jeudi 2 novembre 2017

J31 ¦ Linthal (630m) - Urnerboden (1345m) ¦ 15,2km ; 1180m+ ; 465-

Un aspect de mon voyage que je découvre et que je trouve intéressant c'est la débrouillardise. Avec relativement peu, je vais relativement loin et je fais relativement beaucoup. Une tente, un sac, un bon matériel, un peu d'argent, et un rythme de vie intense. Je prends réellement conscience du confort d'avoir un toit, une maison. Une pièce d'abord sèche, ensuite chauffée. Un matelas épais et moelleux. De l'eau courante à volonté. Quel luxe en réalité d'avoir de l'eau traitée et sur demande! Que dire de l'électricité? Je prendrai encore plus conscience du confort au court de cette journée et de la suivante.

Alors que je suis en train de replier ma tente, Christian sort sur son balcon et me propose de venir prendre le café. Je suis stupide, au début je lui dis que j'ai déjà déjeuné, puis je me rends compte que je suis stupide de faire semblant de refuser, et je lui dis que je le rejoins volontiers.

Finalement je déjeune une seconde fois en même temps que lui. Du pain, un fromage suisse bien salé et un sirop, c'est tellement bon.

Je reste deux heures à discuter avec Christian. La première moitié en allemand, le reste en anglais.
Christian est très croyant, chrétien. Il considère la bible comme étant la vérité, et lorsqu'il doit prendre une décision important et s'y réfère. Il me dit d'un ton amusé que son prénom prononcé en anglais veut dire "chrétien" en anglais.

On parle beaucoup de religions, de la bible, du coran, de Jésus et ses accomplissements et j'enchaîne là dessus en parlant de potentiel illimité, du pouvoir de l'hêtre humain. Je lui parle de la hollandaise que j'ai rencontrée à Luxemburg, et il me dit qu'il a déjà vu des miracles accomplis. Je cite une phrase de Jésus, pour rester dans le sujet, et qui dit texto "Ce que j'ai fait, vous pouvez aussi le faire". Je trouve cela vraiment interpellant car cela veut dire que nous pouvons aussi accomplir des miracles, probablement si nous sommes prêts à le faire et éveillés. L'assimilation de Jésus au commun des mortels n'a pas l'air de l'emballer. Jésus cependant ne souhaite pas qu'on le considère comme étant supérieur aux humains.

Christian installe un poêle à bois dans le chalet, voilà pourquoi il est ici en cette saison. Normalement il y vient en été et en hiver. Chaque saison offre ses plaisirs.
Le chalet est très simple et en même temps très accueillant. Le toit et les murs sont recouverts de lattes de sapin, et le sol revêt une moquette chaleureuse.

Ce petit-dej me met de bonne humeur. Je prends congé de Christian avec une pomme en cadeau.

Vers 13h il commence à pleuvoir fort et sans interruption jusque 19h.
Les rafales de vent viennent accompagner la pluie, sans doute pour ne pas qu'elle se sente trop seule.
La météo a très vite raison de ma bonne humeur.
L'après-midi est très pénible. L'intensité de la pluie conjuguée au vent fait en sorte que mon pantalon perce et devient une passoire. L'eau s'infiltre facilement par le haut de mes chaussures et à 15h j'ai des flaques dans chacune d'elles.
Ma consolation finalement, c'est qu'il ne fait pas trop froid, donc c'est supportable.

J'arrive enfin à Urnerboden vers 17h et vais me réchauffer autour d'un chocolat chaud dans le seul établissement ouvert dans ce village fantôme. En effet, la majorité de la population est paysanne et redescend plus bas dans la vallée avec les bêtes à l'approche de l'hiver. 
Le barman me dit que je peux probablement installer ma tente au milieu des ces bâtiments déserts en m'indiquant l'endroit par la fenêtre.
Par ailleurs il me renseigne aussi sur la météo qui sera clémente demain. Quel soulagement, car cela signifie que je suis en bonne position pour passer le passage de demain. Ca me remonte le moral.

Je pose ma tente et la pluie s'arrête comme prévu vers 20h.

J30 ¦ Elm - Linthal ¦ 16km ; 0m+ ; 450m-

A partir du versant sud de la veille, je suis dans le canton de Glarus.

J'ai magnifiquement bien dormi. Le petit dej est royal et les gens très sympas.
Aujourd'hui c'est le dernier jour pour lequel la météo est excellente.

J'ai initialement l'intention de couper l'étape du jour en deux parties. L'étape du jour est très difficile, encore plus que la veille, et j'ai besoin de me reposer. Ce soir, dans la station dans laquelle j'ai le projet de planter ma tente, je demanderai la météo pour demain et des recommandations sur la praticabilité du passage.

A peine sorti de l'hôtel, je passe devant une remontée mécanique et discute avec un monsieur. Je fais mine de chercher mon chemin en regardant les panneaux d'indication des randonnées, et voyant cela, ce monsieur me suggère de passer par l'office du tourisme qui se trouve apparemment juste en face.
Je sais très bien quel chemin je dois prendre, mais je prends son conseil comme un Signe, et je vais quand même à l'office.

J'informe la dame de mon projet. Elle passe un coup de fil puis me dit qu'il n'est pas idéal de vouloir dormir en tente à 1500m ce soir, car il y a 40cm de neige. Au vu de la quantité de neige hier à 1500m je suis très étonné, et j'apprends par la dame très patiente et très utile plein de chose sur la montagne, la météo, etc etc. Ensuite elle me dit que le Richtlipass (la suite supposée pour demain) est relativement dangereux car il y a beaucoup de neige et beaucoup de pierres ardoises qui sont très glissantes, et cachées par la neige.

Bon finalement je reste 1h30 dans le bureau et elle m'apprend plein de trucs sur la rando, la montagne etc. C'est super intéressant. Elle-même fait beaucoup de rando et est une grande voyageuse.

Bref, sur ses conseils je contourne la montagne par la vallée. Je fais les 16 premiers kilométres à pied jusque Schwanden,  d'où  je prends le train jusque Linthal. On a aussi regardé ensemble mon itinéraire jusque Altdorf et ça s'annonce plutôt bien.

J'arrive à 17h30 à Linthal. Le soleil est déjà caché par les montagnes. Ma pote de l'office du tourisme m'avait suggéré de passer par celui de Linthal pour demander pour un endroit pour dormir en tente, mais je ne le sens pas. Je sens plutôt le chemin numéro 1 qui m'appelle. En fait le chemin monte directement de Linthal vers une station de ski comme je peux le voir sur le guide. Je me dis qu'en prenant une centaine de mètres d'altitude, je devrais trouver des pâturages tranquillous où  je pourrai trouver un endroit pour dormir en tente.
En effet, une vingtaine de minutes plus tard je toque à la fenêtre d'un chalet au milieu d'un petit pâturage. Un type super sympa ouvre et me dit que je peux m'installer où  je veux dans la prairie. Magnifique! Le weekend passé, il a fait un sommet à 2700, il n'y avait pas encore de neige.

J'ai une superbe vue plongeante sur Linthal depuis ma tente. La lune est très belle et inonde la vallée de sa lumière, ou plutôt celle qu'elle emprunte au soleil. Les sommets à 3000m autour de moi me font sentir tout petit. J'adore regarder les étoiles et me rendre compte qu'elles sont infiniment lointaines, que notre univers est infiniment grand, et ce que j'appelle parfois des problèmes sont en fait infiniment petits.

Bonne nuit

J29 ¦ Weisstannen (1000m) - Elm (980m) ¦ 22km ; 1500m+ ; 1520m-

J'ai très peu et mal dormi. D'une part parce que j'appréhende l'étape du jour, et d'autre part car je ne sais pas  jusqu'où descendent les températures la nuit à 1000m.

Néanmoins je me sens en bonne condition physique lorsque je démarre à 7h15. Le ciel laisse apercevoir encore quelques étoiles. Ce n'est pas trop tôt, compte tenu des neuf heures de marche annoncées dans le guide auxquelles il faut ajouter les pauses, et une petite marge de sécurité.

Je pourrais écrire dix pages sur cette étape, tant elle fût difficile et chargée en émotions, mais je vais la faire courte.

Je commence sur un bon rythme de marche. Je suis déjà chargé en adrénaline.

Le soleil, d'abord caché par quelques voiles nuageux étirés d'altitude, perce rapidement.

Vers 1500 mètres apparaissent les premières traces de neige. D'abord sans conséquences, elles deviennent importantes et encombrantes vers 1800 mètres, altitude à laquelle se trouve un refuge, fermé. Tiens, juste à côté du refuge, je vois un bouquetin avec de longues cornes, qui d'ailleurs n'a pas l'air de se soucier de ma présence.
Quelques instants plus tôt, je photographiai une empreinte dans la neige qui ressemblerait bien à celle d'un ours! A l'office du tourisme le lendemain, on me confirmera que cette hypothèse est fort plausible.
En parlant d'empreintes, je ne vois pas d'empreintes de chaussures dans la neige ce qui, comme il a fait beau les deux jours précédents, peut laisser sous entendre qu'il n'y a pas eu de passage depuis.

Arrivé au dit refuge, je pensais sérieusement que l'ascension était terminée, et je n'en étais pas mécontent car j'estimais avoir eu mon compte physiquement. Comme l'altitude n'est pas renseignée dans le guide en fonction de la distance parcourue, je ne savais pas du tout quel dénivelé il me restait à faire. Mais je vois un panneau qui indique le passage à 1h10 du refuge. Je mettrai deux heures pour y arriver, ralenti par la neige qui m'arrive par endroits aux genoux. Je m'étais déjà égaré du balisage par mégarde plus tôt (grâce au guide je savais néanmoins dans quelle direction me diriger), mais à présent c'est sciemment que je marche en dehors du chemin. En effet le sentier est en quelques sortes aplati, creux, et propice à l'accumulation de neige, alors qu'à d'autres endroits se trouvent des hautes herbes ou bien des pentes plus raides, mieux exposées au soleil, et qui n'ont parfois pas de neige.
Mes bâtons sont très pratiques pour sonder la neige et prendre appui.

Alleluia je suis au passage à 2220m. Le plus dur est derrière moi. Le soleil tape très fort et le vent souffle très fort aussi. Je descends quelques centaines de mètres sur le versant exposé plein sud pour m'abriter du vent et trouver un endroit sec pour pique-niquer tranquillement et me reposer. Il est déjà 14h.
J'ai dépensé beaucoup d'énergie dans cette ascension, beaucoup plus que ce que je pensais, et j'ai vraiment la dalle comme on dit!
J'en profite pour faire sécher mes chaussures et mes chaussettes trempées au soleil. Les chaussures ne percent pas, c'est en fait à cause de la neige qui s'est introduite entre mon pantalon d'hiver et mes chaussures et qui a fondu sur le haut de mes chaussures et puis, la gravité faisant le reste, a rempli les chaussures. C'est la première fois que j'ai l'occasion d'utiliser ce pantalon d'hiver, et il m'a bien été utile.

Le panorama est grandiose, les montagnes sont majestueuses, impérieuses. Je mesure à présent leur puissance. J'ai aussi l'impression d'être au ski.

Pour la descente, je me laisse en partie glisser sur les fesses sur les grands bancs de neige (ce qui me fera perdre mon bonnet négligemment rangé dans une de mes poches), m'orientant tant que possible avec mes pieds et mes bâtons.

Par chance, la cuvette abouti sur quelques refuges et un relief plus bas, et également un chemin dimensionné pour les voitures (qui se termine aux refuges) et donc beaucoup plus praticable. J'avance maintenant beaucoup plus vite.

Le débit des cascades et torrents est a l'air important, probablement à cause de la fonte de la neige sous l'action du soleil.

Arrivé au gouffre de Elm, je m'empresse de trouver un hôtel et savoure ma soirée comme jamais!

J28 ¦ Sargans (600m) - Weisstannen (1000m) ¦ 12km ; 840m+ ; 440m-

Ca grimpe, ça grimpe. Je monte de 500m d'une traite pour arriver dans la vallée Weisstannental. 
Cette étape annonce les choses sérieuses, le vif du sujet, qui commenceront réellement demain.

Depuis que j'ai passé la frontière hier matin, je suis dans le canton de Sainte Galle, dont le chef lieu est la célèbre et chique ville du même nom.

A présent, le balisage change parfois de nomenclature, passant des losanges jaunes aux segments blanc-rouge-blanc. La première nomenclature indique des chemins de randonnée, et la deuxième des chemins de randonnée de montagne. Un niveau de difficulté les sépare.

Partout en Suisse l'eau de source est potable, sauf contre-indication. Comme vous le verrez notamment sur les photos, il y a plein de fontaines et sources d'eau un peu partout. Souvent plusieurs même dans un petit village.

Durant la matinée, je ne peux m'empêcher de fuir l'instant présent pour tenter d'évaluer la faisabilité du parcours de demain qui culmine à 2223 mètres (Foopass), spéculant en fonction de la météo annoncée et l'altitude supposée à laquelle je vois les premières neiges sur les montagnes qui m'entourent. Je remplis mon camel bag à la source d'un chalet de montagne. Son propriétaire, un vrai homme de la montagne, ma rassure tout de suite et me dit que, comme ils annoncent grand beau demain, je n'ai rien à craindre et ce n'est pas dangereux d'emprunter le Foopass. Il me dit simplement qu'il y aura un peu de neige, et m'explique aussi que c'est dangereux lorsque la météo est incertaine, qu'il y a du brouillard et ce genre de choses. Yes, j'ai l'esprit tranquille!

Je pose ma tente près d'un Feuerstelle, 500 mètres après le très joli minuscule village de Weisstannen. Un Feuerstelle en Suisse, c'est quelque chose qu'on ne verra probablement jamais chez nous. C'est un endroit aménagé pour faire du feu,en pleine nature. Un foyer est construit avec des pierres ainsi qu'un abris à côté. Du bois est gardé au sec dans un autre abris, avec du journal, et des briquets. Toute personne, habitant en Suisse ou étrangère, est invitée à venir y faire un feu, un bbq éventuellement, et consommer le bois mis à disposition gratuitement par la Famille Suisse (Schweizer Familie), dans le respect de la nature, de l'environnement, et du bon sens. Il y en aura beaucoup tout au long de mon itinéraire. N'est-ce pas merveilleux? Exactement comme me l'avait décrit Michael de chez AS aventure.

Ceci clôture une très belle journée. Le soleil a brillé une bonne partie de l'après-midi.
Je me suis enivré de l'atmosphère qui plane dans cette vallée. Comme si tout tournait au ralenti, au rythme des vaches et du son de leur cloche, et que le temps de voulait pas avancer trop vite.

J27 ¦ Vaduz (500m) - Sargans (600m) ¦ 22km ; 650m+ ; 600m-

J'ai été réveillé plusieurs fois par le froid cette nuit. Pourtant il ne gèle pas encore. Je pense que c'est à cause de l'humidité.

Je passe par l'office du tourisme. Je n'apprends pas grand chose si ce n'est que la voie est ouverte, et qu'il devrait faire beau à partir de mercredi (nous sommes lundi aujourd'hui).
Je demande s'il y a un office d'alpinisme ou quelque chose. Nada. Mon interlocutrice n'est en fait pas au courant de l'existence de la Via Alpina qui démarre de Vaduz, itinéraire national numéro 1 des randonnées de montagne en Suisse.

Les gens ici parlent une drôle de langue. Un allemand n'y comprendrait rien. Chaque région a son dialecte. Bruno appelle celui de Zürich le "Spy Langage", car au final peu de gens le pratiquent.

Etape tranquille. Il pleut du début à la fin, une pluie fine, avec 5 degrés. Je reste bas en altitude.
Je croise un marcheur de 83 ans, qui fait sa marche de deux heures tous les jours dans les montagnes qui bordent le Rhin en cet endroit. Bravo! Quel homme. Il a l'air d'avoir la pêche.

Incroyable! A l'entrée de la ville de Sargans, je passe devant les bureaux d'Espros, une société qui fabrique des capteurs 3D et qui est un concurrent de Melexis. J'avais eu l'occasion de comparer les performances du capteur Espros (sur papier) au nôtre à l'époque. Le leur est beaucoup plus performant, mais beaucoup plus volumineux, lourd, et cher. Ce qui est dingue, c'est que Espros est une toute petite société, et je crois me souvenir qu'ils n'ont qu'un bureau, et c'est en Suisse. Et il fallait que je passe devant! Mektoub.

Il n'y a pas de tourismus büro à Sargans. Moi qui cherche désespérément des renseignements sur mon itinéraire..
Donc je fais mes courses et continue sur 2km pour sortir de la ville, et comme vous le savez maintenant, augmenter mes chances de trouver un endroit pour dormir. OMG je sens que la nuit va être froide.

P.S: Je me fais vachement plaisir ce soir: Ail-oignons rissolés, pâtes au blé complet avec un peu de bolo, germes de haricots, et deux oeufs ajoutés une fois le feu éteint (il ne faut pas qu'ils cuisent, ce serait trop bête de tuer toutes les vitamines thermosensibles).

J26 | Bâle - Vaduz | 4km

Il fait vachement froid et cru ce matin, le vent accentuant le ressenti. En revanche ce dernier aura été très utile en séchant la tente.

Je marche une petite heure pour arriver à Pratteln, petite localité que traverse l'autoroute vers Zurich. Je m'y arrête dans un café pour boire un chocolat chaud et me procurer un morceau de carton sur lequel j'inscris "ZURICH " et "VADUZ " l'un au dessus de l'autre.

Je me poste à une centaine de mètres de la bretelle qui s'engage sur l'autoroute. Une aire de bus permettra à une bonne âme de s'arrêter pour me charger.
Je suis curieux de voir combien de temps ça prendra, et puis je me dis que ce n'est qu'une question de confiance. Comme tout n'est qu'Energie et Vibration, si j'ai confiance, quelqu'un le ressentira et s'arrêtera.
Je dois avouer que je me dis que ce n'est certainement pas une des nombreuses voitures luxueuses que je vois défiler qui s'arrêtera, mais plutôt une vieille auto ou un van, ou quelqu'un qui a déjà fait du stop.

Dix minutes plus tard, la Vie me donne tort lorsqu'une carrera 4 décapotable ralentit et se met sur le côté. "I'm going to Zurich" me crie son chauffeur. C'est inespéré, mon moyen de transport est une Porsche.
L'intérieur est un peu mouillé, en effet de nombreuses averses ont animé la matinée. Bruno essuye mon siège pour que je puisse m'assoir au sec. Je lui demande s'il conte refermer la capote en cas de nouvelle pluie. Il me répond que les gouttes ne nous atteindront pas, la voiture va trop vite, avant de poursuivre plus sérieusement en affirmant qu'il fera sec le reste du trajet. Effectivement.
On s'arrête à la prochaine station pour prendre de l'essence lorsqu'il m'explique qu'il me déposera à la sortie de Zurich sur une aire d'autoroute stratégique où je pourrai continuer mon stop vers Vaduz. Au fil de son argumentation, il se rend compte que cette solution ne lui plaît pas, et change d'avis en me disant qu'il me payera le train de Zurich à Vaduz. Je le remercie ainsi que la Vie pour me permettre d'atteindre mon objectif en un minimum de temps et d'efforts.
J'accepte ce geste sans un sentiment de gêne. Il faut embrasser tout ce que l'Àme du Monde veut vous offrir. En prétextant que c'est de trop, qu'on ne peut pas accepter ou encore qu'il ne fallait pas, Dieu pourrait bien nous entendre et ne plus se montrer aussi généreux la prochaine fois.

Je suis tout fou, comme un gosse qui reçoit un légo ou à qui on dit qu'il peut encore jouer dans la plaine un quart d'heure.

Bruno est chirurgien. Il forme également d'autres chirurgiens à utiliser des robots, des machines de pointes qui permettent d'opérer dans des conditions toujours meilleures.
Il n'y a pas si longtemps, il était en Belgique d'ailleurs pour son travail.
Quand je cite Paulo Coelho en lui demandant s'il vit sa Légende Personnelle, il se met à rire, reconnaissant l'auteur, et me répond que sa vie professionnelle l'épanouit.
Il m'explique encore deux trois trucs sur la Suisse, Zurich, et Bâle dont il est originaire.

A la gare, il s'occupe de tout et me tend le ticket. Pour la petite histoire, je contribue à l'achat du ticket à hauteur de dix centimes. C'est la somme exacte qu'il lui manque en liquide pour l'achat du ticket.
Je vois Vadura écrit sur le ticket, et me dis que ça ne peut qu'être Vaduz écrit dans le dialecte local.

Le train longe le lac de Zurich au pied duquel s'élèvent de hauts sommets. Pas mal! Un peu plus loin, un deuxième lac.

Je descends à la gare indiquée sur le ticket, pour prendre un bus vers un petit village surélevé, suivi d'un autre bus, plus petit cette fois, qui m'amène à Vadura. Ce n'est que quelques secondes avant que la navette ne s'arrête à Vadura que je commence à me demander si je vais au bon endroit, constatant la dizaine de chalets autour de moi. Étant en état de choc, je demande tout de même au chauffeur, qui a pu croire que je me moquais de lui, si nous sommes bien arrivé dans la capitale du Lichtenstein. Il me dit que c'est à 50km d'ici, et m'indique un chemin qui redescends vers le village d'où on vient.

Bref, je reprends un bus, un train, et un bus et j'arrive à Vaduz en une heure et 16 francs. Il y a un petit 40 000 habitants dans ce pays, dont même pas un cinquième vivrait dans la capitale, à en croire un panneau de renseignement sur le sentier serpentant qui grimpe vers le château. Pourquoi vais-je au château? Pour dormir. C'est le chirurgien qui m'a payé une nuit dans la suite royale, avec champagne et une charmante compagnie. Je plaisante... Je me dirige vers le château pour m'extirper de la ville et prendre de la hauteur, et ainsi augmenter mes chances de trouver un endroit propice à un montage de tente. Bingo, es gibt eine Wiese perfekt für meine Zelt!

Guten Nacht


J25 | Rhin - Bâle | ~27km

Je ressens fort la fatigue.

J'arrive dans le centre ville de Bâle. C'est une bien grande ville. Le réseau de trame a l'air efficace. Après tout c'est normal je suis en Suisse. Je vais acheter une carte sim Suisse (0041765395150) puis me rends à l'office du tourismus. J'hésite encore entre deux itinéraires. Ils ne savent pas bien me renseigner mais me redirigent vers la bibliothèque où je pourrai jeter un œil aux cartes etc.
Finalement, j'achète le guide de la Via Alpina à la bibliothèque. C'est donc vers le Lichtenstein et plus précisément Vaduz que je me dirige.

Je suis assez content de laisser la ville derrière moi.
J'avance en suivant un itinéraire balisé, grâce à une carte des randonnées du coin que j'ai reçue à l'office del tourismus.
Je me dirige dans la même direction que l'autoroute qui passe par Zurich et se prolonge vers Vaduz, ce qui a donc du sens pour commencer à faire de l'auto stop demain.

Je plante ma tente dans une prairie ouverte, au milieu de petites montagnes. L'endroit ne laisse pas du tout deviner qu'à une petite dizaine de kilomètres au nord-ouest se trouve Bâle.

Je m'endors à 22h, je suis exténué.