on sème". Jésus est donc le dernier être à vouloir juger les hommes. Et comme c'est un messager, probablement que Dieu non plus ne juge pas.

Assez parler de religion, ça fait déjà beaucoup.
Je me trouve à la bibliothèque de Dudelange, et j'ai la chance que cette dernière mette gratuitement des ordinateurs à disposition! J'attends que Dries et Assan terminent leur ouvrage, avant de prendre la route début d'après-midi normalement.

Take Care :)


mercredi 18 octobre 2017

J22 | Luxembourg (repos)

J'ai très mal dormi, peut-être 3 bonnes heures. On est à 5 dans la chambre et ça me change de la totale quiétude de la tente.

Moment insolite au petit-déjeuner:
Une jeune hollandaise, Esther, s'invite à notre table, celle de moi et Christian, un retraité belge qui visite du pays et que je viens tout juste de rencontrer. Elle a fait des études dont je ne me souviens plus le nom pendant trois ans en Californie. Elle nous raconte qu'elle a rencontré Dieu et que maintenant Il vit en elle. Elle nous confie encore qu'elles a déjà assisté à des miracles grâce au pouvoir de la prière. Elle sert en quelques sortes d'intermédiaire entre Dieu et les hommes. Les miracles sont parfois instantanés ("petits bobos"), parfois le fruit d'un processus répété, notamment de prières.
Elle se concentre assez vite sur Christian, en lui demandant si il a des problèmes de dos. Il lui dit que non, mais qu'en revanche il a des problèmes de tension. Lorsqu'elle lui propose de faire une prière avec/pour lui, Christian lui demande plutôt d'en faire une pour son fils qui est schizophrène.  Elle demande pour en savoir plus avant d'agir. Christian devra interrompre sa narration, submergé par l'émotion. Elle procède finalement à la prière, me demandant de traduire de l'anglais au français.
C'est un moment très intense, et je dois dire assez particulier.

Je me lande à la poursuite de l'AS aventure de la ville, qui, heureusement pour moi lui ne bouge pas, ce qui facilite grandement mes recherches.
J'achète deux contenants ultra légers en plastique pour éviter de me trimbaler avec des récipients en verre (huile d'olive, sauce pour pâtes,...) dans mon sac, trois barres aux fruits et une brosse pour mes chaussures. Cependant, je reste trois heures dans le magasin. Je suis très bien renseigné par Mickael qui, ça ne s'invente pas, revient tout juste d'une randonnée d'une semaine dans les Alpes Suisse en totale autonomie qu'il a faite avec un ami. Il me rassure sur la pratique du bivouac en Suisse, et me dit que les Suisses sont géniaux et très tolérants en la matière. Je profite d'innombrables conseils de la part de cet aventurier confirmé. Il a notamment le projet de faire le prochain Pékin Express.
C'est une aubaine pour moi. On jette un œil ensemble sur les cartes topographiques de la bibliothèque du magasin, et finalement on dévie complètement sur des fantasmes d'aventurier.
J'ai ultra bon de me trouver là, j'adore cet endroit. Aussi bien en Belgique qu'ici, je suis généralement renseigné par des gens qui vivent d'aventure autant qu'ils le peuvent, et sont donc de très bons conseillers d'un point de vue pratico-pratique.
Mickael me donne également des conseils sur comment utiliser et entretenir au mieux mon matériel, notamment les chaussures et le sac. Mine de rien, ça a beau être du matos de top qualité, si c'est mal entretenu ça peut très vite se dégrader et rendre l'âme beaucoup trop tôt.
Je me laisse complètement aller à des idées de projets farfelus en parcourant la bibliothèque.
Chose très amusante, avant de partir je lui demande s'il a un collègue qui est actuellement en Russie. A Vielsalm, j'étais tombé sur la maman d'un type qui travaille chez AS aventure au Luxembourg (je ne savais pas où) et qui est actuellement en Russie. Mickael voit très bien de qui il s'agit, et me dit que c'est un fou furieux de ce genre de projets, selon ses termes. Il me demande ensuite comment je suis au courant et je lui raconte l'histoire, hahaha!

De retour à l'Auberge, je cherche un ordinateur et reformule ma demande auprès de la réception, qui m'avait déjà répondu la veille qu'ils ne savaient rien faire pour moi. Je sens une pointe d'agacement chez le réceptionniste. Néanmoins, il me parle d'un cybercafé près de la gare, à l'autre bout de la ville. Je le remercie, mais n'ai nullement l'envie de ressortir. Pourtant j'ai vraiment envie de profiter que je suis encore dans la ville pour poster sur le blog! Je ne sais pas pourquoi mais je sens qu'il faut que je prenne patience et je suis très confiant que je vais bientôt trouver un pc de libre. Je décide donc entre temps d'aller nettoyer mes chaussures. En arrivant dans la chambre, qui est-ce que je vois, un nouvel arrivant, Thomas. Et qu'y a-t-il sur son lit, oh un ordinateur portable.
Il est belge, on discute blablabla, et il me dit qu'il travaille de 17h30 à 23h et que je peux utiliser son pc dans cette plage horaire. Elle est pas formidable la vie? Comme si c'était écrit, hein!

Alors maintenant je suis en train de publier mes notes etc.... Et je me demande si les deux types que j'ai rencontré hier soir vont finalement revenir ce soir et repartir le lendemain sur Mulhouse. Auquel cas ils sont d'accord de me prendre avec. Ce sont deux travailleurs, marocains, qui sont sur un chantier en ce moment au Luixembourg. Le chantier prend un peu plus de temps que prévu, mais ils n'étaient pas certains de revenir ce soir à l'Auberge. Si tout se passait bien aujourd'hui, ils auraient fait la route le soir.
Toutefois, j'avais décidé ce matin que je prenais ma chance et que je restais la journée. Et les voilà qui rappliquent à l'instant! Great, j'ai mon ticket pour me rapprocher déjà fameusement de la Suisse demain!
Ce soir c'est spaghettis aux moules sauce safran... Mon dieu ça peut être bon!

Donc voilà mes dernières notes pour le Luxembourg. A partir de la Suisse je ne sais absolument pas comment ça va se présenter (accès à internet?..). J'aurai un nouveau numéro de téléphone probablement, donc ne vous étonnez pas si vous tombez sur la messagerie de mon numéro actuel. Si vous désirez entrer en contact, Martine, Alain, Flo et Ro se feront certainement un plaisir de vous partager mon nouveau numéro le cas échéant :)

D'ici là, Ciao!

J21 | Greiveldange - Remich - Luxembourg | 6.6km

Je prends mon café et déjeune d'une banane assis sur un banc qui a vraisemblablement été clandestinement sur le toit d'un petit bâtiment des eaux. Un talus herbeux en pente permet d'accéder facilement au dit toit par l'arrière du bâtiment.
Depuis ce banc, j'ai une vue plongeante sur une dizaine de kilomètres de terre devant moi, dont la Moselle juste en contrebas, une centaine de mètres plus bas en altitude.
Je suis en train d'assister au lever du soleil. J'ai de la chance, car je me trouve juste au dessus de la nappe de brouillard. Le spectacle est grandiose, et en plus gratuit. En fait, je réalise que je n'aurais moi-même pas pu inventer un meilleur scénario!

John est un fan de rando. Je fais sa rencontre lorsqu'il me salue depuis son seuil, alors que je m'engage dans la descente qui mène à Stadtbredimus (je trouve aussi que c'est un nom amusant).
John s'écrit à l'anglaise, et se prononce comme la couleur jaune en français. Ca ne s'invente pas, il possède une voiture jaune, comme il me le confie sur le ton de la rigolade.
Il m'apprend que du côté allemand de la Moselle existe une randonnée d'environ 300km, la Moselsteig, qui rallye Schengen à Koblenz et qui tantôt longe le fleuve, tantôt traverse les vignobles.  Cette promenade a même été élue "plus belle promenade du monde" une certaine année.
John m'offre spontanément deux œufs durs, une banane, une orange, et deux pommes. Je le remercie et poursuis mon chemin.

A mon sens, la marche est le plus beau moyen de découvrir une région, un pays. Un autre aspect de la marche que j'adore, c'est voir son évolution physique. Des efforts qui me paraissaient surhumains au début, me semblent être une formalité deux semaines ou un mois plus tard. C'est une preuve parmi tant d'autres du potentiel humain inimaginable et illimité, même si malheureusement et encore une fois à mon sens, il s'entête souvent à limiter son pouvoir et vivre au sein des limites qu'il s'est lui-même fixées.

Arrivé à Remich, je triche et prends le bus qui va à Luxembourg. Le trajet coûte deux euros. Le gouvernement luxembourgeois a manifestement tout compris en matière de transport public.

La vieille ville de Luxembourg est adorable, entourée d'un grand parc qui se trouve en contre-bas. Du parc au pourtour de la ville s'élèvent d'immenses remparts, jadis gages de sécurité. La ville a une histoire très riche et vieille de plus de 1000 ans! Le pays du Luxembourg abrite environ 600 000 habitants, dont 115 000 vivent dans sa capitale. Selon ce qu'un employé de l'Auberge de Jeunesse me rapporte, 160 000 travailleurs frontaliers envahissent chaque jour le pays.
A noter qu'il faut compter 4.3 euros pour une bière pression en terrasse, 33cl, dans la vieille ville.

Je me rends à l'Auberge de Jeunesse. En souscrivant à la carte membre, le nuit me revient à 21 euros, petit-déjeuner inclus. Pour 9.9 euros, on a droit au menu du jour. Salade-bar et soupe du jour à volonté, et ce soir en plat principal ce sont des bouchées à la reine. S'en suit un dessert. C'est excellent et réellement démocratique!
L'association Youth Hostel est une asbl implantée mondialement. Avec ma carte de membre, je bénéficie de réductions aussi bien en Europe que partout dans le monde, des Amériques en passant par l'Australie.

J20 | Grevenmacher - Greiveldange | 20.5km

Peu avant 8h30, je suis déjà en route.

Je me sens en forme, malgré m'être réveillé vers 4h du matin par la bruit de l'autoroute (ou le froid je ne sais pas exactement; ou bien les deux tiens).

Arrivé au centre de Greiveldange, je me renseigne auprès de cet homme d'un certain âge qui vient récolter son courrier pour une épicerie et une boulangerie. On discute un peu et il me fait remarquer que le GR passe par Schengen, ce petit village situé à la rencontre des trois frontières (GER-LUX-FR) et qui fut le témoin de la signature du fameux contrat Européen du même nom. Je ne savais pas du tout que Schengen représentait un lieu! Le choix de ce dernier a bien sur une signification symbolique.

Une fois ravitaillé, je prends de la hauteur et me retrouve rapidement encerclé par des vignobles.
Il faut attendre 11h30 cette fois pour que le soleil triomphe du brouillard. Et là, c'est magique. Je me trouve sur la partie haute des champs de vignes qui eux-mêmes surplombent le fleuve. La vue est dégagée sur 180° et je contemple l'immensité de cette vallée baignée de soleil.
Les vignes s'étendent à perte de vue.
De nombreux travailleurs s'attèlent à l'entretien des parcelles ainsi qu'à la taille des vignes. Il reste encore des grappes de raison bien mûr, blanc ou rouge, et je ne m'en prive pas!

D'innombrables petits lézards s'agitent sous la maigre végétation qui recouvre les talus les plus exposés au soleil lorsque je passe. Les sols calcaires et fertiles sont propices à l'épanouissent de la vigne. Les romains tiraient déjà profit de ces sols à l'époque. N.B: Trèves (Trier) étaient d'ailleurs une capitale très importante de l'Empire Romain.

L'itinéraire visite régulièrement des villages situés au bord du fleuve pour remonter aussitôt en haut des vignes si bien que le dénivelé total est non négligeable.

Je m'arrête au milieu des vignobles pour pique-niquer. Je suis émerveillé par le spectacle. Une quiétude souveraine règne ici. Le contraste des couleurs est saisissant, entre le bleu du fleuve, les villages, et les vignes aux reflets vert, jaune, pourpre, ou encore brunâtre. La fraîcheur de l'eau qui se trouve une cinquantaine de mètres plus bas ainsi que les senteurs chaudes qui émanent des champs de vigne forment un cocktail qui éveille merveilleusement bien mes sens olfactifs, lorsque je respire à pleins poumons. A défaut de vin, c'est cet instant que je déguste.
Je ne m'attendais pas à être aussi impressionné par cette vallée, cette région. Je me sens très inspiré.
Les températures sont également excellentes, chaudes même. D'ailleurs je vérifie tout de même mon calendrier et oui, effectivement, c'est bien juste nous sommes dans la deuxième moitié du mois d'octobre.

C'est la deuxième fois que je passe les 20km. J'en suis satisfait.

Enfin vers 17h30, j'approche de l'endroit sur la carte où je me disais plus tôt dans la journée que je pourrais bien y trouver un endroit pour camper.
Alors qu'un long méandre du fleuve s'engage vers la gauche, le chemin prend un raccourci et coupe tout droit. A l'approche du sommet d'une bute, un grand verger ouvert et inoccupé se trouve sur ma droite. Pas d'habitation où demander la permission; j'y vais.
A ma gauche, la vallée, que j'aurai côtoyée toute la journée. A cette heure-ci, elle est mise en valeur par le coucher du soleil, qui donne à la roche un teint orangeâtre. C'est grandiose. Une très belle image pour clôturer la journée.

Pour les amateurs de gastronomie, ce soir c'est riz sauce aigre doux. Veuillez prendre réservation avant 16h si le menu vous intéresse pour des questions pratiques.

J19 | Moersdorf - Grevenmacher | 20.3km

Je passe une très bonne nuit, réparatrice.

Très vite je m'égare du GR. Grâce aux cartes topographiques du guide, je me repère assez rapidement et rejoint le << rouge et blanc >> à peine un kilomètre plus loin
Il arrive souvent que le balisage soit manquant, ou bien que les balises ne correspondent plus au guide, ce dernier ayant été publié antérieurement à d'éventuelles modifications faites sur l'itinéraire.

Je rejoins la vallée et longe la Sûre sur quelques kilomètres avant que celle=ci ne se jette dans la Moselle. Arrivé dans la vallée de la Moselle, le brouillard se lève et laisse place à un soleil qui ne me quittera plus de la journée.

Le chemin s'aventure maintenant dans les terres, dans des bois vallonnés et denses, et je perds le fleuve de vue.

Je me contente d'amandes, de graines de courgettes, d'une barre de massepain (merci Jeanine!) et d'une pomme à midi.

J'hésite beaucoup pour l'emplacement de la tente le soir approchant. Je sors finalement d'un bois et tombe sur un chemin à ma gauche qui sépare le bois d'une prairie.
Bien que je rencontre quelques difficultés à enfoncer les piquets qui tendent la toile à cause de la très fine couche de terre qui recouvre un sol très rocailleux, ça fera l'affaire.
Le seul petit bémol, je me trouve à 200m à vol d'oiseau de l'autoroute.

J18 | Echternach - Moersdorf | 18.6km


Si j'ai dormi 4h cette nuit c'est beaucoup.
Mon camarade de chambre ronflait tellement fort que les personnes des chambres voisines auraient pu éventuellement porter plainte.

A 7h je fais mon sac et vais profiter du petit-déj inclus. J'utilise encore l'ordinateur pour faire deux trois petites choses.

Il est 10h lorsque je quitte l'auberge pour aller au supermarché luxembourgeois Cactus pour y faire mes courses pour le soir, après quoi je prends enfin le chemin du GR5.
Un épais brouillard enveloppe la ville ainsi que toute la vallée. Le terrain est toujours aussi accidenté que les jours précédents, avec des rochers et des gros cailloux dans tous les sens dans lesquels sont parfois taillés des marches d'escalier afin de franchir les obstacles. En milieu de parcours, je laisse les gorges définitivement derrière moi.

La rosée du matin met joliment en évidence les nombreuses toiles d'araignée alentour. Elles brillent. On dirait même qu'elles émettent de la lumière blanche pure. Souvent, des fils ont été tissés (je me demande d'ailleurs bien comment) d'un côté à l'autre du chemin ou de la route (mesurant dans ce dernier cas plusieurs mètres de long) à hauteur d'homme. Au fur et à mesure que je les franchis, les filaments s'accumulent donc sur moi de la tête aux pieds. C'est assez insolite.

La compagnie d'hier m'a fait du bien, et me donne de l'énergie. En parlant de compagnie, c'est le soleil maintenant qui m'a rejoint, étant enfin parvenu à dissiper puis chasser ce brouillard extrêmement dense qui régnait en maître depuis tôt le matin. Le ciel est bleu azur. Ca me change la vie de marcher dans le soleil, c'est excellent.

Je vais acheter un sandwich dans une station essence et m'assied sur une petite place baignée de soleil pour le manger. Ca me remonte le moral une belle après-midi pareille.

Arrivé à Moersdorf je me mets en quête de trouver un endroit où passer la nuit. Juste en amont du village, au milieu d'un sentier qui monte fort dans les bois, un étage tout plat de hautes herbes et de mousse généreuse s'offre à moi. Parfait!

samedi 14 octobre 2017

J17 | Grundhof - Echternach | 11,7km

Réveil 7h, départ 8h30 après un bon petit-dej: Dos bananas y un pan multicereal.

Les efforts sont particulièrement coûteux aujourd'hui.

Le décor est par contre magnifique. Le sentier longe des falaises de grès sur plusieurs kilomètres dans les bois. Les falaises sont immenses. Je devrais d'ailleurs les appeler Gorges à en croire les commentaires écrits dans mon guide. De majestueux et manifestement très vieux hêtres ont pris possession des bois. Le lieu a des allures mystiques. Des voies d'escalade ont été ouvertes par endroit sur les parois verticales de grès.
Le site doit avoir une certaine notoriété puisque je rencontre pas mal de monde sur les sentiers.

Je fais la connaissance de deux hollandais quinquagénaires. Ils font une rando de 3 jours dans la région avant de go back to the office dans la foulée. Dans leur jeunesse ils ont fait des trails en Norvège, Suéde, avant tout le matériel nécessaire à une autonomie quasi totale.

Dans la descente vers Echternach je tombe cette fois sur Jeanine et Noelle, deux françaises de la Moselle, quinquagénaires également et qui visiblement passent du bon temps entre amies. Elles sont très avenantes et sympathiques si bien qu'on continue à discuter tout en se rapprochant du centre ville d'Echternach. Echternach est une petite ville, une des plus veilles du Luxembourg paraît-il. Certaines traces de cet âge avancé qui impose le respect sont encore présentes dans le centre, comme l'Abbaye ou bien les ruines d'anciens remparts.
Arrivés en ville, elles me proposent de les accompagner pour aller boire un verre. On s'installe à une terrasse et elles, fidèles à leurs habitudes, prennent un verre de vin blanc. Quant à moi, fidèle à mes origines, je m'engage pour une bière blonde locale, la Battin. Et ben franchement, il mérite d'être goûtée!
On discute de tout et de rien. sans retenue. Elles sont fans de notre pays, de l'accueil général en Belgique, et de l'humour belge. Elles m'apprennent que pendant leur jeunesse elles avaient grande habitude de faire du stop lorsqu'elles voyageaient, pour aller en vacances par exemple. C'était en fait une pratique courante que de faire du stop sac à dos chez les jeunes à l'époque, l'époque hippie comme elles la nomment.

Elles continuent leur route, et je reste à Echternach. L'ambition de mon après-midi est de trouver un PC pour pouvoir publier mes notes etc.
A ces fins je trouve l'Auberge de Jeunesse, qui dispose d'un ordinateur en libre utilisation.
Après être passé par la poste délester quelque matériel, dont des livres déjà lus (j'ai particulièrement aimé Les Dieux Voyages Toujours Incognito, de Laurent Gounel), je passe donc mon aprèm et mon début de soirée au clavier.

L'auberge est soit dit en passant très classe, très moderne. Elle est située au bord du lac, loin de toute agitation.

Je partage ma chambre avec un Grec, la quarantaine, qui exerce en ce moment son métier d’électricien sur un chantier dans la région. On converse en anglais, pas en grec, et j'en apprends un peu sur la Grèce. Il me confie ses impressions sur le Luxenbourg. Il ne dort que quelques heures par nuit, et se lève à 6h.

Le soir je me rends de nouveau dans le centre, à pied forcément, pour aller manger un morceau. Je n'y crois pas mes yeux, la ville est littéralement décédée. On est vendredi soir, et il y a plus de chats dans les rues que de personnes. Par chance je trouve une brasserie sympa, encore ouverte sur le coup de 21h, et qui fait des hamburgers. La Battin à la pression passe toujours aussi bien.